Plus de cinquante ans après les premières fouilles menées par Jacques Magdeleine, une équipe de l’Université de Corse a repris les recherches sur le Monte Grosso. Nouvelles structures, traces d’activités et outils : les premières découvertes viennent préciser l’occupation préhistorique de la butte, du Néolithique à l’âge du Bronze.
Retourner sur un ancien site de fouilles pour tenter d’en compléter l’histoire : c’est le principe de la campagne actuellement menée sur le Monte Grosso, à Biguglia, sous la direction d’Angélique Nonza-Micaelli, archéologue rattachée au département d’archéologie de l’Université de Corse et à l’unité mixte de recherches (UMR) du CNRS. Un site qui n’est pas inconnu des archéologues. Entre 1967 et 1977, l’archéologue Jacques Magdeleine y avait conduit des fouilles. Ses travaux avaient permis d’identifier un habitat attribué à la fin du Néolithique, ainsi que des occupations de l’âge du Bronze, accompagnées de vestiges comme des céramiques et du mobilier archéologique Il avait également relevé une occupation particulièrement étendue du Monte Grosso, avec une vingtaine de terrasses plus ou moins aménagées. C’est notamment cette hypothèse que la nouvelle campagne cherche aujourd’hui à préciser. « Souvent, on revient sur d’anciens sites de fouilles parce que tout n’a pas été traité en termes de contexte préhistorique. Il nous manque des informations pour compléter ce qui avait été commencé », explique Angélique Nonza-Micaelli.
La nouvelle équipe, composée notamment de Jean-Pierre Isacco, technicien en archéologie au sein du département de l’université, et d’étudiants de l’université, a commencé par une campagne de sondage au début du mois de septembre, avant d’élargir progressivement la zone de fouille. Les archéologues travaillent notamment sur un secteur voisin de celui exploré autrefois par Jacques Magdeleine. Sur place, le dégagement de la végétation et des blocs rocheux permet déjà de faire apparaître des aménagements. « On a des rochers naturels qui sont tout à fait en place sans qu'il y ait eu d'action de l'homme dessus. Mais on a aussi un agencement qui a probablement été réalisé par la main de l'homme », explique l’archéologue. « Magdeleine en avait identifié quelques-uns, on en a identifié d’autres. Effectivement, il avait raison, tout le mont était occupé », poursuit-elle.
Des traces de la vie quotidienne
Parmi les éléments mis au jour figurent notamment trois empreintes de piquets, toutes de forme triangulaire. Elles apparaissent dans un niveau de terre tassée, comparable à une forme de sol en terre battue. Des traces qui pourraient correspondre à des aménagements réalisés par les occupants du site. « Quand ils construisaient ou qu’ils avaient besoin de clôturer un espace ou de poser quelque chose, des éléments comme des céramiques ou des vanneries sur des éléments en bois, ils faisaient exactement les mêmes gestes que ce que l’on fait à l’heure actuelle : on creuse un trou dans le sol, on enfonce le piquet, et soit on cale avec des pierres, soit on tasse avec le pied. C’est ce qu’il s’est passé ici. »
Dans une autre zone, les chercheurs ont également découvert une plaque de pisé, une couche d’argile compactée et tassée au sol. « Ce sont d’anciennes plaques de cuisson, en quelque sorte », décrit Angélique Nonza-Micaelli. « On met des couches d’argile de plusieurs centimètres et on va venir y mettre le feu pour cuire les aliments, pour déposer des poteries, pour garder les aliments au chaud, ou tout simplement pour réchauffer la structure d'habitat si on est dans un habitat fermé. Souvent, ces plaques de pisé ne sont pas isolées, elles sont associées à de la roche pour des raisons thermiques. Là, sur cette zone, sur un niveau plus profond que ce que l'on a ailleurs, on a une plaque de pisé et des tessons de poterie qui attestent le lien entre les deux. C'est important, parce que ça veut dire qu'on est sur une zone que l'on va utiliser pour réchauffer quelque chose. »
Autre élément particulièrement intéressant pour les chercheurs : l’industrie lithique. « On a des pointes de flèches, des armatures tranchantes en forme de trapèzes, et beaucoup d'attestations de ce que l'on appelle des nucléus, c'est-à-dire des blocs de pierre qui sont ce qu’il reste une fois qu'on a produit les outils. On retrouve de l'obsidienne, qui vient forcément de l'extérieur, puisqu'on n'a pas d’obsidienne implantée sur l'île, du quartz et de la rhyolite. Ce qui est intéressant, c'est que ces éléments nous permettent de dire qu'on est sur un lieu de production, et non pas uniquement un lieu sur lequel on va utiliser ces outils. »
Présents sur le site depuis près d’un mois, les archéologues doivent poursuivre leurs travaux jusqu’à la mi-octobre. Une nouvelle phase de fouilles est ensuite prévue au mois d’avril. Les vestiges et le mobilier découverts ne livreront toutefois pas immédiatement tous leurs secrets. Une fois prélevés, ils seront étudiés par différents spécialistes au sein du département d’archéologie de l’Université de Corse ou envoyés dans des laboratoires extérieurs pour les études et les datations. Ils seront ensuite envoyés au musée de Sartène.



