Routes corses : la Chambre régionale des comptes pointe un entretien insuffisant

Rédigé le 15/10/2026
Jeanne Soury

Dans un rapport consacré aux routes corses, la Chambre régionale des comptes alerte sur l’état des chaussées et les retards pris dans les travaux. Alors que la Collectivité de Corse consacre plus de 80 millions d’euros par an à sa politique routière, elle pointe un manque d’anticipation et de suivi des chantiers. Gilles Giovannangeli défend l’action de la Collectivité et présente les pistes envisagées pour améliorer la situation.

Routes corses : la Chambre régionale des comptes pointe un entretien insuffisant

La Collectivité de Corse gère près de 5 000 kilomètres de routes, ainsi que 2 635 ponts et six tunnels

Chaque jour, les routes corses sont empruntées par des milliers d’automobilistes, qu’ils se rendent au travail, conduisent leurs enfants à l’école ou traversent l’île. Mais derrière ces trajets du quotidien, l’entretien du réseau représente un défi de taille. Dans un rapport consacré aux investissements routiers, la Chambre régionale des comptes dresse un état des lieux préoccupant : certaines chaussées sont fortement dégradées, des ponts nécessitent des interventions urgentes et plusieurs travaux prennent du retard.

Les chiffres donnent une idée de l’ampleur des besoins. Selon les données examinées par la Chambre, 51 % du linéaire de chaussées ausculté est en mauvais ou très mauvais état. Le rapport relève également que 15 % des ponts étudiés nécessiteraient des travaux urgents. Ces proportions concernent les infrastructures examinées dans le cadre de l’étude et non nécessairement l’intégralité du réseau insulaire.

La Collectivité de Corse gère près de 5 000 kilomètres de routes, ainsi que 2 635 ponts et six tunnels. Pour entretenir et moderniser ce patrimoine, elle dépense en moyenne plus de 82 millions d’euros par an, ce qui fait de la politique routière, la première politique d’investissement de la Collectivité. Pas moins de 600 agents participent à l’exploitation et à l’entretien des routes. 

Mais dépenser ne suffit pas : encore faut-il savoir quelles routes ont le plus besoin de travaux et organiser les interventions en conséquence. « Jusqu’à présent, les opérations d’entretien ont été programmées de manière empirique et au fil de l’eau, faute de connaissance suffisante de l’état du réseau », pointe le rapport. 

Des projets annoncés, mais pas toujours réalisés

Les retards apparaissent aussi dans les programmes de modernisation : « Pour les opérations de modernisation, moins d’un projet sur deux est achevé après huit ans, et près d’un cinquième n’a pas encore été engagé », enchérie le document. Le plan pluriannuel d’investissement (PPI) couvrant la période 2017-2026 devait pourtant permettre de mener de nombreuses opérations sur le réseau.

La Chambre pointe également des difficultés à suivre précisément l’avancement des chantiers. Elle relève « l’absence d’un suivi consolidé des opérations », qui empêche d’avoir « une vision précise et complète des travaux menés ».

Face à ce rapport critique, Gilles Giovannangeli, président de l’exécutif, a répondu et rappelle que la période a été marquée par la création de la Collectivité de Corse en 2018, succédant à la fusion de trois collectivités distinctes, et la réorganisation de ses services. « La période 2018-2025 doit être analysée comme une phase de construction et de consolidation d’une administration nouvelle davantage que comme une période de fonctionnement courant », explique-t-il, estimant également que « le contrôle de la Chambre intervient à un moment charnière de l’évolution de la Collectivité de Corse ». 

Pour expliquer ces surcoûts, Gilles Giovannangeli met en avant les contraintes propres au territoire insulaire. « Le caractère montagneux de l’île et les contraintes topographiques associées génèrent des surcoûts significatifs », souligne-t-il. La création ou la modernisation d’un kilomètre de route en terrain difficile entraîne ainsi des coûts supérieurs à ceux constatés ailleurs. La géologie et l’exposition aux risques naturels alourdissent également la facture, tout comme l’acheminement maritime des matériaux, les contraintes d’approvisionnement et les délais de transport. La collectivité rappelle enfin que « les exigences environnementales et paysagères doivent aussi être prises en compte » dans la réalisation des travaux.

Quels changements pour les prochaines années ?

Pour la période 2026-2030, la Collectivité a adopté un nouveau PPI en juillet 2025 qui prévoit 50 millions d’euros par an pour la maintenance du réseau routier. Mais la Chambre régionale des comptes relève que plusieurs opérations du précédent programme ont été reportées, certaines jusqu’en 2030. Elle s’interroge également sur le financement de certains projets de modernisation : « Le périmètre et le financement du plan apparaissent très ambitieux. »

Malgré les retards et les difficultés relevés, la Chambre estime toutefois que la période 2026-2030 pourrait s’inscrire dans une dynamique plus favorable. Elle souligne les avancées constatées au cours de la période étudiée. L’enjeu pour la Collectivité est donc désormais de donner la priorité aux chaussées les plus dégradées et aux ouvrages qui nécessitent une intervention rapide. Pour les automobilistes, la question est simple : ces efforts permettront-ils d’améliorer durablement l’état des routes et de réduire les délais de réalisation des chantiers ?