Parking du Diamant à Ajaccio : la hausse des tarifs fait grincer des dents, Stéphane Sbraggia assume et règle ses comptes avec le groupe GTM/Vinci

Rédigé le 23/07/2026
Patrice Paquier Lorenzi

À peine rouvert après vingt-sept mois de travaux, le parking souterrain du Diamant se retrouve déjà au cœur de la polémique. Jeudi soir, lors du conseil municipal d'Ajaccio, la majorité a fait adopter une augmentation d'environ 20 % des tarifs de stationnement à compter du 1er août, invoquant les nouveaux coûts d'exploitation de l'équipement modernisé. Une décision vivement contestée par les groupes d'opposition, qui dénoncent un coup porté au pouvoir d'achat et à l'attractivité du centre-ville. En réponse, le maire Stéphane Sbraggia a justifié cette hausse tout en livrant une sévère mise au point sur les retards et les malfaçons du chantier, mettant directement en cause le groupement GTM-Vinci.

Après vingt-sept mois de travaux, le parking souterrain du Diamant a rouvert ses portes le 18 juillet dernier. Agrandi, modernisé et porté à terme à 840 places contre 635 auparavant, l'ouvrage constitue l'un des principaux volets de la requalification de la place du Diamant et du centre-ville d'Ajaccio. Une réouverture qui s'accompagnera ces prochaines semaines d'une hausse sensible des tarifs de stationnement.  Une évolution tarifaire que la municipalité a jugé « nécessaire » ce jeudi soir en conseil municipal pour assurer l'exploitation d'un équipement entièrement rénové, mais qui a suscité de vives critiques de l'opposition.
 

« Venir au centre-ville deviendra un luxe »

Premier à monter au créneau, François Filoni, élu du Rassemblement national, précisant qu'il ne contestait pas la rénovation du parking en elle-même : « Le parking du Diamant offre aujourd'hui davantage de places, de nouveaux accès, une meilleure accessibilité et des équipements modernisés. Il est donc normal que la Ville examine le coût réel de son exploitation et les moyens d'assurer son entretien », reconnaît-il. Pour autant, l'élu juge la hausse « particulièrement importante », rappelant qu'elle interviendra moins de quinze jours après la réouverture du parking. « On ne parle pas d'une augmentation de quelques centimes mais d'une hausse comprise entre 20 et 25 % sur les principaux tarifs, avant une nouvelle augmentation de 10 % des abonnements au 1er janvier prochain. »
 

Pour étayer sa démonstration, François Filoni compare Ajaccio à plusieurs villes françaises. « À Pau, la première demi-heure est gratuite et l'heure est facturée 1,80 euro. À La Rochelle, elle coûte 1,50 euro. À Chambéry, 1,70 euro. Bayonne, Niort ou encore plusieurs parkings municipaux de Cannes offrent également la première heure de stationnement. Même en excluant ces villes, le tarif ajaccien sera environ 74 % plus élevé que la moyenne constatée », affirme-t-il.
 

Avec, selon lui, des conséquences directes sur le centre-ville. « Pour les habitants des quartiers populaires, venir au centre-ville devient un luxe alors même que la Corse est la région métropolitaine où le taux de pauvreté est le plus élevé. Le parking du Diamant nous est présenté comme un outil destiné à soutenir le commerce. Or, avec de tels tarifs, on peut presque applaudir du côté d'Auchan ou de Leclerc en leur disant : continuez comme ça, vous récupérerez tous les clients. »
 

Les nationalistes réclament un tarif résident

Même tonalité sur les bancs du groupe nationaliste. Pour Luc Bernardini, « ce n'est pas le principe d'une augmentation qui pose problème, mais son ampleur. On ne parle pas d'une hausse de 1, 2 ou 3 %, mais bien de 20 % dès l'ouverture du parking. Celui-ci ne sera plus seulement financé par la Ville, mais aussi par les Ajacciens, les habitants de la CAPA et tous les usagers qui l'utiliseront. » L'élu rappelle que cette décision intervient dans un contexte économique particulièrement tendu. « Nous sommes dans l'une des régions les plus pauvres de France. Les salaires figurent parmi les plus faibles tandis que le coût du logement est l'un des plus élevés. Après les hausses de fiscalité déjà votées ces dernières années, on ajoute aujourd'hui une augmentation de 20 % pour les usagers occasionnels puis encore 10 % pour les abonnements en 2027 » , tance-t-il, estimant que les nouveaux tarifs rapprochent désormais Ajaccio de métropoles comme Nice plutôt que de villes de taille comparable. Pour limiter les effets de cette hausse, il a propose la création d'un tarif préférentiel réservé aux résidents ajacciens, afin que les habitants puissent continuer à fréquenter le centre-ville sans supporter pleinement cette augmentation.
 

