Le temps était suspendu ce mardi matin au sein de la cité scolaire Pascal-Paoli où les 650 élèves étaient rassemblés dans une des cours de l’établissement. Dans un moment d’intense recueillement, fort en émotion, ils ont chanté « En larmes, mais debout… » d’I Muvrini. Une façon à eux de rendre hommage à l’une de leurs anciennes camarades, Chloé Aldrovandi, tragiquement disparue le 15 février 2025. Un chant qu’ils ont interprété de façon magistrale, accompagnés par Jean-François Bernardini, devant les parents de Chloé, la rectrice de Corse, Nathalie Mons, le maire de Corte, le Dr Xavier Poli, le représentant de la CdC, Petr’Antone Filippi, la proviseure, Julia Albertini, le directeur du Crous, Marc-Paul Luciani, et l’ensemble des personnels de l’établissement.
Dès la disparition tragique de Chloé Aldrovandi, en cette nuit du 15 février 2025, l’AFC Umani s’est rapprochée de ses parents, Sébastien et Cathy. Après le temps du deuil et du recueillement, est venu celui du souvenir et c’est dans ce cadre que Jean-François Bernardini, leader du groupe I Muvrini, a créé une chanson bilingue « pour que l’on se souvienne et que personne n’oublie jamais ce drame », a-t-il précisé. Ainsi, « En larmes, mais debout… », qui sortira prochainement avec l’album du groupe, a été apprise par l’ensemble des élèves de la cité scolaire depuis le début de l’année. Les 650 collégiens et lycéens ont répété régulièrement avec leur professeur d’éducation musicale Angélique Perrin, « mais également seuls chez eux, ou par petits groupes, puisque Jean-François Bernardini avait adapté cette chanson à la tonalité de la voix des jeunes élèves et téléchargé la bande son sur un site dédié. Cela avec l’accord des parents de Chloé, puisqu’elle a fait son parcours scolaire de la 6e à la Terminale dans cette même cité scolaire: un événement valide par la rectrice de Corse. " c'est avec son soutien, explique Julia Albertini, la proviseure de l’établissement que cela a pu se faire, avant d’ajouter : « Je me souviens d’ailleurs de Chloé. Je venais d’être nommée à Corte à la rentrée 2025. Un jour de février, elle était venue chercher son diplôme du BAC; nous avions fait connaissance à cette occasion et aujourd’hui, c’est pour elle que notre établissement parfait ce cheminement difficile : après un temps de deuil de la communauté éducative l’ayant mené, vécu, accompagné difficilement à fortiori quand il s'agit d'une tragédie comme celle qui a frappé la jeune Chloé devenue étudiante, est doucement venu un nouveau temps, celui de la créativité ». On dit souvent que d’une faille, surgit la lumière, et peut-être que d’un point géologique, les éléments émotionnels ont capturé cette lueur émanant du Capu Tafunatu pour que la lumière participe à ce moment du souvenir qui s’est orienté vers la créativité : une phase essentielle s’étant plus exactement concrétisée par un hommage unanime de toute la cité scolaire de Corte, né de la communion et de la rencontre créatrice des parents de Chloé avec l’emblématique groupe culturel Corse, I Muvrini des frères Bernardini, Jean-Francois et Alain, impliqués entre autres, à titre d’exemple, au sein de l’Association, AFC Umani, de projets pourfendeurs de la violence, tout au long de réflexions auprès de milliers d’écoliers, sur le sujet de la non-violence, « afin de raccorder les jeunes et nouvelles générations, à nos vieux fondamentaux, « fà di a Corsica, un giardinu ». Une terre-matrice, à préserver, pour retourner à ce jardin originel par ce vecteur fondamental de, « notre terre qui doit unir les gens et pas les séparer, quand tout tremble et rien ne bouge », rajoute Alain Bernardini. Mais en ce mardi inhabituel, conjurant l’aparté de la menace désertique de perte des valeurs ancestrales craintes par Alanu, perçaient les actions citoyennes des élèves, jeunes filles et jeunes garçons. Sur l’estrade, ayant tous revêtu un tee-shirt blanc floqué des initiales, du portait de Chloé, des petites fleurs, des œuvres d’art naïves, des messages poignants, résumant l’essentiel de leur rassemblement, pour lui exprimer tout leur amour : "Chloé, mai, ùn ci scurderemu di tè ». Ainsi, tous avaient orné les désormais murs porteurs de ces centaines d’ex voto parmi la cité cortenaise, toute auréolée de « banderucce bianche », symboles de pureté. La cérémonie d’hommage rassemblait les 650 collégiens et lycéens rassemblés dans la grand cour de l’établissement, face à l’estrade devant réunir les parents de Chloé, ses amis, les élus, ainsi que la rectrice, Nathalie Mons, la déléguée académique à l’action culturelle, le directeur du Crous ainsi que la direction.
