L'économie de proximité continue de s'enfoncer en Corse. Selon le dernier baromètre régional réalisé par le cabinet Xerfi pour l'U2P, l'activité des très petites entreprises a de nouveau reculé au deuxième trimestre 2026, touchant presque tous les secteurs d'activité. Si les chiffres confirment un ralentissement durable, Jean-Baptiste Michon, président de l'U2P Corse, estime que la réalité du terrain est encore plus préoccupante : trésoreries exsangues, défaillances d'entreprises en hausse et saison touristique décevante alimentent les inquiétudes des artisans, commerçants et professions libérales.
Les signaux restent au rouge pour les entreprises de proximité corses. Au deuxième trimestre 2026, l'activité recule une nouvelle fois de 1,1 % en volume, tandis que la tendance annuelle poursuit sa dégradation pour atteindre -1,2 %, contre -1 % au trimestre précédent. En valeur, l'évolution reste légèrement positive (+0,1 %), un effet principalement lié à la hausse des prix plutôt qu'à une véritable reprise de l'activité. Des chiffres qui préoccupent particulièrement l'Union des entreprises de proximité (U2P), principale organisation patronale de l'île. L'U2P regroupe les artisans, commerçants de proximité et professions libérales. Dans une région où 95 % des entreprises comptent moins de dix salariés, son poids est considérable. L'organisation représente 23 850 entreprises, soit 68 % des entreprises du secteur marchand, ainsi que près de 24 000 salariés et plus de 13 700 travailleurs indépendants. Autant dire qu'elle constitue un véritable baromètre de l'économie insulaire.
Pour son président, Jean-Baptiste Michon, les chiffres publiés par Xerfi ne traduisent d'ailleurs qu'une partie de la réalité. « Aujourd'hui, la situation est encore plus préoccupante que ce que montre cette étude. Les premiers retours que nous avons sur le début du troisième trimestre montrent que les difficultés s'accentuent de manière significative. Le principal problème, ce sont les trésoreries. Une grande majorité d'entreprises se retrouve à découvert. C'est extrêmement préoccupant. »
Une crise qui s'installe depuis plusieurs années
Pour le président de l'U2P Corse, les entreprises paient aujourd'hui le prix d'une succession de crises qui n'ont jamais réellement laissé le temps aux chefs d'entreprise de reconstituer leurs marges. « Depuis le Covid, nous sommes passés de crise en crise. Il y a eu les hausses des prix de l'énergie, l'explosion du coût des matières premières avec la guerre en Ukraine, les difficultés d'approvisionnement ou encore les tensions sur le transport maritime. À chaque fois, les entreprises ont dû s'adapter, mais cette adaptation coûte cher. Et elles n'ont pas toujours pu répercuter immédiatement ces hausses sur leurs clients. »
Résultat, selon lui, les trésoreries se sont progressivement dégradées. « À force de tirer sur leurs réserves, les entreprises n'ont plus les moyens d'investir. Elles doivent s'endetter davantage et c'est toute la chaîne économique qui finit par être fragilisée. ». L'étude Xerfi montre que la dégradation touche quasiment tous les secteurs de l'économie de proximité. La construction reste orientée à la baisse avec une activité en recul de 1,7 %. Si la tendance annuelle s'améliore légèrement (-1,3 % contre -2,1 % au premier trimestre), les travaux publics demeurent fortement pénalisés. Jean-Baptiste Michon pointe notamment le ralentissement de la commande publique et les contraintes réglementaires. « Il y a une baisse de la commande publique, mais aussi des restrictions liées aux documents d'urbanisme et aux objectifs de zéro artificialisation nette. On comprend les enjeux environnementaux, mais cela réduit forcément les possibilités de construire et donc l'activité de nombreuses entreprises. »
Le secteur de l'alimentation poursuit lui aussi sa dégradation. La tendance atteint désormais -2,7 %, avec un recul marqué de l'hôtellerie-restauration alors même que la saison estivale est habituellement le moteur de l'économie insulaire. Plus préoccupant encore, les entreprises de la fabrication et des services enregistrent la plus forte baisse du baromètre avec -2,8 % d'activité et une tendance de -3,2 %, confirmant les difficultés persistantes des métiers de services. À l'inverse, les professions libérales demeurent le seul secteur à afficher une évolution positive avec +0,4 % d'activité et une tendance de +0,7 %, grâce notamment aux professions du droit et des métiers techniques.
"Si l'été n'est pas bon, l'hiver sera très difficile"
Pour Jean-Baptiste Michon, la baisse observée dans l'hôtellerie-restauration est particulièrement inquiétante. « Si la saison estivale n'est pas bonne, l'hiver sera forcément compliqué. C'est pendant ces quelques mois que les entreprises reconstituent leurs trésoreries. Aujourd'hui, certains professionnels nous disent qu'ils sont encore à découvert en plein mois de juillet. C'est un signal extrêmement inquiétant. » Pour l'U2P, la relance passe avant tout par une amélioration du pouvoir d'achat des actifs. « Il faut repartir de la base. Si les salariés retrouvent du pouvoir d'achat, ils consommeront davantage et toute l'économie locale en bénéficiera. Aujourd'hui, il faut alléger le coût du travail et redonner de l'oxygène à ceux qui créent de la richesse. »
L'organisation patronale a ainsi transmis plusieurs propositions aux parlementaires dans le cadre de la préparation du prochain budget de l'État. Parmi elles figurent la baisse du coût du travail dans les TPE, le rétablissement d'une équité fiscale et sociale, la lutte contre le travail illégal et la concurrence déloyale, un crédit d'impôt mieux adapté aux réalités corses, un ajustement de la TVA, le renforcement de l'apprentissage, le soutien à l'emploi des seniors ou encore une réforme de la fiscalité sur les déchets des entreprises. « Nous faisons face à une pénurie de main-d'œuvre et à un véritable mur démographique. Des dizaines de milliers de personnes partiront prochainement à la retraite. Il faut renforcer l'apprentissage et conserver les compétences plus longtemps dans les entreprises. »
Des défaillances d'entreprises qui battent des records
Le président de l'U2P ne cache pas son inquiétude quant aux prochains mois. « Ce ne sont malheureusement plus des craintes, mais des faits. Les chiffres du tribunal de commerce montrent que les défaillances d'entreprises ont atteint un niveau record l'an dernier. Et les deux premiers trimestres de cette année sont encore plus mauvais. Tout laisse penser que les prochains chiffres seront encore plus dégradés. » Pour Jean-Baptiste Michon, l'économie de proximité constitue le socle du modèle économique corse. « Les artisans, commerçants, indépendants et professions libérales sont le moteur de notre économie. Si nous ne redonnons pas rapidement de l'oxygène à ces entreprises, c'est tout le tissu économique insulaire qui risque de s'affaiblir durablement. »


