C’est une belle expérience que viennent de vivre la jeune athlète Francesca-Maria Franceschi du Centre Taekwondo Bastia et son entraineur Olivier Santarelli. Une participation à un Open mondial de très haut niveau en Chine. Malgré une défaite en 1/16e de finale, cette participation s’avère pleine d’enseignements. Débriefing…
- Olivier, un rappel de ce qu’était cette compétition ?
- Le nom anglophone de la compétition est « World women’s open championship », littéralement « Championnat du monde féminin ouvert ». Il ne s’agit pas d’un championnat du monde senior classique mais les participantes des Monde féminins sont les mêmes que sur des Monde classiques. Sur le championnat du monde senior comme sur le championnat du monde féminin, à la différence des opens internationaux, seules les fédérations peuvent inscrire les athlètes. Le championnat du Monde senior se déroule chaque année impaire et est classé G14 avec un gain de 140 points pour le vainqueur. Le championnat du Monde féminin n’a pas d’impératif d’organisation. Une 1ère édition en 2021, une 2e en 2025 et cette 3e en 2026, classée G4 avec +40 points pour la vainqueure. La classification de cette compétition vient du fait du caractère « open » de celle-ci. La compétition peut être étendue et plusieurs athlètes d’un même pays peuvent être inscrites dans une même catégorie. Par exemple, les russes avaient 57 inscrites à cet open de Taiyuan, dont 10 en -62kgs, la catégorie de Francesca-Maria. La communication de notre Fédération Française de TKD et Disciplines Associées, comme toutes les autres fédérations nationales ainsi que les athlètes y participant, définit bien cette compétition comme des championnats du monde, sans distinction des championnats du monde senior. Nous avions candidaté et grâce aux bons résultats de Francesca-Maria, notre participation a été validée.
- Un voyage au bout du monde pour vous ...
- En effet un long déplacement à Taiyuan en Chine, avec tout ce que cela implique : coût, décalage horaire, fatigue… Dès l’annonce de la participation de Francesca-Maria à cet évènement le soutien a été total et par tous. Que ce soit des élèves et parents du club, des élèves pratiquant le taekwondo en Corse, des entreprises et mécènes, et d’athlètes métropolitains, chacun a apporté son soutien pour nous permettre à tous les deux de nous déplacer en Chine, via la participation à une cagnotte mise en ligne, ou par le partage des messages d’encouragement à l’égard du club. On tient à remercier tous les acteurs qui ont participé de près ou de loin à la mise en place de ce déplacement. Bémol, la ligue régionale n’a pas trouvé le temps de l’encourager, et ce malgré la visibilité autour de cet évènement.
- Un plateau donc très relevé ?
- Le plateau regroupait des championnes olympiques, des championnes du monde et des médaillées continentales. Pour cet évènement mondial, la fédération chinoise et la World Taekwondo, la fédération mondiale, n’ont pas lésiné sur les moyens, en nous offrant, une cérémonie d’ouverture digne des plus grands évènements, en la présence de Dr Choue, Président de la WT. Dans son discours, ce dernier a souligné le niveau et la reconnaissance de ce championnat mondial, regroupant, je le cite, « les meilleures des meilleures athlètes féminines ».
- Francesca-Maria, une compétition qui tranchait de celles auxquelles vous avez l’habitude de participer ?
- Effectivement. La compétition a débuté le 24 août avec l’arrivée des différentes délégations du monde entier, dont notre Centre Taekwondo Bastia, inscrit sous bannière « club France ». Notre arrivée anticipée nous a permis d’une part l’acclimatation par rapport à un décalage horaire de six heures, mais également de continuer à s’entraîner pour préparer au mieux l’échéance. Qui dit championnat du monde dit forcément une organisation millimétrée pour permettre aux athlètes et au staff d’arriver dans les meilleures conditions. Une organisation à la hauteur avec navettes régulières, deux salles d’entraînement, trois salles de pesées, une aire dédiée au test du matériel électronique, etc. Rien à voir avec les Opens internationaux G1 et G2 auxquels nous participons habituellement. Ici, tout était géré pour que nous n’ayons qu’à nous entraîner et combattre. Découverte pour moi mais aussi pour de nombreuses équipes car l’Open se déroulait avec un nouveau système de plastrons et casques électroniques, développé en Chine, le système car WayChamp. Cela implique des nouvelles protections comme pitaines, casques plus recouvrants, mitaines, et donc de nouvelles adaptations techniques et tactiques pour nous les athlètes. Ce système a d’ailleurs été retenu pour le prochain Grand Prix de Paris, qui se déroulera du 9 au 11 octobre 2026 à Levallois.
