De jeunes Corses plaident pour les droits de l'Homme

Rédigé le 12/07/2026
Manon Perelli

Organisé depuis neuf ans par la section corse de la Ligue des droits de l'Homme, le concours de plaidoiries, dont la remise des prix a eu lieu ce jeudi à Ajaccio, a une nouvelle fois permis à des lycéens et des étudiants insulaires de s’engager en faveur des droits fondamentaux. Bien plus qu'un exercice d'éloquence, cette initiative est devenue un espace où la jeunesse corse exprime ses inquiétudes face aux discriminations, aux inégalités ou encore à la montée des extrémismes.

« Prenez la parole, interpellez les adultes ». C'est le message qu'a voulu adresser la Ligue des droits de l'Homme aux lycéens et étudiants réunis ce jeudi à l'INSPE d'Ajaccio pour la remise des prix de la 9e édition du concours de plaidoiries consacré aux droits de l'Homme, en présence de la présidente nationale de la Ligue, Nathalie Tehio.
 
Depuis désormais 9 ans pour les lycéens et 3 ans pour les étudiants de la faculté de droit et de science politique de l'Université de Corse, cette initiative invite les jeunes à choisir un sujet qui les touche, à se documenter, puis à le défendre à travers une plaidoirie. Une manière, pour la Ligue des droits de l'Homme, de sensibiliser une nouvelle génération aux libertés fondamentales, mais aussi de lui offrir un espace d'expression.
 
« C'est un concours qui est maintenant bien installé dans le paysage », souligne Elsa Renaut, présidente de la section corse de la Ligue des droits de l'Homme. « Cette année, les lycéens qui ont participé au concours viennent de toute la Corse, de Balagne, de Bastia, d'Ajaccio ou encore de Porto-Vecchio. Concernant les étudiants, leurs travaux sont souvent particulièrement recherchés et très poignants ».
 
Si les sujets défendus par les jeunes ont évolué au fil des années, ils racontent aussi les inquiétudes d'une génération confrontée à un monde en pleine mutation. Cette année encore, les participants se sont emparés de thèmes particulièrement sensibles : la peine de mort, la condition des femmes en Afghanistan, les violences faites aux femmes et aux enfants, l'homophobie, la transphobie, mais aussi le racisme et les discriminations. « Les jeunes regardent le monde autour d'eux et refusent les injustices. Ils refusent les inégalités », observe Elsa Renaut, « Pour certains, ces sujets font même écho à leur propre vécu. Certains ont eux-mêmes été victimes de racisme ou de discriminations. Cette parole, il nous semble important qu'elle puisse être entendue au-delà de l'école ».
 
Au fil des éditions, les préoccupations ont d'ailleurs évolué. Si les questions environnementales occupaient une place importante il y a quelques années, ce sont désormais les discriminations et les inégalités qui dominent largement les plaidoiries. « Les propos racistes que l'on peut entendre aujourd'hui choquent et révoltent les jeunes. Nous sommes face à des générations particulièrement bienveillantes à la différence, attentives à l'autre et à l'altérité. Cette inquiétude face à une société traversée par les extrémismes apparaît clairement dans leurs travaux », indique Elsa Renaut.
 
Une éducation aux droits de l'Homme tout au long de l'année
 
Dans le cadre du concours, durant plusieurs mois, les membres de la Ligue des droits de l'Homme interviennent dans les établissements scolaires et à l'université afin de présenter l'histoire de l'association, née en 1898 à l'occasion de l'affaire Dreyfus, mais aussi les grands textes fondateurs des droits fondamentaux. Des avocats insulaires accompagnent également les candidats dans la préparation de leur plaidoirie afin de les aider à construire leur argumentation. 
 
« On leur rappelle d'où viennent les droits de l'Homme, pourquoi ils ont été affirmés après la Seconde Guerre mondiale et pourquoi ils restent aujourd'hui indispensables », explique la présidente de la section corse de la LDH. « Le sentiment d'injustice est fondateur dans leurs plaidoiries. On y retrouve toujoursune volonté de dénoncer les inégalités et les atteintes aux droits fondamentaux », ajoute-t-elle en soulignant que cette initiative et à travers elle la transmission de certaines valeurs reste plus que jamais nécessaire. « Les droits de l'Homme sont d'une incroyable modernité. Ils restent une boussole pour penser ce monde de guerres et de violences. Ce n'est pas parce que le droit international est aujourd'hui bafoué qu'il n'est plus un repère. Au contraire, c'est précisément parce qu'il est piétiné que nous nous indignons ».
 
Des graines semées pour l'avenir
 
Tous les participants ont été récompensés à l'issue de cette 9e édition, notamment grâce au soutien des éditions Albiana, qui leur ont offert plusieurs ouvrages. Les 10 premiers bénéficieront également d'un séjour à Strasbourg, organisé par la Ligue des droits de l'Homme avec le soutien de la Collectivité de Corse et de la DRAJES. Ils y visiteront notamment le Parlement européen et le Conseil de l'Europe, où une conférence consacrée cette année aux droits de l'enfant leur sera proposée.
 
La cérémonie a également réservé une belle surprise aux organisateurs. Plusieurs anciens participants, aujourd'hui pour certains étudiants ou engagés professionnellement dans le droit ou les sciences politiques, étaient présents pour accompagner la nouvelle promotion. « Ils montrent que ce projet sème des graines. Nous étions particulièrement heureux de les retrouver », se réjouit Elsa Renaut. Une manière de mesurer, quelques années plus tard, l'impact d'un concours qui dépasse largement l'exercice de la plaidoirie pour former de futurs citoyens engagés.