Festi Arte à Bonifacio : le grand écart pour commencer, du jazz envoûtant au reggae endiablé

Rédigé le 02/10/2026
Julien Castelli

Jeudi, l’éclectisme était au rendez-vous de la première soirée de Festi Arte, à Bonifacio : du jazz moderne envoûtant, distillé par Naïssam Jalal et ses musiciens, puis du reggae défoulant signé Original Kam’s. Deux styles, deux ambiances, mais une même passion fiévreuse pour la musique. Festi Arte se poursuit ces vendredi et samedi soir, dans la haute-ville bonifacienne.

Festi Arte à Bonifacio : le grand écart pour commencer, du jazz envoûtant au reggae endiablé

Le collectif reggae Original Kam's a fait danser les Bonifaciens jeudi soir.

« Bo-ni-fa-cio… Bo-ni-fa-cio ! » Le temps d’une soirée, la cité des Falaises s’est délocalisée sur les rivages de la Jamaïque, portée par les beats reggae d’Original Kam’s. Ces musiciens ivoiriens diablement entraînants ont accompagné des pointures du genre : Tiken Jah Fakoly, Alpha Blondy, Magic System ou encore Barrington Levy. Mais eux-mêmes sont restés dans l’ombre, à tel point qu’on ne connaît pas leurs noms ! Dans la halle de l’Arsenal, des petites tables avaient été disposées, façon cabaret. Des grappes de spectateurs s’y sont formées, ça a commencé sagement. Et puis il y a eu comme un transfert, des tables à la piste de danse, à mesure qu’Original Kam’s enchaînait les morceaux, dans une grande générosité qui incitait au lâcher-prise et au partage. En cette première nuit d’octobre, le déhanché était fluide. Et Bonifacio remettait une pièce dans la machine après un été déjà bien copieux en soirées festives.

Festi Arte à Bonifacio : le grand écart pour commencer, du jazz envoûtant au reggae endiablé

A la contrebasse, Claude Tchamitchian, au violoncelle Clément Petit et à la flûte traversière et au chant, Naïssam Jalal.

Avant le yang, il y a eu le yin en l’église Saint-Dominique : soit une expérience musicale fondamentalement différente de celle vécue avec Original Kam’s, bien que complémentaire. Ici, aucune démangeaison de danse, plutôt l’inverse : on s’est retrouvé scotchés sur les bancs de l’église, envoûtés par la chanteuse franco-syrienne Naïssam Jalal, qui avait fait de sa flûte traversière le prolongement de son puissant et cristallin organe vocal. Entre deux interprétations, Naïssam Jalal confie au public pourquoi elle fait de la musique : « On vit dans un monde extrêmement violent. On doit se battre au quotidien pour aller bien, mais on a aussi besoin de quitter la lutte, l’espace d’un moment. Et ces rituels, ils servent à ça. A être des refuges. » Ces rituels (de la terre, du vent, de la lune), ce sont les œuvres que l’artiste a interprétées avec émotion, accompagnée du violoncelliste Clément Petit et du contrebassiste Claude Tchamitchian. « Dans la musique, on doit s’écouter et prendre le temps de s’accorder. Il n’y a pas de 49.3 dans la musique ! », lâche avec piquant cette artiste engagée, qui ne s’est pas privée de décocher de nombreuses punchlines aux politiques situés plutôt à droite sur l’échiquier.

La suite vendredi et samedi

Festi Arte poursuit son tour du monde en musique, ce vendredi et samedi.
Vendredi, rendez-vous à 17 h 30 à l'Espace Saint-Jacques avec une rencontre-performance entre Alain Di Meglio et Isaac Kemo autour des langues et des souffles, suivie à 19 h 30 à l'église Saint-Dominique par un concert de jazz et de musiques africaines porté par le duo d’exception Ray Lema et Laurent de Wilde. La soirée se prolongera à 21 h 30 à la Halle de l'Arsenal avec le groupe Eppò, qui réinvente la musique insulaire entre chants traditionnels, folk et rock.  

Samedi, le festival s'achèvera avec, à 17 h 30 à l'Espace Saint-Jacques, une conférence ludique de Laurent de Wilde intitulée « Les fous du son ». La musique reprendra ses droits à 19 h 30 à l'église Saint-Dominique avec Siân Pottok et son univers mêlant jazz et sonorités du monde, avant un grand final festif à 21 h 30 à la Halle de l'Arsenal dans le tempo latino du Habana Band.