Viggianellu : La colère gronde face à des projets de centres de stockage et aux risques sur la santé publique

Rédigé le 10/07/2026
Nicole Mari

C’est un nouveau cri d’alarme et de colère que lancent la commune de Viggianellu et ses élus face à la multiplication de projets de stockage de déchets sur un territoire déjà fortement impacté par deux centres d’enfouissement, auxquels s’ajoutent deux nouveaux projets de stockages de batteries lithium menaçant directement les nappes phréatiques qui alimentent plusieurs villages. Face aux risques en termes sanitaires, environnementaux ou encore d’incendie industriel, les élus communaux demandent une réévaluation globale des impacts cumulés sur la ressource en eau potable, les milieux naturels, la santé et la sécurité des populations et l’équilibre économique local.

Viggianellu : La colère gronde face à des projets de centres de stockage et aux risques sur la santé publique

Le projet de centre de stockage de batteries lithium à Viggianellu. Photo DREAL.

A Viggianellu, en ce début d’été, c’est, de nouveau, la colère et le ras-le-bol qui dominent ! Colère devant les menaces sanitaires et environnementales qui pèsent sur le territoire, liées à de nouveaux projets de centres de stockage de déchets et de batteries lithium sur des sites déjà saturés de pollution et à proximité des nappes phréatiques. Et ras-le-bol de n’être jamais entendus, ni par les autorités préfectorales, ni par les promoteurs de ces projets. « La commune et ses élus expriment leur vive inquiétude face à la multiplication de projets sensibles sur un territoire déjà fortement sollicité, entre installations de stockage de déchets et désormais projets de centres de stockage de batteries lithium. Ces projets s’ajoutent à un contexte déjà marqué par la présence d’infrastructures de traitement et de stockage de déchets, générant des interrogations légitimes sur la capacité du territoire à supporter une concentration croissante d’activités à risque », explique Jean Pereney, premier adjoint et vice-président de la ComCom du Sartenais-Valincu en charge des déchets. Dans le viseur communal : deux projets de centrales de stockage électrique par batteries stationnaires, de respectivement 5 MW et 10 MW, que la Société Corsica Energie envisage de construire au lieu-dit Jena di Pino, c’est-à-dire à proximité immédiate des sites d’enfouissement existants, dans un secteur donc déjà très pollué.
 
Un enjeu de santé publique
Ces projets de stockage photovoltaïques seront, de plus, implantés au-dessus des nappes phréatiques qui alimentent en eau potable les 4500 habitants des communes de Viggianellu, Propriano et Belvédère Campomoro. La zone concernée, qui s’étend sur 87 m², se situe, alerte Jean Pereney, « dans un bassin versant hydrologiquement sensible, en lien avec le fleuve Rizzanese et des ressources souterraines stratégiques. La protection de ces nappes phréatiques, essentielles à l’alimentation en eau potable, constitue un enjeu prioritaire de santé publique et de sécurité environnementale ». La commune de Viggianellu, qui dénonce une accumulation de risques et d’impacts sur un même territoire, demande donc que « les effets cumulés des différentes installations existantes et projetées fassent l’objet d’une évaluation rigoureuse, transparente et globale, intégrant notamment les risques d’incidents industriels et leurs conséquences potentielles sur les milieux aquatiques ». Au-delà de la question de l’eau, la concentration de sites industriels soulève des interrogations au niveau du risque d’incendie et de sécurité lié aux installations de stockage d’énergie, aux impacts environnementaux cumulés des installations de déchets et des nouveaux projets, à la compatibilité de ces développements avec les objectifs agricoles, paysagers et économiques du territoire, et à la cohérence globale de l’aménagement du secteur. Face à ces divers risques potentiels, les élus de Viggianellu appellent à « une approche cohérente et intégrée de l’aménagement du territoire, prenant en compte l’ensemble des installations existantes et projetées, plutôt qu’une succession de décisions isolées ». Ils réclament que soit engagée une réévaluation globale des impacts cumulés sur la ressource en eau potable, les milieux naturels, la sécurité des populations, et l’équilibre économique local.

