Une délégation du syndicat Un1té s'est rendue à Paris ce mardi 30 juin pour participer à une manifestation nationale intersyndicale, organisée avec Alliance Police. Sur place pour soutenir leurs collègues, les représentants corses du syndicat dénoncent une série de revendications restées sans réponse, sur fond d'une décision jugée provocante prise lors du dernier comité social d'administration ministériel.
L'élément déclencheur de cette mobilisation est récent. Lors du CSA ministériel du 16 juin, une revalorisation salariale a été votée pour le corps des commissaires de police, pouvant atteindre 1 350 euros par mois pour des remboursements évalués jusqu'à 300 000 euros. UN1TÉ.MI FO, fédération syndicale du ministère de l'Intérieur, a été la seule organisation à voter contre ce texte, de manière unanime. "C'est simplement une indécence", dénonce Jean-Louis Vadella, secrétaire régional du syndicat Un1té en Corse.
Une décision d'autant plus mal vécue que les autres corps de la police nationale, gardiens de la paix, policiers adjoints, personnels administratifs, techniques et scientifiques, attendent depuis longtemps des avancées sur leurs propres revendications. "On représente aussi des collègues dont le salaire, sur la partie administrative, est parfois inférieur au SMIC", précise le syndicaliste. Dans son communiqué, le syndicat se défend de toute logique de "lutte des classes" et parle plutôt d'une "question de justice sociale et de cohérence syndicale", rappelant qu'on ne peut défendre les catégories les plus précaires tout en cautionnant une réforme qui les laisse de côté.
Une crise de l'investigation toujours sans réponse
Sur le dossier de la crise de l'investigation, déjà dénoncé en octobre dernier par le syndicat, la seule mesure concrètement appliquée à ce jour est financière : une prime brute de 150 euros par mois, versée en deux temps, 75 euros depuis juin et 75 euros supplémentaires en fin d'année. Une somme qui n'entre pas dans le calcul de la retraite. À l'échelle nationale, le plan investigation promis depuis avril 2025 prévoyait sept cents renforts pour la filière judiciaire sur l'ensemble du territoire. "C'est dérisoire", juge Jean-Louis Vadella.
En Corse, la situation reste quasiment identique à celle décrite en octobre. Sur le secteur de la criminalité organisée, deux départs en mutation ne sont compensés que par deux arrivées, soit un solde nul, alors que les effectifs étaient déjà insuffisants. Les groupes crime et stupéfiants restent en sous-effectif, sans aucun renfort prévu à court terme. Une note positive est toutefois attendue à la rentrée, avec l'arrivée de trois effectifs supplémentaires pour la division de l'investigation territoriale, en charge notamment des violences intrafamiliales.
Des revendications statutaires de longue date
Au-delà de l'investigation, l'affiche d'Un1té Corse met en avant plusieurs revendications portées depuis plusieurs années : la revalorisation de l'indemnité de sujétion spéciale de police (ISSP) à 35%, la fin d'une mesure de carence appliquée depuis mars 2025 sur les arrêts maladie ordinaires, qui entraîne une perte de 10% du salaire, ainsi que le déplafonnement du dispositif dit du "1/5", qui permet aux policiers de partir cinq ans avant l'âge légal de la retraite. "Au-delà de vingt-cinq ans de carrière, on ne crée plus aucun bénéfice pour la retraite alors qu'on continue de cotiser", explique Jean-Louis Vadella.
S'y ajoute une inquiétude plus récente : la réforme du cumul emploi-retraite, qui entrera en vigueur au 1er janvier 2027 et empêchera les policiers retraités de retravailler ailleurs. Une perspective qui pousse déjà plusieurs collègues à anticiper leur départ d'ici la fin de l'année, accentuant encore la tension sur des effectifs déjà fragiles.
Une île à deux commissariats, sans filet de sécurité
Pour Jean-Louis Vadella, la situation sécuritaire de l'île mérite une attention particulière. La Corse ne compte que deux commissariats, à Bastia et à Ajaccio, sans aucun commissariat voisin pouvant fournir un renfort en cas de besoin. "Si un jour le seul équipage disponible sur le terrain est déjà engagé sur une autre mission, on n'aura personne à envoyer pour venir en aide à un de nos concitoyens, alerte-t-il. C'est quand même inquiétant, et on ne cesse de tirer la sonnette d'alarme."


