Dès le mois de juin, à l’annonce de l'organisation de l'ARWC en Corse, plusieurs étudiants insulaires ont candidaté pour y participer. Pour ce faire, un jury a désigné Lorena Reinstettel, Lorik Moras, Helio Chaulier et Eliot Morin afin de représenter l’Université de Corse dans ce championnat du monde de raid aventure. Pour cette première, les jeunes étudiants ont terminé à la 62e place. Ils nous racontent leurs moments forts partagés entre enthousiasme et souffrance, tout au long de ces 500 kilomètres d’épreuve ; ils auront tenu bon au point de vouloir repartir pour une nouvelle aventure.
Ils étaient huit à avoir candidaté pour vivre l’aventure, ils ne seront finalement que quatre à prendre le départ. Lorsque l’organisation de l’Adventure Racing World Championship (ARWC) en Corse est annoncée au mois de juin, plusieurs étudiants de l’Université de Corse manifestent leur volonté de participer à ce championnat du monde de raid aventure. Un jury est alors chargé de constituer l’équipe qui représentera l’établissement. Son choix se porte sur Lorena Reinstettel, Lorik Moras, Helio Chaulier et Eliot Morin, respectivement étudiants en Master 2 de droit, Master 2 ingénierie écologie et en STAPS.
Une première pour l’Université de Corse, invitée à prendre part à l’épreuve dans le cadre d’un partenariat noué avec l’organisation. Réunis sous les couleurs de la Squadra Università, les quatre étudiants allaient devoir affronter près de 500 kilomètres à travers l’île, entre VTT, trek, packraft et kayak, avec une difficulté supplémentaire : apprendre à fonctionner ensemble avant de se lancer dans une aventure de plusieurs jours.
Les trois garçons se connaissaient déjà avant d’être réunis au sein de la même équipe pour avoir participé à différentes manifestations organisées par le SUAPS. « Nous avons même pris part au Raid EDHEC à Nice, sur une durée de 5 jours et ensuite lors de la sélection, sur les huit candidats nous avons été tous trois retenus ; quant à Lorena, elle a été sélectionnée puisque plus investie sur le projet », expliquent les athlètes. Dès lors, ils ont commencé à s’entraîner ensemble et ont participé au raid Lynx à Ajaccio, sur un format de 24 heures : « Notre véritable premier entraînement. Nous avons aussi effectué des remontées de rivière tous les quatre et nous avons très vite compris, pourquoi Pascal Bauhaud, le directeur de l’épreuve, nous a conseillés ce genre d’entraînement ».
Pour autant, sur ces huit jours de course, pour l’équipe solidaire de la Squadra Università, Lorena Reinstettel, Lorik Moras, Helio Chaulier et Eliot Morin, la tâche s’était avérée ardue, et même harassante sur la durée, en particulier et peut-être plus pour Lorena qui manquait d’expérience et de technicité sur les épreuves VTT. « C’est en ce sens que les garçons m’ont fait beaucoup travailler ma technique, notamment sur les sentiers du Domaine Saint-Jean et je les en remercie, mais je m’attendais à souffrir malgré tout, tout au long de l’épreuve », souffle-t-elle, avant de poursuivre : « En effet, j’ai particulièrement souffert sur les sections de VTT, une discipline dans laquelle je suis moins à l’aise, sans parler du manque de sommeil, avec les nuits très longues et les journées trop courtes ». Avant de partir, l’équipe s’était imposée 4 heures de sommeil par nuit et deux siestes de trente minutes en journée. « Mais nous avons très vite compris que nous n’étions pas en mesure de respecter ce programme », dévoilent-ils.
La première journée fut peut-être la plus rude pour les athlètes de l’Université de Corse en place du spot de Ghjuncaghju sur lequel elle est arrivée à 15 heures, pour entamer la section packraft sur l’aire de transition. « Nous avons particulièrement souffert jusqu’à Aleria, accusant en plus un énorme retard sur les autres équipes en étant arrivés à 6 heures du matin le lendemain. Le challenge fut proprement épuisant et harassant au point que nous avons même eu des hallucinations tant nous étions dans un état second, pagayant une heure durant ; c’est là que l’eau étant tarie, il nous fallut alors porter le kayak sur 200 mètres. C’était horrible… un vrai film d’aventures si bien que les organisateurs nous ont mis un « cut » et supprimé donc la partie kayak de mer entre Aleria et l’embouchure du fleuve, « La Solenzara ». Ici, nous avons essayé de dormir, et de nous requinquer un peu avant de partir pour le « treck » où nous nous octroyâmes une grosse nuit de quatre heures, avant Bavella. Nous savions que ce serait compliqué, mais nous n’imaginions pas que ce le serait autant », racontent-ils.
