Stocks de fourrage endommagés, clôtures arrachées, systèmes d’irrigation détruits : les intempéries qui ont frappé la Corse ce mardi ont lourdement touché les exploitations agricoles, notamment en Plaine orientale. Alors que les premiers dégâts sont constatés, les agriculteurs redoutent aussi des conséquences sur les prochaines récoltes, en particulier celle des clémentines.
Au lendemain des fortes intempéries qui ont frappé la Corse, les agriculteurs commencent à mesurer l’ampleur des dégâts. Stocks de fourrage endommagés, clôtures arrachées, champs inondés : de nombreuses exploitations ont été touchées, principalement sur les communes de Ghisonaccia, Prunelli-di-Fiumorbo et Ventiseri en Plaine orientale. « On a un épicentre sur ces communes, mais on peut dire que de Marana Golo - Casinca à Solenzara il y a énormément d'exploitations impactées tout le long de la plaine », indique Jean-Baptiste Arena, président de la Chambre d’agriculture de Corse.
Les éleveurs particulièrement préoccupés par les pertes de fourrage
Les dégâts sur les stocks de foin inquiètent particulièrement les éleveurs. Fragilisées par la sécheresse de cette année, les réserves ont été entamées plus tôt que prévu, « à partir de la fin du mois de juillet ». Les pertes liées aux intempéries risquent donc d’accentuer les difficultés dans les prochains mois. « Il y a eu des clôtures emportées, des champs qui se sont transformés en gravières, ce qui va impacter les futures coupes de fourrage au début du printemps, avec énormément de travail. On a aussi eu du foin dans des hangars qui ont été touchés… Il y a une perte immédiate pour les gens au niveau du fourrage, mais comme ils avaient déjà été impactés par la sécheresse, on est d’autant plus inquiets pour la suite », précise le président de la Chambre d'agriculture.
Des incertitudes sur la récolte des agrumes
La filière des agrumes est également dans l’attente. Alors que la récolte des clémentines vient de commencer, les conséquences des inondations sur les vergers ne pourront être évaluées immédiatement. Certains arbres ont été emportés par les crues, tandis que ceux restés debout pourraient subir des problèmes sanitaires liés à l’excès d’eau. « On est inquiets parce qu'on ne pourra avoir un véritable retour que dans quinze jours », explique le président de la Chambre d’agriculture. « Il y a aussi des arbres qui ont été carrément emportés par les crues du Fiumorbu et des autres fleuves longeant certaines propriétés. C'est un véritable cataclysme. Autant on était inquiets il y a un mois et demi par rapport à la sécheresse, autant il peut maintenant y avoir un problème au niveau sanitaire à cause du trop plein d’eau. Mais ça, malheureusement, on ne va pouvoir le constater que dans les jours ou les semaines qui viennent. »
Une inquiétude qui se fait également ressentir chez les agriculteurs impactés. À Folelli, la route Royale a été inondée hier après-midi à cause, selon les habitants, d’une absence totale de réseau d’écoulement sur la commune. « Il n’y a pas de fossés pour récupérer l’eau de pluie. Chaque fois qu’il y a un orage violent, comme celui d’hier, l’eau, qui ne peut pas être évacuée, se déverse en contre-bas dans les exploitations. Chaque fois, il y a des dégâts directs et indirects. Cette fois-ci, l’inondation a détruit tous les systèmes d’arrosage. La terre est gorgée d’eau avec des risques de maladies pour les arbres. Les pertes sont énormes », explique un agriculteur.
Un premier bilan attendu sur le terrain
Si l’ampleur exacte des dégâts reste à déterminer, Jean-Baptiste Arena estime que près d’un millier d’exploitations pourraient être concernées, dont « une centaine durement », sur les quelque 3 000 exploitations que compte la Corse. Une estimation qui devra être affinée au fil des constatations. « Il y a la catastrophe immédiate, et celle qu’on ne voit peut-être pas encore », souligne-t-il. Le président de la Chambre d’agriculture doit se rendre ce jeudi dans le Fiumorbu pour recueillir davantage d’informations, aux côtés des équipes mobilisées sur le terrain. « Il va y avoir certainement des apiculteurs qui ont perdu leurs ruches qui ont été emportées, d'autres, ça va être le goutte-à-goutte dans les vignes, chez les oléiculteurs… »
Les agriculteurs espèrent maintenant que l’état de catastrophe naturelle demandée par la préfète de la Haute-Corse sera déclaré. En attendant un bilan plus précis, ils doivent déjà faire face aux premières conséquences des intempéries, avec la crainte que d’autres dégâts n’apparaissent dans les jours et les semaines à venir.