« C’est le rôle des artistes de créer et d’aider à ne pas oublier. Les artistes entendent ceux qui souffrent, ceux qui espèrent, ceux qui essayent de construire quelque chose de mieux. Et aujourd’hui ce n’est pas seulement un hommage, mais c’est une réponse à ceux qui ont tué Chloé et qui produisent beaucoup de souffrance. Mais il y a une chose qu’ils ne peuvent pas faire : Ils ne peuvent pas décider de ce que nous allons faire, de ce que nous voulons devenir, de la société que nous voulons construire. Même si une chanson n’est rien, une chanson fédère, rassemble, et les 650 voix de cet établissement vont chanter ensemble , « En larmes, mais debout… ». Cela est essentiel, capital de le dire ensemble et de le dire sans armes, sans haine et sans menaces », a martelé Jean-François Bernardini. « En larmes, mais debout… », un oxymore atteignant au paroxysme et qui aura fait couler beaucoup de larmes, de gouttelettes d’amour pour Chloé, avec cette merveilleuse chorale amatrice, cette pléthore de collégiens et de lycéens, d’adultes, porteurs d’un petit brassard blanc, éplorés, aux côtés d'une maman et d'un papa, Cathy et Sébastien, drapés dans une dignité douloureuse remarquable.
« Il est des drames devant lesquels les mots sont dérisoires », lançait Nathalie Mons, « et pourtant aujourd’hui nous devons en trouver, pour vous, pour Chloé, pour tous ces élèves devant nous ; nous devons être là ». La rectrice de Corse poursuivait en affirmant que la mémoire de Chloé devait se transmettre et que « cette transmission devait passer par la jeunesse et l’éducation. Si l’école ne peut pas empêcher tous les drames, elle a une responsabilité essentielle, celle de former des consciences libres, capables de reconnaître la violence, de refuser l’emprise, de ne jamais considérer l’intimidation, la peur ou la loi du silence, comme une fatalité. C’est tout le sens que nous donnons au parcours d’éducation à la légalité que nous avons commencé à construire depuis l’an passé ». S’adressant à la maman de Chloé, elle a souhaité qu’elle soit encore aux côtés des enseignants, des élèves et des responsables du Rectorat en affirmant : « Vous êtes un symbole du fait de vous dresser contre la violence », après avoir salué Jean-François Bernardini pour « avoir trouvé des mots d’une grande justesse ». Nathalie Mons martelait qu’à travers cette journée, il fallait « faire de la mémoire de Chloé, une force d’éducation ».
Jean-François Bernardini était ensuite rejoint sur la scène par Angélique Perrin, professeure d’éducation musicale, pour diriger les 650 voix des élèves sur cette chanson d’I Muvrini. L’interprétation magistrale des élèves, ce jour-là, avait fait couler l’encre destinée à manifester leur tendresse pour Chloé et fait couler beaucoup de larmes chez les jeunes adolescents comme Stella, Mathéa ou encore un petit sixième, les yeux brouillés de larmes qui nous expliquaient leur presence à cet hommage, « parce qu’on a tué Chloé , on doit être là ". Un moment d’une intensité extrême envahissait l’assistance à travers ces voix, ces sanglots retenus qui s’élevaient vers Chloé, leur nouvelle « Stella matutina » qui continuerait à les guider. Face à cette déferlante d’émotion, frêle mais debout pour sa Chloé, lumineuse de bienveillance dans son habit de deuil, dans cet instant de grâce, Cathy, penchée telle une Pietà avec du défi depuis ses yeux larmoyants, en mère combattive, elle dit aux enfants avoir regardé et vu chacun d’eux. Dans sa perte immense, elle leur dit : -« Je reviendrai vers vous, vous allez m’aider ; vous allez être mon avenir. Vous êtes tous dans mon cœur,; aimez, soyez paillettes dans votre vie, n’acceptez jamais l’inacceptable, vous avez un demain, Chloé ne l’aura plus …». Et par une métaphore sage prônant l’amour, Cathy rajouta : « diviser, partager l’amour, c’est la rendre vivante ; l’amour se multiplie ; je vous confie Chloé ; rendez-moi tous fière ; l’argent se divise, partagez l’amour. Image archétypale de mère sacrificielle, Cathy dans sa poignante souffrance de mère, en n’appelant pas à la vengeance, aura fait le choix de l’alchimiste, « en préférant changer l’or au plomb ».
Normal donc, qu'une chaîne de l'amour, chacun se serrant la main, ait impulsé sa fraternité à l'autre.
Depuis l’arrivée de Julia Albertini à la tête de la cité scolaire Pascal-Paoli, à travers la tenue de programmes et objectifs pédagogiques nombreux, très pragmatique, elle a placé ses élève dans une certaine orientation humaniste car, à l'écoute de chacune et chacun, tout autant que son personnel. Elle a institué cet héritage de passation et de transmission tant attendu, et évoqué également par Alain Bernardini, ce qui fait de surcroît de la cité scolaire de Corte, une sorte d’école pilote dédiée à la citoyenneté et à la non-violence.


















