Deux maires corses relancent la bataille pour obtenir un statut de résident

Rédigé le 02/09/2026
Léana Serve

Les maires de Lopigna et de Santa-Reparata-di-Balagna relancent la mobilisation en faveur d’un statut de résident en Corse. Une pétition vient d’être lancée, tandis qu’un courrier a été adressé à l’ensemble des maires de l’île afin de fédérer les élus autour de cette revendication.

Deux maires corses relancent la bataille pour obtenir un statut de résident

Le village de Santa-Reparata-di-Balagna

Faire en sorte qu’un statut de résident voie le jour en Corse : c’est l’objectif d’Alain Nebbia et Marcel Torracinta. Les maires de Lopigna et de Santa-Reparata-di-Balagna viennent de lancer une pétition pour demander que la Corse puisse disposer d’un cadre juridique permettant de réserver, sous certaines conditions, l’accès à la propriété immobilière aux personnes résidant durablement sur l’île. À travers cette démarche, les deux élus veulent répondre à une difficulté qu’ils disent constater directement dans leurs communes : l’accès au logement, à la location comme à la propriété, devient de plus en plus difficile pour les personnes qui vivent et travaillent à l’année sur l’île. À Santa-Reparata, Marcel Torracinta raconte avoir « créé une structure avec plus de vingt emplois ». « J’ai fait venir des professionnels et les gens n’ont pas pu se loger parce qu'il fallait rendre les appartements pour le mois de mai pour que ça repasse à la location estivale », raconte-t-il.
 

Pour l’élu, « les maisons patrimoniales ne doivent pas être transformées en locations saisonnières et ceux qui y sont nés ne doivent pas être renvoyés à l'extérieur et faire une sorte de diasporisation des populations locales vers l'extérieur des villages ». Il défend ainsi une démarche qui se veut avant tout celle des élus locaux. « C'est vraiment une démarche de maires et une démarche transpartisane, et pas forcément qu'une démarche de nationalistes », explique-t-il avant de poursuivre : « Pour qu'une commune vive, il faut qu'il y ait une résidence permanente, et celle-ci ne peut pas souffrir du fait qu'il y ait principalement de la résidence secondaire qui soit liée à de la location estivale. Ce n'est vraiment pas possible. C'est une question qui est une question sociale, économique et culturelle. »
 

Avec cette démarche, les deux élus veulent également interpeller les responsables politiques. « On lance un aiguillon pour que nos élus qui défendent nos intérêts au niveau national puissent se pencher sur cette question. Se pose aussi la question des gens qui sont issus de la population corse, qui travaillent à l'extérieur, qui ont des attaches familiales… Là aussi, c'est quelque chose qui mérite qu'on se penche vraiment sur cette question. C'est vraiment un processus, une démarche qui tend à unir tous ceux qui partagent cette problématique-là, de manière à engager un processus politique et un processus de travail pour essayer de faire en sorte que ces questions de logement et d'habitat puissent être résolues le plus tôt possible. »
 

Dans cette optique, ils ont également adressé un courrier à l'ensemble des maires de Corse, afin de les inviter à rejoindre leur démarche. « Nous constatons un phénomène d’exclusion pour l’accès aux résidences permanentes sur des critères uniquement financiers et au profit de logiques spéculatives. Un réel sentiment de dépossession traverse et clive durablement notre société. La poursuite de cet état de fait est génératrice de toutes les sortes de dérives… Précarité, santé, exclusions, transgressions… La loi doit s’adapter pour réguler localement les problématiques sociétales et prévenir leurs effets délétères », peut-on notamment lire dans la lettre.
 

Ils rappellent également que plusieurs communes ont déjà adopté des délibérations en faveur d'un statut de résident, bien que celles-ci « soient illégales au vu de la loi française ». « Elles sont illégales, mais elles ne sont pas injustes. Nous défendons aussi l'idée que les lois doivent évoluer en fonction de la nécessité de la population. On veut faire évoluer ces lois en demandant à nos représentants de se mettre au travail sur ces problématiques qui sont très aigües de manière à éviter la spéculation. »
 

Du côté de l'Association des maires de Haute-Corse, aucune position collective n'a été arrêtée sur le statut de résident. « Chaque maire se positionne en toute conscience », affirme Don-Marc Albertini, son président. À titre personnel, le maire de Ghisoni reconnaît l'existence d'un problème de logement, notamment pour les jeunes Corses, mais estime que le statut de résident doit encore être « expertisé ». « Comme pour tout, il doit y avoir un équilibre à trouver, et il faut éviter des effets qui empêcheraient un Corse qui habite Paris d'acheter une résidence en Corse. Il faut peut-être aussi compléter cette disposition par une offre publique de logement plus forte. Je pense à l'initiative qu'il y a eu en Balagne où les communes achètent du terrain, viabilisent des lots, émettent des conditions d'achat pour que les lots soient achetés par des résidences principales avec des conditions d'accès. Ça me semble être une bonne réponse. »