Bastia - Le « carré des indigents », une sépulture digne pour ceux qui meurent seuls

Rédigé le 31/10/2026
Christophe Giudicelli

Si à l’occasion de la Toussaint, nombreux sont ceux qui viennent rendre visite à leurs défunts, les cimetières de Bastia accueillent aussi ceux qui meurent seuls, sans famille ou sans ressources. Autrefois appelé « carré des indigents », le terrain commun permet d’offrir à chacun une sépulture digne. Sandrine Memi, directrice des cimetières de la ville, revient sur cette réalité souvent méconnue.

Bastia - Le « carré des indigents », une sépulture digne pour ceux qui meurent seuls

Bastia : le « carré des indigents », une sépulture digne pour ceux qui meurent seuls

                                                                   (Photos Gérard Baldocchi)

Alors que les Corses se rendent, en cette période de la Toussaint, déposer fleurs, bougies et autres chrysanthèmes sur les tombes de leurs proches, les cimetières insulaires disposent également de « terrains communs », plus connus sous l’appellation de « carrés des indigents ».

C’est le cas dans les cimetières de Montesoro et d’Ondina à Bastia : « Le terrain commun est un terrain qui appartient à la ville. Avant, on appelait ça le carré des indigents. Ce sont des personnes qui n'ont aucune ressource, qui n'ont pas les moyens de payer un enterrement ou qui, tout simplement, n'ont pas de caveau familial. Elles sont enterrées dans ce terrain », explique Sandrine Memi, la directrice des cimetières de la ville.

Impossible pour nos sociétés de laisser nos morts sans sépulture, quelle que soit leur situation : « On a des personnes qui sont décédées dans la rue, mais aussi chez elles, toutes seules, sans famille », poursuit la directrice, qui souligne une réalité : « On se rend compte qu'effectivement, il y a de plus en plus de gens qui sont seuls et qui meurent seuls et sans moyens. »

À Bastia, environ cinq inhumations sont réalisées en moyenne chaque année sur le terrain commun. « Il ne s’agit pas toujours de personnes sans ressources, certaines n’avaient tout simplement pas prévu de caveau ou n’ont pas de caveaux familiaux. Ce dernier point constitue une autre situation. C'est déjà arrivé que des personnes soient enterrées au terrain commun, mais elles avaient les moyens de payer leur enterrement. Donc, ce ne sont pas des indigents. »

Des inhumations sur le terrain commun qui répondent à une procédure stricte : « L'hôpital ou les pompes funèbres nous sollicitent pour nous faire un dossier d'indigence. À ce moment-là, une enquête se fait pour vérifier s'il y a de la famille, des moyens financiers », détaille Sandrine Memi, avant de préciser que les sépultures ne restent pas éternellement sur le terrain commun : « Le terrain appartient à la Ville, il n'appartient pas à la famille. Et logiquement, au bout de 5 ans, mais ce n’est pas toujours le cas, il y a un roulement qui se fait. On prévient les familles, on essaye de trouver une solution. Est-ce qu'elles ont un caveau ? Ce qu’elles veulent faire ? S'il n'y a pas de solution, à ce moment-là, c'est la Ville qui exhume et qui met les restes mortels à l'ossuaire. »

Le rôle du terrain commun est de donner une sépulture aux morts et un enterrement dans la dignité : « Ce sont des pompes funèbres qui sont mandatées par la mairie et c'est un enterrement classique. Des fois, on a des amis qui nous demandent s'ils peuvent venir. Il n'y a pas de souci. Ça reste une personne. Pour nous, elle doit être inhumée correctement, avec respect. C'est la même importance que si c'était une personne avec une famille, un caveau familial. Ce n’est pas juste un nom ou un numéro, on y attache énormément d’importance. Il y en a d'ailleurs qu'on connaît tellement qu'on les appelle par leur prénom. »