Dépistage du cancer du sein : en Corse, l’accès à la mammographie reste inégal

Rédigé le 24/10/2026
Léana Serve

En Haute-Corse, 43,7 % des femmes concernées participent au dépistage organisé du cancer du sein, contre 27,6 % en Corse-du-Sud. Des chiffres inférieurs à la moyenne nationale, qui s’établit à 45,7 %. En cause notamment : une offre de soins inégalement répartie et des difficultés d’accès aux cabinets de radiologie.

Dépistage du cancer du sein : en Corse, l’accès à la mammographie reste inégal

Photo d'illustration

Alors que le dépistage du cancer du sein reste un enjeu majeur de santé publique, la participation au dépistage organisé reste inégale en Corse. Selon les données du centre régional de coordination du dépistage des cancers (CRCDC-Corse), celle-ci atteint 43,7 % en Haute-Corse, contre seulement 27,6 % en Corse-du-Sud, pour une moyenne nationale de 45,7 %, selon Santé publique France. Un écart que le docteur Éric Marmouset, président de l’Union régionale de la Fédération nationale des médecins radiologues (FNMR) en Corse, explique notamment par les difficultés d’accès aux cabinets de radiologie et un maillage territorial insuffisant. Pour le radiologue, la distance reste en effet un frein important pour certaines patientes. « Je pense que c’est un problème de distance des cabinets. On a des cabinets à Bastia, Borgo, Ghisonaccia, Corte et L’Île-Rousse, mais on n’est pas présents tout le temps. Dans le sud, il y a des sites à Porto-Vecchio, Ajaccio et Propriano, mais les patientes doivent parfois faire une heure de route pour venir nous voir », explique-t-il.
 

À cela s’ajoutent des délais de rendez-vous qui peuvent atteindre plusieurs semaines. « Ils ne sont pas immédiats, il faut parfois attendre deux mois », affirme-t-il. Le médecin estime toutefois que le manque de participation ne traduit pas nécessairement un manque de sensibilisation des femmes. « Il ne s’agit pas tellement d’un problème de prise de conscience des patientes : elles sont motivées, les gynécologues les relancent. » Au-delà de l’éloignement, le nombre de radiologues pratiquant ces examens constitue une autre difficulté. Le coût des équipements et les contraintes techniques nécessaires à leur utilisation limitent également le nombre de cabinets en mesure de proposer le dépistage organisé. « Il y a moins de radiologues formés. Et les jeunes ne veulent pas s’installer. C’est un souci majeur », estime le docteur Éric Marmouset.
 

Il alerte notamment sur les départs à la retraite attendus dans les prochaines années, qui pourraient fragiliser davantage l’offre de soins en Haute-Corse. Selon lui, « dans les deux ans et demi qui suivent, il n’y aura plus que deux ou trois radiologues sur Bastia, alors qu’à l’époque il y en avait quinze ». « C'est dramatique », martèle-t-il. « C'est un souci majeur pour la santé publique. On ne pourra pas subvenir aux besoins alors que la population augmente en Corse chaque année et qu’elle vieillit, donc elle a des besoins de santé. »
 

L’enjeu reste pourtant essentiel : détecter les cancers à un stade précoce afin d’améliorer les chances de guérison. « Plus les cancers du sein sont pris tôt, plus il y a de chances de guérir », rappelle le radiologue. « Avec la mammographie, les cancers qu’on trouve font parfois 5 mm. Ils sont tout petits. » Le dépistage organisé s’adresse aux femmes âgées de 50 à 74 ans, invitées à réaliser une mammographie tous les deux ans. Sa particularité repose notamment sur une double lecture des clichés : après une première analyse par le radiologue, les mammographies qui ne nécessitent pas d’explorations complémentaires bénéficient d’une seconde lecture indépendante. Pour le radiologue, cela permet de « ratisser large et de diminuer les erreurs d'une première lecture ». « En plus, la deuxième lecture peut maintenant être faite à distance, et ça fonctionne très bien. »
 

Pour le docteur Éric Marmouset, améliorer l’accès au dépistage reste aujourd’hui un enjeu important, alors que le cancer du sein reste la première cause de mortalité chez les femmes avec 12 000 décès par an.