Le départ de Rémi-François Paolini provoque une mobilisation inédite

Rédigé le 29/07/2026
MP

Quelques heures après la mutation du recteur de l'Académie de Corse à la Cour des comptes, les réactions se multiplient. Si tous saluent le travail mené par Rémi-François Paolini en faveur de la langue corse et du bilinguisme, nombreux sont ceux qui s'interrogent sur la poursuite de la politique engagée.

Jamais le départ d’un recteur n’a provoqué autant de réactions en Corse. Depuis l’annonce de la mutation de Rémi-François Paolini à la Cour des Comptes, son corps d’origine, lundi, les communiqués se multiplient pour saluer le travail d’un homme qui largement œuvré pour l’enseignement de la langue corse et le développement du bilinguisme au cours des deux dernières années, notamment au travers l’adoption du projet académique Scola 2030.
 
 « C'est avec regret que j'apprends le départ de Rémi-François Paolini de ses fonctions de recteur de l'Académie de Corse. Son action, menée avec sérieux, ouverture et sens du dialogue, a permis de faire progresser de nombreux dossiers essentiels pour notre système éducatif. Son engagement en faveur de la langue corse, de l'égalité des chances et de la prise en compte des réalités insulaires a été unanimement salué. Je tiens à lui exprimer ma profonde reconnaissance pour le travail accompli à la tête de l'Académie », écrivait ainsi le sénateur de Corse-du-Sud, Jean-Jacques Panunzi quelques heures après la décision du Conseil des ministres.
 
Mais plus loin, derrière ce départ, déjà avorté une première fois il y a quelques mois grâce à la levée de boucliers des élus insulaires, certains s’inquiètent de l’impact sur l'avenir de la politique engagée en faveur de la langue corse. Dans un communiqué, le Conseil exécutif de Corse estime ainsi que « la forme, le moment et le fond de la décision du Gouvernement suscitent interrogation, désaccord, et inquiétude ». L'Exécutif rappelle en effet que cette décision intervient « alors même que ce choix est contraire au vote unanime de l'Assemblée de Corse en octobre 2025 » et souligne qu'elle survient « alors que le Recteur Paolini était en fonction depuis deux ans à peine, alors que la durée moyenne de présence sur un territoire est de trois à six ans ». Il juge également le calendrier particulièrement mal choisi, l'annonce intervenant « alors que l'Assemblée de Corse s'apprête à se prononcer, en fin de semaine, sur le budget de Scola Corsa que l’État s’est engagé à sécuriser et sur la convention pluriannuelle en faveur du développement et de l'enseignement de la langue corse discutée et validée entre le Conseil exécutif de Corse et le Recteur Paolini et ses services ». « Sur le fond, il est donc permis de s'interroger sur la volonté de l'État de poursuivre la politique ainsi engagée », prévient encore l'Exécutif, estimant que « la position du Gouvernement dans le dossier Scola Corsa, la poursuite du déploiement de l'enseignement immersif et du projet d'académie « Scola 2030 » par les autorités académiques, et les premières décisions de la nouvelle rectrice, Nathalie Mons, concernant sa vision de la place de la langue corse et du système éducatif, permettront d'apporter très rapidement les premiers éléments de réponse ».
 
« Regret et inquiétude »
 
Même tonalité du côté du PNC qui considère que, durant ces deux années, Rémi-François Paolini « aura été, comme un paradoxe, la locomotive de cette remise en conformité et en dynamique de la présence, du rôle et de l'enseignement bilingue et immersif ». « Il est clair désormais que son engagement exceptionnel aura sans doute dérangé mais le chantier qu'il a ouvert ne fait que commencer », écrit encore le parti, qui dit attendre « solennellement de la nouvelle gouvernance académique la poursuite de ce travail avec la même volonté et le même élan ». 
 
Le député de la deuxième circonscription de Haute-Corse, Paul-André Colombani, fait lui aussi part de son « incompréhension et inquiétude ». « De l'avis général, le recteur s'est distingué par son implication constante et l'excellence de son bilan », souligne-t-il, rappelant qu'à la rentrée 2025, « 70 classes immersives ont été ouvertes dans le premier degré » et que « plus d'un élève du primaire sur deux (...) était inscrit dans une filière bilingue ». « Dans ce contexte, son départ, décidé à seulement six mois de la fin du mandat présidentiel, ne peut être considéré comme anodin. Si l’on voulait fragiliser la dynamique engagée en faveur de la langue corse et de son enseignement, on ne s’y prendrait pas autrement », tance-t-il.
 
Plus sévère encore, l’ancien président de l’Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, voit dans cette décision la confirmation d'une politique ancienne de l'État. « La nomination du recteur Paolini a été le fruit d'une erreur de la part de Paris. Son éviction est en revanche conforme à la politique française de toujours : par-delà les discours lénifiants et les mesurettes, l'objectif pour notre langue (...) demeure "l'anéantissement", pour reprendre le mot de l'abbé Grégoire », affirme-t-il.
 
Enfin, le réseau d’écoles immersives Scola Corsa dit également avoir appris la fin des fonctions de Rémi-François Paolini « avec regret et inquiétude ». « Ce départ intervient alors que l’académie de Corse s’était engagée sous son impulsion, dans une dynamique ambitieuse en faveur de la langue corse, du bilinguisme et d’un dialogue constructif avec l’ensemble des acteurs éducatifs », rappelle l’association en reprenant : « Dans un contexte où les défis de la transmission linguistique demeurent considérables, son départ envoie un signal négatif. L'avenir nous dira jusque dans quelle mesure pèseront ses répercutions ». 
 
Tout en réaffirmant que « les politiques publiques ne sauraient dépendre des changements de responsables », le réseau insiste sur le fait que « les objectifs fixés par la feuille de route académique doivent être poursuivis avec la même détermination » avant de conclure : « A Corsica perde un gran servitore di un serviziu publicu tullerante è apertu, risulutamente indiatu in una visione custruttiva è appaciata di l'avvene ».