Avant son congrès de dimanche 4 octobre à Corte, le PNC a précisé ce jeudi matin les contours d’une nouvelle démarche politique, ouverte au-delà de ses seuls adhérents. Dans un contexte de tensions sociales et d’incertitudes sur le processus d’autonomie, Jean-Christophe Angelini appelle à la fois à défendre le texte de Beauvau et à construire un projet de société plus large.
Avant l’ouverture de la session de l’Assemblée de Corse, le PNC et le groupe Avanzemu ont choisi de placer leur rentrée sous le signe d’une recomposition politique. Réuni devant la presse ce jeudi matin, Jean-Christophe Angelini a confirmé que le congrès du parti, organisé dimanche 4 octobre à Corte, marquera le lancement d’une démarche nouvelle, conçue pour dépasser les frontières traditionnelles des formations politiques. L’ambition affichée est claire : prolonger et structurer la dynamique née en 2021 autour d’Avanzemu, sans dissoudre le PNC ni renier son histoire. « Il faut renverser la table », a lancé le maire de Porto-Vecchio et président du groupe à l’Assemblée de Corse, en appelant à inventer une construction politique « inédite et populaire ».
Le responsable nationaliste assure ne pas vouloir bâtir un « mouvement attrape-tout ». La future démarche devra, au contraire, reposer sur des convictions définies : l’adhésion au principe d’autonomie, la coofficialité de la langue corse, le statut de résident, mais aussi des orientations sociales, économiques et sociétales plus larges. L’appel est donc lancé aux autonomistes qui ne se reconnaissent pas dans l’actuelle majorité territoriale, aux nationalistes qui ne souhaitent plus prendre de carte dans un parti, mais également aux Corses partageant ces valeurs sans appartenir à une formation politique. « Le premier parti nationaliste, ce sont les milliers de militants qui ne prennent plus de cartes depuis des années », a relevé Jean-Christophe Angelini.
La porte se veut aussi ouverte aux acteurs associatifs, économiques, culturels et syndicaux. Le PNC-Avanzemu veut éviter une démarche reposant uniquement sur « des appareils ou des apparatchiks », et privilégier l’implication de celles et ceux qui, sur le terrain, participent à la vie de l’île. Il ne sera pas demandé aux personnes présentes à Corte d’adhérer au PNC : le congrès doit avant tout constituer un grand moment de débat, avant de préciser les modalités de cette nouvelle organisation.
Une réponse politique à une période de crise
Cette initiative intervient dans un contexte que le président du groupe Avanzemu juge particulièrement tendu. Crise des carburants, du pouvoir d’achat, du logement, difficultés du monde agricole, précarité : « notre peuple, comme tant d’autres, est aujourd’hui victime d’un certain nombre d’assauts auxquels il a beaucoup de mal à résister », a-t-il déclaré. Le groupe doit ainsi demander, au cours de cette session, la tenue d’une nouvelle conférence sociale. Pour Jean-Christophe Angelini, il s’agit de mettre des mots sur les difficultés vécues par les Corses, mais surtout d’identifier ce qui peut être engagé immédiatement et ce qui nécessite une stratégie de long terme. « Aucune formation politique, même majoritaire, n’a les moyens d’agir seule », a-t-il insisté.
Le PNC pointe également le manque d’outils de planification actualisés pour préparer l’avenir de l’île : Padduc non révisé, programmation pluriannuelle de l’énergie insuffisamment opérationnelle, plan de lutte contre la précarité ancien, programmation pluriannuelle des investissements à consolider. « On navigue à vue », a dénoncé Jean-Christophe Angelini, appelant à penser la Corse de 2040.
Défendre l’autonomie sans s’aligner sur la majorité
L’autre enjeu majeur de la rentrée reste le processus de Beauvau. Alors que le texte sur l’autonomie doit poursuivre son parcours parlementaire au Sénat, le PNC se dit inquiet des évolutions susceptibles d’en altérer la portée. Jean-Christophe Angelini refuse notamment l’idée d’une autonomie privée de capacité normative ou législative. « Il n’y a d’autonomie que dans la capacité donnée à une assemblée délibérante et à un exécutif de pouvoir légiférer », a-t-il affirmé, souhaitant préserver l’esprit du texte adopté à l’Assemblée nationale. Le responsable nationaliste reconnaît que le processus est « déjà en danger », mais refuse que quatre années de négociations et de votes soient remises en cause, dans le prolongement de la séquence ouverte après l’assassinat d’Yvan Colonna.
Cette défense de l’autonomie ne remet pas en cause l’opposition du PNC à la majorité territoriale. Le mouvement assure simplement distinguer les enjeux institutionnels de la compétition politique. C’est dans cet esprit qu’il avait soutenu, lors des sénatoriales, des candidatures nationalistes proches notamment de Femu A Corsica. Le changement intervenu à la présidence du conseil exécutif pourrait néanmoins ouvrir une période plus apaisée. Sans préjuger d’une évolution politique profonde, Jean-Christophe Angelini dit constater une « décrispation » et un dialogue plus fluide entre certaines communes et l’exécutif. « Je préfère de très loin le dialogue et la construction au conflit, surtout avec d’autres nationalistes », a-t-il souligné.
À Corte, dimanche, le PNC-Avanzemu entend donc poser les premières pierres de cette nouvelle offre politique. Une construction qui devra concilier, selon ses promoteurs, la défense de l’autonomie et des revendications historiques avec des réponses concrètes aux urgences sociales, économiques et environnementales.



