Pêche en Corse : quatre mois après le blocage des ports, les professionnels maintiennent la pression

Rédigé le 18/08/2026
Léana Serve

Quatre mois après avoir bloqué les ports de commerce de l’île, les pêcheurs corses alertent de nouveau sur leurs difficultés. Prix du gasoil, contraintes réglementaires et avenir de la pêche artisanale : le sindicatu pà a difesa di i piscadori corsi estime que plusieurs dossiers restent sans réponse et prévient qu’une nouvelle mobilisation pourrait avoir lieu.

(Photos Paule Santoni)


« Les pêcheurs sont à bout et ça commence à bouillir », lâche Joseph Sanna, secrétaire du sindicatu pà a difesa di i piscadori corsi. Un peu plus de quatre mois après leur mobilisation contre la flambée du prix des carburants, les professionnels entendent une nouvelle fois alerter sur leur situation et rappeler leurs revendications.
Lors d’une conférence de presse organisée ce mardi à Ajaccio, le syndicat a notamment dénoncé « des propositions qui ne nous conviennent pas du tout », comme celles sur le prix du gasoil, qui continue selon lui de peser sur les professionnels. « Le gasoil prend des proportions aberrantes », estime-t-il.
 

Pour rappel, le conflit avait démarré en avril dernier, lorsque les pêcheurs corses avaient bloqué les ports de commerce de l’île pour dénoncer la hausse des prix du carburant et la différence de prix entre la Corse et le continent. Après plusieurs jours de mobilisation, une table ronde avait finalement été organisée au sein de la préfecture d’Ajaccio afin d'apporter des réponses aux revendications de la profession. Les pêcheurs avaient notamment obtenu la garantie d’une aide de la Collectivité de Corse destinée à compenser, pendant deux mois, l’écart de prix du carburant avec le continent.


Mais quatre mois plus tard, le syndicat estime que les réponses apportées restent insuffisantes. « On attend toujours des réponses concernant la problématique récurrente des matériels de sécurité à bord, pour la VMS [vessel monitoring system, ndlr], pour le gasoil qui prend des proportions aberrantes… », affirme Joseph Sanna. Le syndicat se dit surtout préoccupé par l’avenir de la pêche artisanale en Corse. « Si on met les mêmes restrictions sur des petits bateaux de huit ou dix mètres que sur des bateaux de cinquante voire cent mètres, qui pêchent des tonnes, c’est pour décourager les jeunes et les anciens qui sont à la retraite. On a fait un état des lieux avec les pêcheurs de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur : ils disent que dans quelque temps, entre 40 et 50 % des pêcheurs abandonneront pour ne plus être tributaires de ces conditions », martèle-t-il.
 

Le syndicat appelle ainsi les différents acteurs qui interviennent dans la gestion de la pêche corse à leur apporter des réponses. « Tous ces partis administratifs qui n’ont rien compris à la pêche corse nous traitent comme des industriels, mais on n’est pas des industriels. On est une profession artisanale, on fait partie du patrimoine de l’île et on veut être considérés comme tels. On veut une protection de nos élus, une protection de tout le monde, afin qu'on puisse exercer notre métier comme on doit le faire. »
 

Malgré la fermeté du discours, le syndicat affirme toutefois vouloir laisser une place au dialogue. Il assure « attendre les propositions » des pouvoirs publics avant de décider de la suite. Mais en l’absence de réponses jugées satisfaisantes, une nouvelle mobilisation n’est pas exclue. « S’il faut déclencher un gros conflit, même au mois d'août, on est prêts à le faire. C’est à eux de choisir, parce que notre volonté, c'est vraiment d'aller jusqu'au bout. »