Malgré tout, durant ces périodes compliquées de la première journée et de la première nuit, Lorena Reinstettel, Lorik Moras, Helio Chaulier et Eliot Morin garderont un souvenir exceptionnel de leur passage à Pedicorte. Au cœur de l’épreuve de VTT et après plus de six heures de course, ils furent particulièrement bien accueillis au bar très convivial du village : « Nous avions faim et nous devions préparer notre repas à base de produits lyophilisés, quand la responsable du bar-restaurant U Fucone, nous proposa des sandwichs avec du beurre, de la charcuterie et des cornichons, qu’elle nous a même offerts. Une fois revigorés par cet instant d’hospitalité, nous étions prêts à repartir. Nous ne la remercierons jamais assez, d’ailleurs nous allons organiser un repas chez elle ». Ils retiennent également l’accueil chaleureux des habitants de tous les villages qu’ils ont traversés. « Certains voulaient même nous faire dormir chez eux, mais nous avions trop de retard, nous devions continuer notre route ».
Au final, les étudiants n’ont pas caché que la période la plus difficile moralement et physiquement s’est concentrée sur les deux premiers jours, mais ils ont affirmé qu’ensuite, au fil des heures, leur corps s’est adapté et habitué à l’effort. Mais jamais, ils n’auraient songé abandonner l’épreuve. « Nous devions continuer pour toutes les personnes qui nous ont fait confiance et nous ont soutenus durant la course, à l’image d’Antoine Orsini, le président du comité d’organisation, qui était présent sur toutes les aires de transition, où il nous boostait. A chaque fois, il avait les mots justes pour nous redonner le moral ».
Arrivés en VTT sur la plage de l’Ostriconi, ils ont poursuivi en treck jusqu’à l’Ile-Rousse sachant qu’il faisait trop mauvais pour la section kayak de mer. Ils sont arrivés le vendredi matin à 9h40. « Cette dernière section était magique car il ne nous restait plus que 15 kms ! C’est là qu’on s’est dit qu’on voyait venir le bout du tunnel et qu’on allait enfin pouvoir franchir la ligne d’arrivée, prendre une bonne douche, un bon repas et beaucoup de sommeil ! Avant cela, nous avons rencontré quelques problèmes sur la section VTT avec 6 chambres à air qui ont pété et un dérailleur qui a cassé, tout autant que notre pompe. Heureusement, il y avait des Américains derrière nous à qui nous avions donné à manger la veille, qui nous ont aidés à remettre nos vélos en état nous permettant de repartir vers Saint-Florent ».
Au fil des minutes, le groupe voyait la ligne d’arrivée se rapprocher. Ce fut un soulagement pour eux de voir l’organisation les accueillir sur la plage Napoléon et surtout Antoine Orsini les prendre dans ses bras. « Ce fut un moment fort, merveilleux, d’autant que nous avons terminé à la 62e place. Compte tenu des abandons sur la course, des blessés, c’est une immense satisfaction d’autant que tous les athlètes ont affirmé que ce fut la course la plus exigeante qu’ils n’aient jamais faite. Nous voulons remercier toutes les personnes qui nous ont soutenues comme l’Université, l’AS U Casa, les Eaux d’Orezza qui nous a sponsorisés, et bien sûr Antoine Orsini qui a toujours été là pour nous, les nombreux supporters sur le parcours, comme nos compagnes, sans oublier le staff des praticiens de thérapies manuelles : les ostéopathes, le préparateur physique et le préparateur mental qui nous ont suivis tout le long. Il y a eu tellement de monde derrière nous que nous aurions eu tort d’abandonner ».
Tous les quatre retiennent de cette difficile épreuve, un formidable moment humain fait de coopération, d’entraide et « d’adaptation avec la personne qui est dans le dur pour la soutenir et lui donner la force mentale de continuer. C’est un remarquable moment de vie que nous avons traversé en commun. Une belle expérience qui nous donne des ailes pour repartir pour un autre raid ! ».
Gilda Emmanuelli et Mario Grazi






