A Porto-Vecchio, les yachts bientôt livrés par drone ?

Rédigé le 25/10/2026
Julien Castelli

Vendredi matin, la start-up Flyde (Flying Delivery) a effectué une démonstration de livraison par drone sur un bateau depuis le port de plaisance de Porto-Vecchio. Fondée en 2022, Flyde sonde actuellement le marché corse après avoir pris son envol sur la Côte d’Azur où elle construit patiemment son service de conciergerie et de livraison sur bateaux de plus de 10 mètres. En dépit des obstacles administratifs, elle pourrait se lancer à Porto-Vecchio « dès l’été prochain ».

A Porto-Vecchio, les yachts bientôt livrés par drone ?

L'équipe de la start-up Flyde a effectué un vol de démonstration de son drone livreur, vendredi matin sur le port de Porto-Vecchio.

Mer d’huile, vent quasi-nul : en ce vendredi 23 octobre, la météo tient du miracle sur le port de plaisance de Porto-Vecchio. Toute la semaine, les orages ont alterné entre fortes précipitations et rafales de vent, mais une accalmie est arrivée, et Flyde s’y est engouffrée en milieu de matinée, survolant un couloir aérien au-dessus du port, le temps d’une courte démonstration de livraison par drone. Son aéronef quadricoptère, conçu par Cavok, s’est élancé du quai d’honneur, côté sud du port, pour livrer une trousse de secours 150 mètres plus loin à vol d’oiseau, sur un bateau de la capitainerie.  Les yeux rivés sur l’écran de contrôle, le pilote Loïc Chevalier communique par radio avec le capitaine du bateau : « Vous voyez le drone arriver ? » « Affirmatif », lui a répondu le capitaine qui finira par réceptionner le colis cinq à dix minutes après le décollage de l’engin.

L’ambition de Flyde, c’est de subvenir aux besoins des géants luxueux des mers, ces yachts de plus de dix mètres qui pourraient avoir envie de se faire acheminer des produits frais, repas ou provisions depuis les commerces locaux, sans avoir à mobiliser les annexes de la conciergerie qu’ils emploient. Habitué à se rendre sur la Riviera pour des raisons familiales, le fondateur de Flyde, Pierre Deyris, dit avoir été saisi « par cette marée blanche de petits bateaux » effectuant de nombreux allers-retours entre les yachts au mouillage en mer et la terre ferme. Ces petits bateaux, ce sont des « tenders » (ou annexes), « qui sont polluants ou peu efficaces », pointe l’entrepreneur azuréen, qui fait la promesse d’un moyen de transport « électrique, rapide et compétitif (de 50 à 200 euros selon les courses) ». 

"La grosse barrière" administrative

Le drone de Flyde dispose d’une autonomie d’une heure pour livrer des colis de 2 à 10 kg, à une vitesse de croisière de 40 km/h. « Il peut résister à des rafales de vent jusqu’à 50 km/h », précise Jean-François Garreau, le directeur opérationnel de la start-up. Les denrées alimentaires ne sont pas les seuls produits livrables : des médicaments, du petit matériel médical mais aussi des pièces détachées ou de l’outillage peuvent tout aussi bien être acheminés par les airs à un équipage. Sur la Côte d’Azur, Pierre Deyris dit avoir « senti une appétence » pour son service dans le monde du yachting. Pour autant, bien que fondée en 2022, Flyde n’a toujours pas réalisé une seule transaction commerciale. « On a volontairement fait la dernière saison à blanc pour pouvoir travailler notre sujet à 100 % », reconnaît Pierre Deyris, qui dispose depuis le début de l’année d’une autorisation de survol au départ du port Gallice à Antibes, mais qui a donc estimé plus prudent d’enchaîner les vols expérimentaux cet été avant de faire passer les yachts à la caisse.

 

A Porto-Vecchio, les yachts bientôt livrés par drone ?

Le drone a mis entre cinq à dix minutes pour livrer une trousse de secours sur un bateau situé 150 mètres plus loin, avant de revenir.

Néanmoins, le plus dur est passé, à savoir les pourparlers avec les autorités, relatives aux démarches réglementaires, lesquelles auront accaparé les trois premières années de vie de la start-up. « C’était la grosse barrière », confirme Pierre Deyris qui estime aujourd’hui l’avoir levée. Après Antibes, c’est Cannes qui devrait obtenir prochainement le feu vert de la DSAC (la Direction de la sécurité de l’aviation civile). A terme, « l’idée est d’avoir six bases sur la Riviera ». 

Et en Corse ? Flyde vient de nommer un responsable opérationnel spécifiquement pour l’île, ce qui témoigne de son intérêt pour ce marché. Il s’agit de Florian Leschi qui a tout de suite regardé vers l’Extrême-Sud : « Porto-Vecchio porte un grand projet d’extension de son port, qui pourra accueillir des unités de 70 à 80 mètres », souligne ce professionnel du tourisme basé à Aleria. L’objectif pour Flyde serait donc de commencer à s’implanter à Porto-Vecchio, « puis de dire aux autres ports en Corse : on est là, contactez-nous », complète Florian Leschi. « En trois à cinq mois, on pourrait avoir une autorisation », assure Pierre Deyris, fort de ses avancées obtenues ces trois dernières années sur la réglementation. Ce qui rendrait plausible une mise en service sur le port porto-vecchiais dès la prochaine saison estivale : « A Porto-Vecchio, la densité de population est moins importante que sur la Côte d’Azur et le trafic aérien y est aussi bien moindre », note-t-il. Il y a néanmoins une spécificité majeure à prendre en compte : le port de plaisance porto-vecchiais jouxte l’embouchure du Stabiacciu, un secteur classé Natura 2000 où de nombreuses populations d’oiseaux ont élu domicile. A ce propos, vendredi matin, une nuée d’oiseaux s’est formée dans le ciel porto-vecchiais, quelques minutes après le décollage du drone. Coïncidence ou pas, Pierre Deyris s’engage à « réaliser une analyse qui tiendra compte des secteurs environnementaux sensibles, en vue de ne pas perturber la faune ».
 

Proche de Corsica Port Services, l’entité qui exploite BWA Yachting en Corse, Frédéric Sauli a fait partie de ces quelques Porto-Vecchiais qui ont assisté au survol de vendredi. S’il a trouvé ce nouveau moyen de transport « intéressant et complémentaire à ce que peuvent proposer les conciergeries », il reste néanmoins prudent : « Le parcours administratif est encore long entre les contraintes météo, environnementales, la question des assurances ou encore la fragilité des produits... ». Adjointe au maire en charge du tourisme, Santina Ferracci ne pense pas qu’un tel service réduirait la fréquentation touristique de sa ville : « On sait bien que la clientèle des bateaux passe déjà beaucoup par des services de conciergerie pour ce type d’achats. Mais les clients du yachting continuent de se déplacer, d’aller dans les restaurants... Ce serait un service supplémentaire qui serait proposé, tout en déchargeant les conciergeries sur de petites tâches. »

Chargé de mission en mairie pour le projet d’extension du port, Julien Galichet juge de son côté l’impact environnemental « relativement léger » et le drone « pas très bruyant ». Il se flatte surtout de l’intérêt de Flyde pour le marché porto-vecchiais : « On a été identifié comme un lieu de démonstration pour ce type d’usage. On réussit donc notre pari de faire de Porto-Vecchio un lieu d’innovation pour la plaisance. »  Réciproquement, le projet d’extension du port devrait permettre à Flyde d’atteindre facilement son seuil de rentabilité, que Pierre Deyris fixe à « cinq livraisons par jour ».