À Cargèse, dix ans de santé de proximité qui ont changé le quotidien

Rédigé le 10/10/2026
Saveria Valle

Le pôle de santé de Cargèse a célébré ce week-end les dix ans de son inauguration. Cette journée anniversaire a permis de mesurer le chemin parcouru : rapprocher les soins, développer la prévention et construire peu à peu un maillage à l’échelle de la Spelunca-Liamone. Dans une microrégion étendue, où les distances compliquent encore l’accès aux professionnels, la maison de santé participe aussi à une autre bataille : permettre aux habitants de continuer à vivre et vieillir près de chez eux.

À Cargèse, dix ans de santé de proximité qui ont changé le quotidien

Réunis au domaine de Rocca Marina pour célébrer l'anniversaire de la structure, praticiens, partenaires et intervenants sont revenus sur la décennie écoulée et ont évoqué les perspectives d'avenir de la structure

Tout est parti d’un constat. Autour de Cargèse, il y a plus d’une décennie, l’offre de soins devait déjà anticiper les besoins d’une population croissante et le risque d’une démographie médicale moins favorable. Depuis 2016 et l’inauguration du pôle de santé, le paysage a changé.
 
Jean-Marc et Valérie, installés à Cargèse depuis quelques années, ont connu un autre parcours de soins sur le continent. « On se sent privilégiés. Nous avons ici une multitude de spécialistes que l’on peut consulter facilement, sans attendre des mois pour obtenir un rendez-vous. Quand on voit les difficultés rencontrées ailleurs, on mesure vraiment notre chance », sourient-ils.

Consulter sans systématiquement se rendre à Ajaccio est peu à peu entré dans les habitudes. Le pôle de santé cargésien reçoit désormais des patients de toute la Spelunca-Liamone, parfois même d’Ajaccio pour certains besoins spécifiques.
 
Dans le haut du canton, quelques kilomètres qui changent tout
 
Septuagénaire habitant Porto, Pauline sait ce que quelques dizaines de kilomètres peuvent changer. « Pouvoir consulter des spécialistes à Cargèse plutôt que descendre à Ajaccio rend la vie au village plus sereine. Et le retour d’un médecin à Porto est une vraie sécurité pour tous », glisse-t-elle. Depuis 2025 en effet, le Dr Lydia Aksil, également praticienne à Cargèse, y consulte deux jours par semaine, un retour rendu possible par le travail mené avec l’ancienne municipalité. Un cabinet médical à Piana et deux maisons de santé pluriprofessionnelles à Sagone et Tiuccia complètent l’offre.
 
En dix ans, le projet s’est ainsi élargi : il ne s’agit plus seulement de rapprocher les patients des praticiens, mais d’accompagner les habitants à différents moments de leur vie. Une évolution concrète dans le quotidien des habitants. 
 
Avec Asalée, des patients atteints de maladies chroniques sont accompagnés et sensibilisés aux risques cardiovasculaires. La PMI vient au-devant des familles, la Maison des adolescents des plus jeunes. Les ateliers mémoire ou « bien vieillir », soutenus par la Collectivité de Corse, travaillent sur l’autonomie. « L’objectif est de préserver l’autonomie le plus longtemps possible en exerçant la mémoire, l’équilibre, la mobilité et surtout la confiance au quotidien. Ces ateliers jouent aussi un rôle essentiel pour maintenir ou recréer du lien social entre participants, souvent âgés et sujets à l’isolement », soulignent les intervenants. À leur échelle, ces actions participent elles aussi au maintien de la vie dans les villages. 
 
Les murs sont là, reste à garder les médecins
 
Mais une question domine pour la suite : celle des médecins. « Maintenir une offre de proximité suppose d’attirer de nouveaux praticiens », insiste le Dr Dominique Poggi. Dix ans après avoir défendu la création d’un maillage à l’échelle de la microrégion, il regarde désormais du côté de la relève. Quatre jeunes médecins ayant effectué leur internat à Cargèse ont choisi de s’installer à Cargèse, Sagone ou Tiuccia : les Drs Sophie Desnault-Burle, Lydia Aksil, Paul Beaudenon et André Girerd. 
 
C’est encore de leur présence et de celles des spécialistes y intervenant régulièrement que dépend en grande partie la suite de l’histoire. Car derrière l’anniversaire et le bilan, l’enjeu reste très concret : en Spelunca-Liamone, maintenir des médecins et des soins de proximité, c’est aussi permettre à ceux qui y vivent d’y rester.