Gérard Jugnot, invité d’honneur du Festival Arte Mare : « En Corse il y a un public de cinéphiles, très porté sur le cinéma de qualité »

Rédigé le 05/10/2026
Philippe Jammes

L’ancien du Splendid est l’invité d’honneur de cette 44e édition et il ne boude pas son plaisir d’assister au plus grand nombre de projections possible. Un acteur, un comédien, un metteur en scène, un réalisateur qui connait bien la Corse pour y venir séjourner ou tourner depuis plus de 20 ans. A l’affiche à ce festival 2026 son dernier film, « Mauvaise pioche », au scénario très librement inspiré d'un fait divers qui a passionné les médias : L'affaire Dupont de Ligonnès.

Gérard Jugnot, invité d’honneur du Festival Arte Mare : « En Corse il y a un public de cinéphiles, très porté sur le cinéma de qualité »

Gérard Jugnot a tenu à prendre ses quartiers dans le centre ancien de Bastia.


Certainement très sollicité par différents organisateurs, pourquoi avoir accepté cette invitation d’Arte Mare ?
D'abord, parce que j'aime beaucoup la Corse. J'y ai tourné plusieurs fois. Comme je n’ai pas de tournage avant le début de l'année j’étais disponible et c’est un plaisir d’être ici. Bastia, ce n'est quand même pas quelque chose qu'on refuse en octobre avec ce temps magnifique. En plus Christophe Bourseiller que je connais un petit peu m’a vraiment enthousiasmé.

Le thème de la justice aussi ?
En fait quand j’ai accepté je ne connaissais pas le thème. Mais j'ai assisté samedi soir à un débat très intéressant et visionné un très bon film, Rendre la justice de Robert Salis. Film qui est d'ailleurs un petit peu en écho avec mon film « Mauvaise Pioche », puisque c'est l'histoire d'une erreur judiciaire amplifiée par les réseaux sociaux, les médias, et puis cette folie de toujours communiquer, la justice médiatique.

Evoquons justement votre dernier film « Mauvaise Pioche » ... On n'aborde pas un tel sujet, tiré d’une histoire vraie, sans prendre des renseignements ? 
Cette erreur judiciaire est vraiment la base de l'histoire. Au départ, il y a eu confusion car les gens ont cru qu'ils allaient voir un film très grave, très polémique sur ça, alors qu'en fait, c'est une comédie car j'aborde toujours les thèmes que je traite sous l'angle de la comédie. Je trouve que la comédie, ce n'est pas un fond, c'est une forme. Évidemment, on s'est beaucoup renseigné sur le sujet mais après on a inventé. Ce qui est marrant quand on est scénariste avec Fred Hazan avec qui j'ai écrit le texte, c'est de se dire comment l'histoire s'appartient à elle-même. C'est-à-dire comment une chose comme ça peut-elle arriver ? Ce pauvre garçon a été pris pour Dupont de Ligonnès alors qu’il ne lui ressemblait absolument pas avec déjà 10 centimètres de moins. On ne sait d'ailleurs même pas pourquoi il a été dénoncé. En plus il y a eu des milliers de signalement de Dupont de Ligonnès un peu partout. Alors pourquoi c'est sur lui que c'est tombé ? Ce qui m'intéressait, c'était évidemment ce fait, mais aussi comment on réagit après, une fois qu'on a été balancé sur la place publique, dans les médias avec les dégâts que ça peut faire dans sa vie privée, et puis aussi inventer une petite revanche sur ça.

Dans ce film il y a ce côté justice, cette erreur, mais vous pointez aussi l'emballement des médias...
Oui, c'est ça. La course après le scoop, c'est d'ailleurs ce qui s'est passé. Un journal comme Le Parisien en avait fait sa une. C'est aussi ce que j'explique dans le film, avec un petit côté humoristique. J'ai rencontré des policiers qui me disaient : « Nous, on savait que ce n'était pas lui. Mais comme il y avait BFM, Le Parisien, tous les journaux qui en parlaient, si on ne l'avait pas arrêté, on nous aurait dit, mais qu'est-ce que vous faites ? ». Accuser, c'est ça qui est terrible. C'est ça qui m'intéressait dans le film. Aujourd’hui, en plus avec l'IA, rien ne peut être définitivement vrai pour les gens. Il y a toujours un doute. Et quand on met le doute, c'est terrible. C'est terrible parce qu'on ne peut pas s'en tirer. Il y a des tas d'exemples comme ça. De personne dont on a dit des choses et puis on s’est aperçu que c'était totalement faux, que c'était des vengeances. L'histoire, très ancienne, qui me revient c’est sur Sheila. C'était une vengeance et ça a fait un mal fou.

La personne injustement arrêtée n’est plus là aujourd’hui mais vous lui rendez justice en quelque sorte ?
Oui. La famille ne voulait pas trop qu'on parle de lui, qu'on le nomme. Donc on s'est éloigné le plus possible après avoir pris le point de départ de cette histoire folle, invraisemblable. C’est vrai que quelque part je crois qu'on lui a rendu un peu justice, qu'on s'est un peu vengé. En blaguant, on m’a dit qu’il y avait un côté Montecristo, ce marin accusé par erreur et qui a passé sa vie en prison avant de se venger ensuite. Bon, là, la vengeance, elle est plus médiatique, elle est pacifique, elle est jubilatoire.

Le casting ?
Je me suis vraiment régalé avec tous ces acteurs formidables qui ont répondu à mon appel. Ce sont des amis pour la plupart. Que ce soit des gens de ma génération comme Thierry Lhermitte, Morel ou Michèle Laroque. Et puis des petits jeunes avec qui je travaille, comme la bande à fifi, puisqu'il y a Philippe Lachaud et Reem Kherici et bien sûr Jean-Pierre Darroussin qui est absolument formidable. J'avais l'impression d'être un petit garçon qui invite ses copains à un anniversaire et qui viennent jouer avec lui.

Les projets de Gérard Jugnot ?
J’ai une retraite très active. J'ai un nouveau scénario que j'espère tourner l'été prochain. Et puis, je vais refaire un petit coucou dans le nouveau film de Philippe Lachaud, « Alibi 3 », sort le film d'Élie Semoun « Ducobu », le sixième du nom, un peu différent des autres. J'ai tourné aussi la suite, je fais beaucoup de suites, de « Y a pas de réseau » et « Les Enfants de la Résistance » avec mon ami Christophe Baratier. Ça s'est fait. J'ai plein de projets pour la suite.

Quel regard portez-vous sur ce festival Arte Mare ?
Il fait honneur aux films méditerranéen et c’est très bien. Par exemple, j'ai vu un film maltais, tout à fait intéressant, « Zejtune ». Jamais je n'aurais vu ça ailleurs. Pourtant il est très intéressant. Je trouve aussi que le cinéma corse est très vivant, j'ai d’ailleurs tourné avec des Corses. Il y a beaucoup de tournages ici. D'abord parce que c'est un lieu magnifique pour tourner mais aussi parce qu’il commence à y avoir des équipes et l'insularité n'est plus un problème. J’ai compris aussi que beaucoup souffrent qu'il n'y ait plus le théâtre ici à Bastia car il est en travaux. C’est dommage car c’était un lieu superbe, bien éloigné des salles modernes d’aujourd’hui. Il y a ici un grand public de cinéphiles et les gens sont très portés sur le cinéma de qualité.
 

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Gérard Jugnot à l'affiche d'Arte Mare pour "Pinot simple flic" et "Mauvaise pioche"