Pas d’opposition de principe
Cette démarche, affirme Jean Pereney, ne relève pas d’une opposition aux infrastructures de stockage énergétique : « Nous avons une position de responsabilité et non une opposition de principe. Nous ne sommes pas contre ce type de projets liés à la transition énergétique, qui peuvent être vertueux s’ils sont bien positionnés, mais à condition de les mettre dans des endroits sécurisés, où on limite les risques. Ce qui nous contrarie, ce sont les effets cumulés et la multiplication de projets sur un même lieu ». Avant d’insister « Il s’agit de garantir que les choix d’aménagement ne compromettent ni la santé publique, ni les équilibres environnementaux fondamentaux d’un territoire déjà fortement sollicité. Cela relève d’une exigence de cohérence, de sécurité et de protection des ressources vitales du territoire ». La commune pointe aussi une contradiction des services de l’État : « Alors qu’un service de l’État affirme n’identifier « aucun aléa connu » sur le site concerné, un avis de la DREAL souligne au contraire que le dossier ne traite pas de la compatibilité du projet avec les installations classées voisines et recommande explicitement un examen par les services compétents en matière de risques technologiques. Comment peut-on autoriser deux centres de stockage de batteries lithium entre deux centres d’enfouissement au-dessus d’un secteur stratégique pour la ressource en eau potable, sans évaluation globale des risques cumulés ?», interroge Jean Pereney.
 
Des risques technologiques
Dans son avis daté du 7 novembre 2025 concernant les deux permis de construire déposés par la Société Corsica Energie, le service Biodiversité Evaluation et Paysage de la DREAL (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement de Corse) indique effectivement qu’« A ce stade, aucun élément concernant la faune et la flore n’est présenté par le pétitionnaire ». Et s’il estime que « La parcelle envisagée étant déjà dans un état dégradé, elle semble être un emplacement de moindre impact pour l’implantation d’un tel projet », il recommande un inventaire complémentaire et alerte sur la non prise en compte des centres d’enfouissement qui se trouvent à proximité. « Le dossier transmis n’aborde pas la compatibilité de l’activité projetée avec les ICPE voisines, dont la déchèterie du SYVADEC ouverte au public, avec les servitudes d’utilité publique susceptibles de grever certaines parcelles environnantes. A cet égard, nous recommandons d’élargir la consultation sur le permis de construire au service risques naturels et technologiques de la DREAL », écrit la DREAL. Les ICPE sont des installations classées plus ou moins dangereuses pour la protection de l'environnement et sont soumises à de nombreuses réglementations de prévention. Est classée ICPE toute exploitation industrielle ou agricole susceptible de créer des risques accidentels (incendie, explosion…) ou chroniques ou de provoquer des pollutions ou nuisances, notamment pour la sécurité et la santé des riverains.