- Olivier, comment avez-vous appréhendé la compétition ?
- Jusqu’au jour de compétition, le vendredi 28, nous avons pu côtoyer l’équipe nationale des Comores, avec à sa tête sur cette compétition, la médaillée olympique et double championne du monde Gwladys Epangue. Cette dernière accompagnait l’athlète comorienne Ilona Adam, qui participait à ses deuxièmes championnats du monde. Et cette rencontre, cette cohésion a été bénéfique car elle a permis aux deux athlètes, sous la direction des deux entraîneurs Gwladys et moi-même, de s’entraîner ensemble sur place et de se soutenir mutuellement. Cette présence de Gwladys Epangue avec nous tout au long de cette compétition, nous a permis tant à Francesca-Maria qu’à moi-même, de recevoir de précieux conseils sur la préparation, les entraînements, mais aussi sur la gestion de la compétition. Il faut dire que son passé de compétitrice et son charisme imposent le respect. Cela nous a également permis de préparer des échanges futurs.
- Francesca-Maria, un tirage difficile…
- La pesée officielle s’est déroulée le jeudi et mon 1er combat programmé pour le lendemain vendredi 28 août. Classée 62e mondiale, j’ai été exemptée du premier tour, les trente-deuxièmes de finale. Le tirage des 1/16es ne m’a pas gâtée puisque j’ai hérité de Hatice Pinar Yigitalp, une athlète turque, multiple médaillée européenne et classée 22e mondiale. Mais c’est vrai qu’à ce niveau de compétition, il n’y a pas de « tours faciles ». Il faut être prête dès la première seconde, sachant que chaque erreur sera exploitée par l’adversaire.
- Olivier, une défaite logique ?
- La hiérarchie a été respectée puisque Francesca-Maria s’est inclinée deux rounds à zéro. Dans cet affrontement il y avait beaucoup d’inconnues pour nous deux, que ce soit pour l’arrivée des athlètes qui ne se fait pas comme habituellement, les caméras de télévision, l’environnement, ou pour le nouveau système électronique. Cela a forcément amplifié la pression. Ceci dit, Francesca-Maria, après un premier round timoré, a eu une meilleure entame sur son second round, menant même au score. Mais l’expérience de son adversaire à ce type d’évènement a fait la différence sur la fin.
- Francesca-Maria votre sentiment ?
- L’environnement n’était forcément pas le même, et j’ai rencontré des nations qui ne participent pas forcément aux mêmes Opens internationaux que moi, comme la Turquie, mais aussi la Chine, l’Iran, la Russie. La pression était donc très importante, j’ai tout de même réussi à mieux gérer le deuxième round, mais cela n’a pas suffi pour accrocher la victoire. Mais l’expérience est très enrichissante à tous points de vue.
- Quel bilan dressez-vous Olivier ?
- Malgré la défaite, Francesca-Maria ressort grandie de cet Open, avec beaucoup de pistes de travail à développer, mais également, une certitude de ses acquis. Sa prestation a pu faire l’objet d’un retour quasi immédiat de la part de Gwladys Epangue, soulevant, malgré la défaite, sa très bonne attitude et sa qualité technique. Des pistes de travail nous ont été données, afin de s’améliorer pour les prochaines échéances.
- Justement, les prochaines échéances ?
- Pour nous la saison n’est pas tout à fait terminée, puisque dans la continuité de la préparation intensive de cet été, Francesca-Maria est inscrite à l’Open de Suisse du 6 septembre à Saint Gallen. Il faut rappeler que Francesca-Maria est la seule athlète corse de taekwondo à s’illustrer à ce niveau de compétition. Elle met ainsi en avant non seulement la Corse et notre club mais aussi tous les licenciés insulaires. Pour le club, septembre est la période de rentrée, tant au complexe de l’Arinella qu’au complexe de Borgo.



