Depuis Ajaccio, Patriotti in lotta dénonce le « ciblage » d’anciens prisonniers politiques corses

Rédigé le 31/08/2026
MP avec Paule Santoni

Le collectif Patriotti in lotta tenait une conférence de presse ce lundi soir à Ajaccio afin de dénoncer le maintien, de « mécanismes répressifs » visant d’anciens prisonniers politiques et des militants nationalistes. Il affirme que la levée de certaines inscriptions au Finiada serait désormais compensée par des mesures prises au nom de la « sécurité intérieure », en contradiction avec les engagements annoncés par le garde des Sceaux en février 2025.

Depuis Ajaccio, Patriotti in lotta dénonce le « ciblage » d’anciens prisonniers politiques corses

(Photos : Paule Santoni)

Un an et demi après les engagements de Gérald Darmanin envers les prisonniers politiques devant l’Assemblée de Corse, Patriotti in lotta estime que les « mécanismes répressifs » restent toujours à l’œuvre. Réuni symboliquement ce lundi soir devant les locaux de la fédération de chasse de Corse-du-Sud à Ajaccio le collectif a dénoncé ce qu’il considère comme la poursuite d’un ciblage visant d’anciens prisonniers politiques et des militants nationalistes.
 
Lors de sa venue en Corse, le 27 février 2025, le ministre de la Justice avait en effet annoncé que les condamnés corses ne seraient plus inscrits au Fichier judiciaire national automatisé des auteurs d’infractions terroristes (Fijait). Selon Patriotti in lotta, cette annonce devait également s’accompagner d’une prise en compte des inscriptions au Fichier national des personnes interdites d’acquisition et de détention d’armes (Finiada), ainsi que des amendes qui continuent de peser sur certains anciens prisonniers politiques. Des échanges avaient alors été engagés entre la représentation ministérielle, une délégation d’anciens prisonniers politiques, des membres d’une association de défense, des élus et le président du Conseil exécutif de Corse. Des gestes que le collectif avait interprétés comme une volonté d’inscrire cette question dans le processus politique en cours. « Mais malgré des gestes d’ouverture, malgré des promesses tenues, malgré les débats sur l’avenir de la Corse en cours, des mécanismes répressifs sont toujours en fonction », fustige-t-il aujourd’hui. « La nouvelle politique du Finiada s'accélère contre un certain nombre d'anciens prisonniers et de militants politiques, qui les excluent du fait du champ social, de la vie des villages, et de la chasse », grince de son côté Olivier Sauli, le porte-parole du collectif qui s’appuie sur son exemple personnel pour illustration. Si l’inscription de cet ancien prisonnier politique au Finiada a été effacée dans un premier temps, il assure que celle-ci a été « rapidement remplacée » par une nouvelle mesure relevant de la « sécurité intérieure ». Dans la même ligne, Patriotti in Lotta affirme que Julien Duclos, lui aussi ancien prisonnier politique, ainsi que des personnes dont le seul point commun serait leur appartenance à un mouvement patriotique, feraient désormais l’objet du même traitement.
 

Pour le collectif, l’effacement des inscriptions au Finiada ne mettrait donc pas réellement fin aux restrictions imposées aux intéressés. Cette « nouvelle disposition » irait, selon lui, « à contrario des engagements pris par le ministre français de la Justice » et mettrait en évidence « un ciblage précis de militants politiques ». Elle porterait également atteinte à certaines pratiques « culturelles, sociales et coutumières » en continuant à empêcher les personnes concernées de détenir une arme. « Nous voudrions savoir ce que c'est la sécurité intérieure et si ce n'est pas un délit d'opinion déguisé. Ce serait d'autant plus dangereux et cela mettrait à mal ledit processus en cours », lance Olivier Sauli.
 
« Nous ne nous laisserons pas faire »
 
Dans ce droit fil, au-delà de ces situations individuelles, le collectif entend replacer la question des prisonniers et anciens prisonniers politiques au cœur des discussions sur l’avenir institutionnel de la Corse. Prenant pour exemples les processus engagés en 1981 et en 1990, qui avaient été accompagnés de libérations et de mesures d’amnistie, il considère que le débat actuel sur l’autonomie ne peut faire l’impasse sur ce sujet. « Accepter ce diktat insidieux, c’est accepter la mise au pas de notre société. Accepter ces nouvelles mesures, c’est ouvrir la boîte de Pandore de la soumission, de la servitude, de l’absolutisme », martèle Patriotti in lotta.
 
Le collectif annonce ainsi vouloir saisir publiquement l’ensemble des autorités concernées et prendre « toutes les initiatives qui s’imposent » pour défendre les droits des personnes visées. Il appelle également toutes les forces patriotiques et progressistes à se joindre à sa démarche. « Nous ne nous laisserons pas faire », prévient-il, avant de conclure : « Simu di sta tarra e nessun ci inghjinuchjarà ! A lotta cuntinueghja ».