Bal’Dilà, quand la danse contemporaine fait revivre la mémoire corse

Rédigé le 26/10/2026
Manon Venturi

Avec La Danse d’après, présentée le 6 novembre à Ajaccio, Mathéa Rafini et Déborah Lombardo Delsol revisitent les danses traditionnelles insulaires pour les faire résonner auprès des nouvelles générations. Fondée en 2021, leur compagnie Bal’Dilà poursuit ce travail de transmission, entre héritage culturel et création contemporaine.

Bal’Dilà, quand la danse contemporaine fait revivre la mémoire corse

La compagnie Bal’Dilà présente La Danse d’après le 6 novembre à Ajaccio.

Faire vivre la tradition sans la figer. C’est le fil conducteur du travail chorégraphique de Bal’Dilà, compagnie créée en 2021 par Mathéa Rafini et Déborah Lombardo Delsol. Originaires d’Ajaccio, les deux danseuses ont grandi ensemble dans l’univers de la danse en Corse avant de poursuivre leur formation sur le continent. De leurs retrouvailles est née une envie commune: explorer les possibilités du corps et faire dialoguer les héritages insulaires avec une écriture contemporaine. Leur deuxième création, La Danse d’après, s’inscrit pleinement dans cette démarche. Présenté le vendredi 6 novembre à 20 heures à l’Espace Diamant, à Aiacciu, ce spectacle de 55 minutes prend appui sur les danses et les musiques traditionnelles corses pour en proposer une lecture renouvelée.


"Quand on parlait de culture corse, on parlait très souvent de langue et de chant, et peu de danse", constate Mathéa Rafini. Un constat qui a conduit les deux artistes à s’intéresser de près au quadrille, une danse traditionnelle dont la pratique tend à se raréfier. En assistant à des cours, elles découvrent notamment le peu de jeunes qui s’y intéressent: "On s’est rendu compte qu’il n’y avait pas de jeunes. Ils trouvaient que c’était quelque chose de très poussiéreux", raconte la chorégraphe. Plutôt que de reproduire fidèlement les codes d’autrefois, les deux danseuses choisissent de les déplacer. Les costumes s’éloignent des tenues traditionnelles, tandis que la musique mêle violon et composition électronique. À travers cette création originale, le compositeur Pasqua Pancrazi et la violoniste Célia Picciocchi accompagnent les mouvements des interprètes dans une partition qui emprunte autant à la mémoire collective qu’aux sonorités actuelles: "L’idée, c’est de pouvoir transmettre et faire vivre la tradition, mais sans la figer", résume Mathéa Rafini. Une manière de préserver cet héritage en lui laissant la liberté d’évoluer.
 


Une transmission au-delà de la scène

Cette volonté de partage se prolonge hors du spectacle. Le samedi 7 novembre, une masterclass de danse sera proposée à l’Espace Diamant, de 10 heures à 18 heures, en présence d’artistes de la création. Gratuite et ouverte à partir de 14 ans, elle s’adresse également aux débutants, sur inscription. Des ateliers de pratique artistique sont aussi prévus du 12 au 20 novembre auprès des classes ayant assisté à une représentation scolaire.


Pour les deux chorégraphes, il ne s’agit donc pas seulement de montrer une autre façon de danser, mais de donner aux jeunes les moyens de s’approprier un patrimoine parfois éloigné de leur quotidien. Les retours du public confortent jusqu’ici leur démarche. Mathéa Rafini évoque des réactions positives face à une proposition qui sort des habitudes, tant par son écriture chorégraphique que par son univers musical.


À Cargèse, un nouveau combat à deux

En parallèle, Bal’Dilà poursuit son travail de création avec O.K-K.O, un duo chorégraphique que Mathéa Rafini et Déborah Lombardo Delsol interpréteront elles-mêmes. La compagnie sera en résidence du 31 octobre au 4 novembre au Spaziu Culturale Natale Rochiccioli, à Cargèse, pour approfondir cette nouvelle pièce, dont la première est prévue le 21 mai 2027. Cette fois, les deux artistes s’inspirent des sports de combat et des arts martiaux. Dans un espace qui évoque un ring, elles incarnent deux personnalités opposées : l’une recherche constamment la maîtrise, tandis que l’autre se laisse davantage entraîner par le chaos et le débordement.


Mais derrière l’affrontement apparent se dessine une réflexion sur les contradictions qui traversent chacun: "Finalement, ces deux personnages ne luttent pas l’un contre l’autre, mais luttent ensemble pour tenir debout face aux tensions qui les traversent", explique Mathéa Rafini. De la mémoire collective au combat intérieur, Bal’Dilà poursuit ainsi une même exploration: celle des corps, de leurs liens et de ce qu’ils portent en eux. Une danse qui puise dans ses racines sans renoncer à inventer de nouvelles formes.