Jean-Paul Carrolaggi a, lui aussi, dénoncé une hausse qu'il juge « loin d'être anodine ». « Je ne pense pas que les Ajacciens trouvent amusant de voir les tarifs augmenter de 20 à 25 %. » L'élu demande des explications précises sur les raisons financières de cette évolution. « Les coûts ont-ils réellement explosé ? Où en est-on aujourd'hui sur les finances du parking et de la place du Diamant, qui constituent deux opérations distinctes ? ».
 

Une attaque frontale contre GTM-Vinci

Face aux critiques, Stéphane Sbraggia défend la délibération et rappelle que le parking n'a plus rien à voir avec celui qui existait auparavant. « Ce n'est plus le même parking. Nous avons aujourd'hui davantage de surfaces à entretenir, des ascenseurs, des sanitaires, des équipements supplémentaires, des technologies de lecture automatique des plaques d'immatriculation, une signalétique dynamique et de nombreux services nouveaux. Tout cela génère des charges d'exploitation et de maintenance beaucoup plus importantes. Cette augmentation tarifaire sert d'abord à solvabiliser ces coûts. »
 

Répondant aux interrogations de Jean-Paul Carrolaggi concernant un courrier émanant du groupe GTM/Vinci demandant à la Ville de régler ses prestations, Stéphane Sbraggia a ensuite tenu à lever toute ambiguïté. « La Ville n'a aucune difficulté à payer les prestations de Vinci. En revanche, elle a aussi des comptes à demander », a-t-il lancé avant de rappeler que  les retards successifs ont contraint la municipalité à maintenir pendant plusieurs semaines un parc-relais gratuit place Miot, privant la Ville d’une manne financière importante.
 

« Pendant cette période, nous avons subi une double peine : privés des recettes du parking souterrain tout en perdant une partie des recettes du stationnement de surface puisque nous offrions un parc-relais gratuit. Une seule place représente environ 3 600 euros de recettes annuelles. Faites le calcul sur 840 places et plusieurs semaines de fermeture : le manque à gagner est considérable », tonne l'édile avant de s'emporter contre le groupement : « Nous avons écrit à Vinci. Lorsque nous ferons les comptes, je ne suis pas certain que la Ville soit débitrice. Entre les retards, les malfaçons et les nombreuses non-conformités, nous aussi avons subi un préjudice. »
 

Stéphane Sbraggia révèle ainsi avoir signé un courrier de trois pages recensant l'ensemble des réserves adressées au groupement et règle ses comptes publiquement avec la multinationale :  « Les Ajacciens doivent savoir pourquoi ce chantier a pris autant de retard. Nous subissons les incompétences et les insuffisances d'un groupement dont, au regard de son enseigne, nous étions en droit d'attendre un tout autre niveau de prestation. Les choses doivent être parfaitement claires : la Ville est aujourd'hui victime. Nous sommes en train de chiffrer notre préjudice. Il se compte en plusieurs millions d'euros. Soit nous trouvons un accord transactionnel, soit nous irons au contentieux. Dans les deux cas, nous sommes prêts. »
 

La majorité défend ses comparaisons

Puis, l'adjoint aux finances Pierre Pugliesi a ensuite tenu à répondre aux comparaisons effectuées par l'opposition. Selon lui, la gratuité du stationnement évoquée dans plusieurs villes françaises est largement financée par les commerçants. « J'ai pris le temps d'appeler plusieurs communes et d'échanger avec les responsables de ces parkings. Dans les villes citées, ce sont les commerçants qui financent la première demi-heure ou la première heure gratuite, à travers des conventions spécifiques. Comme dans les centres commerciaux, le coût du parking est intégré aux loyers des enseignes. Nous avons comparé des villes-centres, portuaires, aéroportuaires, touristiques et à forte saisonnalité. Quand on compare ce qui est comparable, les tarifs que nous proposons se situent très légèrement en dessous de la moyenne observée dans ces villes. C'est cela, la réalité », a-t-il assuré.