À l’appel d’une large intersyndicale, près de 300 personnes se sont rassemblées ce mardi matin devant la préfecture d’Ajaccio dans le cadre de la journée nationale de grève dans la fonction publique. Pouvoir d’achat, gel du point d’indice, suppressions de postes et dégradation des services publics étaient au cœur des revendications. En Corse, les syndicats insistent également sur le poids de la vie chère et réclament des réponses adaptées aux spécificités insulaires.
« Il y a de la fatigue, de la colère, mais aussi de la détermination. » Devant les grilles de la préfecture d’Ajaccio, Rémi Bizarri, délégué du STC, résume l’état d’esprit des manifestants. Ce mardi 29 septembre, près de 300 personnes ont répondu à l’appel de l’intersyndicale dans la cité impériale. À Ajaccio, le rassemblement a débuté à 10 h 30 devant la préfecture, entraînant la fermeture du cours Napoléon à la circulation. Fonctionnaires, agents des services publics, représentants syndicaux mais aussi salariés d’organismes sociaux ont répondu à l’appel. Peu avant midi, une délégation de l’intersyndicale a été reçue en préfecture.
Au cœur de cette mobilisation : une inquiétude grandissante concernant le pouvoir d’achat. Pour Rudy Albertini, secrétaire départemental de la CGT de Corse-du-Sud, le constat est sans appel. « Le gel du point d’indice contribue à appauvrir le pouvoir d’achat des fonctionnaires. Il est temps que les fonctionnaires puissent avoir droit à une revalorisation salariale et que ce point d’indice soit indexé sur l’inflation. » Le responsable syndical pointe également les suppressions d’emplois et la réduction de la présence des services publics dans certains territoires : « Il y a la suppression de nombreux emplois dans la fonction publique, des services publics qui ferment, des points de contact postaux par exemple dans le rural. »
« En Corse, c’est encore plus prégnant »
Si les revendications s’inscrivent dans un mouvement national, les syndicats veulent aussi mettre en avant la situation particulière de l’île. Une dimension sur laquelle insiste Frédéric Lanai, secrétaire général de l’UNSA. L’objectif, explique-t-il, est que les agents puissent bénéficier d’un pouvoir d’achat « en corrélation avec la réalité économique de la Corse ». « On voit que l’inflation augmente, que le carburant augmente, que tout augmente et, malheureusement, les salaires des fonctionnaires, eux, n’augmentent pas », poursuit-il. Le représentant de l’UNSA évoque notamment des prix alimentaires qu’il estime « 14 % plus chers que sur le continent », ainsi que le coût des loyers. Un constat partagé par la CGT. « En Corse, c’est encore plus prégnant. Il y a également le surcoût lié à l’insularité. Aujourd’hui, tout le monde commence à sentir, au niveau du panier, que c’est de plus en plus difficile », estime Rudy Albertini.
Pour le STC également, la réponse ne peut se limiter aux mesures nationales. « Aujourd’hui, nous avons besoin d’un traitement spécifique à tous les niveaux, notamment au niveau social et au niveau des services publics », affirme Rémy Bizzari. Selon lui, la fonction publique traverse désormais « une crise majeure », au point que certains agents « n’arrivent plus à boucler leurs fins de mois ».
L’avenir des services publics en question
Au-delà des salaires, l’intersyndicale alerte sur une dégradation plus profonde du service public. Dans une déclaration lue devant les manifestants, elle a dénoncé les contraintes budgétaires qui pourraient encore peser sur les administrations en 2027 et appelé à « une meilleure répartition des richesses » ainsi qu’à davantage de « justice sociale et fiscale ». Les organisations syndicales ont également mis en avant les conséquences des suppressions de postes et des difficultés de recrutement. Selon elles, les agents sont de plus en plus nombreux à travailler dans des services sous tension, avec pour conséquence une augmentation des risques psychosociaux.
Les départs à la retraite attendus dans les prochaines années rendent, selon l’intersyndicale, la question du recrutement encore plus urgente. Les épisodes de canicule, de sécheresse et d’incendies survenus cet été ont également été cités pour défendre le renforcement des services de secours et plus largement de la fonction publique. « C’est donc l’avenir des services publics qui est en jeu aujourd’hui », a martelé l’intersyndicale devant la préfecture.
Une mobilisation jugée importante, malgré un contexte difficile
Avec près de 300 personnes rassemblées à Ajaccio, les responsables syndicaux affichent une satisfaction mesurée. « Il y a du monde, mais on en espérait beaucoup plus », reconnaît Frédéric Lanai. Pour le responsable de l’UNSA, la situation financière des salariés peut elle-même constituer un frein à la mobilisation et à la multiplication des journées de grève.
Rudy Albertini estime pour sa part qu’il s’agit d’« une bonne mobilisation », tout en renvoyant à la suite du mouvement pour déterminer la manière dont celui-ci pourra être prolongé.
Au STC, Rémy Bizzari retient surtout le signal envoyé par les agents : « C’est une mobilisation que nous estimons importante. Les agents ont répondu présents. »
Une mobilisation qui, au-delà de la seule fonction publique, entend replacer au premier plan une préoccupation commune aux trois organisations interrogées ce mardi à Ajaccio : la baisse du pouvoir d’achat face à l’augmentation du coût de la vie.