Des incendies violents
La commune de Viggianellu a délibéré contre le permis de construire, mais ce type de permis est attribué par le préfet qui l’a délivré en décembre 2025. « Un mois avant, le préfet a fait le déplacement à Viggianellu où les élus de la commune l’ont alerté sur les risques, notamment des gros risques d’incendie. Il n’en a pas tenu compte ! », déplore Jean Pereney. On comprend l’inquiétude des élus locaux quand on sait que depuis le début de l’été, la canicule provoque les pires craintes au niveau des risques d’incendie liés à la surchauffe des batteries lithium. De manière générale, ce type de batteries reposent sur des électrolytes liquides très inflammables, ce qui accroît le risque d’incendie en cas de dysfonctionnement. « La défaillance des batteries, appelée emballement thermique, peut conduire de manière rapide à un feu violent. Il s’accompagne d’émissions toxiques, dangereuses pour la santé et l’intervention des secours. Les effets peuvent atteindre plusieurs mètres autour de la batterie, avec des risques de propagation significatifs. Les sapeurs-pompiers le soulignent : un feu de batterie lithium est plus complexe à maîtriser qu’un feu classique » prévient sur son site l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) qui multiplie les campagnes de prévention et d’alerte. Ces centres de stockage sont le cauchemar des pompiers parce que lorsque les batteries s’enflamment, le feu est difficile à contenir, voire inarrêtable. « Les pompiers sont obligés d’arroser pour refroidir et l’eau d’extinction pollue le sol. Si jamais, il y a un incendie dans un de ces centres, il n’y a plus d’eau potable dans le Valinco ! C’est fini ! C’est toute la montée vers Viggianellu qui prend feu ! C’est effrayant ! », s'indigne Jean Pereney. Le 14 juin, un incendie industriel s’est déclaré au centre d’enfouissement Lanfranchi. « La mairie n’en a pas été avisée, nous avons demandé l’attestation d’intervention au SIS 2A qui nous l’a envoyée. D’après les témoignages non confirmés, ce serait une batterie qui aurait pris feu. On n’est donc pas à l’abri de cela ! », confirme Jean Pereney. Pour le premier trimestre 2026, l’INRS dénombre déjà une vingtaine d’incendies directement liés à l’explosion de batteries lithium, il y en a eu une soixantaine en 2025, des incendies qui peuvent s’avérer mortels.
 
Des recours ignorés
A la colère, les craintes et l’inquiétude s’ajoutent à Viggianellu le ras-bol et l’amertume de n’être jamais entendus pour ne pas dire sacrifiés sur l’autel de l’intérêt général. Depuis des années, les élus alertent en vain sur les risques cumulés des nuisances à répétition sur un territoire qui est déjà fortement impacté par deux centres d’enfouissement des déchets. Et ce, sans aucune perspective d’amélioration de cette situation. Après la fermeture du centre d’enfouissement Viggianellu 1 et en violation de l’engagement écrit de ses prédécesseurs, la préfète, Josiane Chevalier, a, en 2019, autorisé l’ouverture de Viggianellu 2. La commune, qui avait, pour Viggianellu 1, accepté le principe d’une solidarité provisoire, a déposé un recours, refusant, cette fois, d’assumer, seule, l’incurie générale de la politique des déchets et de se résumer à être la poubelle de la Corse. En vain ! « On n’a jamais été convoqué en audience. Jamais ! En 2024, il y a eu un arrêté pour Viggianellu 3. On a été appelé en audience, il y a deux mois, pour nous dire que l’arrêté de 2024, Viggianellu 2, était abrogé. Cela veut dire que l’on a effacé en même temps les effets cumulés de Viggianellu 1 et de Viggianellu 2, soit 12 ans et 1 200 000 tonnes d’enfouissement ! Donc, on repart avec l’arrêté de 2024 et Viggianellu 3 comme si on partait d’une feuille blanche ! À chaque fois, on fait comme si c'était des projets isolés et on ne tient pas compte de l’impact que tous ces centres ont sur le territoire au niveau de l’environnement et des nappes phréatiques. À chaque fois, on repart de zéro ! », accuse Jean Pereney. La commune a déposé un nouveau recours contre Viggianellu 3. Elle espère que ce nouveau cri d’alerte sera enfin entendu ! Nous refusons qu’un territoire déjà fortement exposé fasse l’objet d’un empilement de décisions administratives prises dossier par dossier, sans vision d’ensemble ». Pollution de l’air, contamination des sols et des nappes phréatiques, émission de gaz à effet de serre, risques d’explosion ou d’incendie… Au regard des risques encourus, dans de nombreuses communes françaises, des oppositions se lèvent contre les centres d’enfouissements et contre les centres de stockage des batteries lithium. Pour Viggianellu, c’est la double peine. Les élus lancent un appel à la mobilisation. Affaire à suivre…
 
N.M.