« On se déplace, on fait des repérages, on se casse la tête » : Pierre-Mathieu Paolini raconte les coulisses de ses photos de l’éclipse

Rédigé le 13/08/2026
Jeanne Soury

Photographe passionné par les phénomènes météorologiques et astronomiques, Pierre-Mathieu Paolini, 29 ans, a passé plus de cinq heures à la Parata dans la nuit de mercredi à jeudi. Après avoir immortalisé l’éclipse au coucher du soleil, il a finalement troqué les étoiles filantes pour une autre image spectaculaire : une arche de la Voie lactée réalisée à partir de 24 clichés.

« On se déplace, on fait des repérages, on se casse la tête » : Pierre-Mathieu Paolini raconte les coulisses de ses photos de l’éclipse

(Photos : Pierre-Mathieu Paolini)

- Vous étiez à la Parata pour photographier les étoiles filantes. Comment êtes-vous finalement arrivé à cette image de la Voie lactée ?
- À la base, j’étais effectivement venu pour photographier la pluie d’étoiles filantes. Mais je n’arrivais pas à en avoir une correctement : il y en avait une qui tombait à droite, une autre à gauche… Ça m’a un peu énervé. Du coup, je me suis dit que j’allais changer de ce que je fais d’habitude et essayer de faire une arche avec la Voie lactée et la Parata. J’ai donc pris 24 photos que j’ai ensuite assemblées en une seule. Et, sur ces 24 photos, il y avait finalement pas mal d’étoiles filantes aussi.

- Comment assemble-t-on 24 photographies pour n’en faire qu’une seule ?
- Il faut partir de l’extrémité de la photo et progresser du bas vers le haut. Comme il fait noir, on ne voit pas grand-chose dans le viseur. Il faut donc faire attention à ne pas oublier une partie de la Voie lactée ou un morceau de la composition. Ensuite, au moment du traitement, il faut les rassembler sans qu’il y ait de décalage.

- Au total, combien de temps êtes-vous resté sur place ?
- Je suis arrivé à 23h30 et je suis reparti à 4h45. Et avant ça, j’avais fait l’éclipse. Je m’étais même arrangé pour avoir mon repos le lendemain parce que je voulais profiter pleinement de la soirée et faire des photos.

- Pour l’éclipse, justement, vous aviez davantage préparé votre prise de vue ?
- Oui. La veille, j’étais parti faire un repérage. J’ai couru un peu partout parce que le coucher de soleil passe très vite : en dix minutes, c’est terminé. Je prenais la voiture, j’allais sur une plage, je courais, je remontais… Et j’ai finalement trouvé cette petite crique après Agosta. Je me suis dit : « C’est bon, c’est là que je vais m’asseoir. » Le lendemain, je suis parti à 17h30 pour éviter les bouchons. Je me suis installé avec mes télescopes et mes appareils photo et j’ai attendu. Et finalement, c’était exactement ce que je voulais.

- Qu’est-ce qui vous fascine autant dans ce type de photographie ?
- C’est le fait de partir avec une image en tête sans jamais savoir exactement ce qu’on va ramener. On peut avoir une idée du résultat parce qu’on connaît un peu la photographie, mais la nature n’est jamais la même. On n’aura jamais exactement la même image. C’est ce qui est différent d’une photo classique : avec la nature, c’est vraiment l’instantané, elle nous surprend.

- Quand vous avez découvert le résultat de vos deux images, quelle a été votre réaction ?
- Pour l’éclipse, sur place, j’étais très content parce qu’elle est passée exactement là où je le voulais, avec le petit voilier. J’ai eu de la chance parce que ça n’a duré peut-être qu’une dizaine de secondes. Pour la Voie lactée, c’était différent parce que je savais quelles photos j’avais prises, mais je ne pouvais pas savoir exactement quel serait le rendu avant de les assembler. Et il y a eu énormément de post-traitement : j’en ai eu pour environ cinq heures et demie à la maison.

- Votre photo de la Voie lactée est pourtant très impressionnante. Est-ce que vous avez beaucoup retouché les couleurs ?
- Oui, il y a des retouches. L’appareil photo ne voit pas les choses comme l’œil humain. Il va capter plus de lumière. La Voie lactée, à l’œil nu, paraît beaucoup plus blanchâtre, alors qu’en photographie, on peut faire ressortir beaucoup plus de détails. C’est un peu comme pour les aurores boréales : les gens peuvent voir une photo et se dire que ce n’est pas possible parce que ce n’est pas exactement ce qu’ils ont vu à l’œil nu. Mais l’appareil photo capte beaucoup plus de lumière. Ensuite, nous faisons le post-traitement.

- Vous faites donc une différence entre retouche photographique et image générée par intelligence artificielle ?
- Oui, complètement. Le traitement fait partie de la photographie. L’appareil photo fait déjà une première différence avec ce que voit notre œil puisqu’il capte davantage de lumière, et ensuite c’est nous qui travaillons l’image. Mais on part toujours d’une scène qui a réellement existé et qu’on a photographiée.

- Vous avez justement vu passer sur les réseaux sociaux des images de l’éclipse qui vous ont semblé générées ou fortement modifiées par IA ?
- Oui, j’en ai vu pas mal. Il y en a notamment deux qui m’ont marqué. Une première où l’éclipse était prise dans la mauvaise direction et une autre, avec une éclipse totale en gros plan, presque comme s’il était 17 heures. Alors que l’éclipse avait lieu au coucher du soleil.

- En tant que photographe, qu’est-ce que cela vous fait de voir ce genre d’images circuler ?
- C’est ça qui m’énerve. Nous, on se déplace avec notre appareil photo, on fait des repérages, ça peut nous prendre une journée entière. On se casse la tête ensuite à retoucher certaines choses pour faire un beau travail. Et puis des gens peuvent arriver depuis leur fauteuil et créer une image avec une éclipse qui n’existe pas. Pour moi, la différence, c’est qu’on part d’une scène qui a réellement existé. On a été sur place, on l’a photographiée et on a travaillé dessus. C’est ça qui donne sa valeur à la photographie.