Violences intrafamiliales en Corse : un problème systémique ?

Rédigé le 28/06/2026
Christophe Giudicelli

Ce jeudi 25 juin, le PNC poursuivait à Bastia ses rencontres autour des problématiques de la société corse. Après les addictions le mois dernier, le parti nationaliste s’est penché cette fois-ci sur les violences intrafamiliales à l’occasion d’un débat réunissant médecins et associations. Un combat que doit mener la société corse dans son ensemble.

Violences intrafamiliales en Corse : un problème systémique ?

Violences intrafamiliales en Corse : un problème systémique ?

« En Corse, certaines personnes considèrent qu’il n’y a pas de violences faites aux femmes. » a lancé Mathieu Ricci, conseiller d’opposition PNC à la mairie de Bastia, devant la cinquantaine de personnes réunies pour ce débat au Café des Palmiers, sur la place Saint-Nicolas. Passé ce non-sens, inlassablement répété en préambule de tous les débats de société sur l’île, le jeune élu du PNC déroule : « C’est comme pour les addictions, on a dit pendant des années que ça n’existait pas. Aujourd’hui, plus personne ne tient ce discours. » Avant d’aller sur son terrain de prédilection, celui de la politique : « Il y a une nécessité pour la société corse qu’elle comprenne et intègre que nous ne sommes pas un peuple élu et que nous avons des réalités noires. Il n’y a rien de pire que d’invisibiliser un problème. Je ne vois pas en quoi il est moins légitime de parler des violences faites aux enfants, aux femmes mais aussi aux hommes que de la défense du littoral ou de la langue corse. »

Passé le temps politique, même s’il est indéniablement associé à cette problématique, la réalité des violences intrafamiliales a rapidement repris le dessus avec la lecture du témoignage d’une victime de violences conjugale.
Dans sa lettre, elle évoque les difficultés pour se faire entendre, mais aussi l’après dépôt de plainte : les difficultés à retrouver un emploi, les pressions, la précarité financière. Si chaque cas et chaque situation sont différents, ils représentent ce que vivent de nombreuses femmes victimes de violences, a confirmé Rosy Sarrola, présidente régionale de Femmes Solidaires.

Un problème systémique lié à la précarité sur l’île, à la situation de dépendance de certaines femmes, au poids d’une société de proximité et à des services publics qui manquent de moyens ? Un cocktail bien connu qui conduit aux drames alimentant les faits divers sur l’île comme sur le continent.

L’assassinat de la petite Lyhanna a récemment mis en lumière des défaillances à quasiment tous les niveaux des services de l’État : justice, police, Éducation nationale, faisant de cette affaire une véritable affaire d’État. Celle d’un système à bout de souffle. Pourtant, la situation était bien connue. L’assassinat de Julie Douib à L’Île-Rousse, en mars 2019, par son conjoint, qui avait fait l’objet de nombreux signalements, avait déjà été un détonateur. Sur l’île comme dans le reste du pays, un Grenelle avait été ouvert pour une meilleure prise en charge des victimes. Pourtant, près d’une décennie plus tard, la situation a peu évolué : « Il y a tous ces problèmes à régler » ne cache pas Rosy Sarrola avant d’ajouter : « Mais cela ne doit pas empêcher les femmes de s’exprimer. Aujourd’hui, elles parlent davantage, il faut les entourer. Si elles ne sont pas entourées, ça ne sert à rien. »

Pourtant, la demande est forte et le sentiment d’abandon dans la société française face à cette problématique des violences dont sont victimes les femmes et les enfants est de plus en plus présent. Plaintes non prises en charge, manque d’écoute, justice jugée laxiste : « Il y a des défaillances qui existent à tous les niveaux, car ce sont des humains. Mais si on n’est pas capable d’assurer sa responsabilité dans ces domaines-là, il faut faire autre chose, car les conséquences sont trop graves. » dénonce Rosy Sarrola avant de poursuivre : « La personne qui va déposer plainte doit être écoutée et entendue. Après, il y a des juges pour savoir ce qu’il y a lieu de faire. Mais au niveau de l’accueil, tout doit être mis en œuvre pour que tout se passe correctement. »

La présidente régionale de Femmes Solidaires est revenue aussi sur le cas des plaintes classées sans suite : « Il suffit d’écrire au procureur pour savoir pourquoi la plainte a été classée sans suite. Quelquefois, il suffit de savoir pourquoi, et cela permet de reprendre la plainte autrement. Ne pas savoir pourquoi elle a été classée facilite l’abandon. »
Si tout n’est pas réglé, Rosy Sarrola reste optimiste : « Il y a des pas qui se font, mais ils sont toujours petits, et ils finissent par faire avancer les choses. Nous faisons un excellent travail avec les juges du tribunal de Bastia. »

Les violences intrafamiliales, c’est aussi la question de l’inceste. En France, un enfant est victime de viol ou d’inceste toutes les trois minutes. « Pour vous donner une idée, c’est trois enfants par classe » a expliqué devant le public le Dr Laetitia Mandella, pédopsychiatre à Bastia. Rappelant un principe fondamental dans ce genre d’affaires, elle insiste sur l’importance de signaler les cas, ce qui n’est en rien de la délation : « C’est un acte citoyen et une responsabilité de chacun. La sécurité de nos enfants nous concerne tous. Ce sont les adultes de demain. Chez les professionnels de santé, c’est une obligation. »

Avant de terminer sur l’une des grandes interrogations qui revient souvent lorsque surviennent ces drames : comment croire les enfants ? La pédopsychiatre est catégorique : « Les enfants ne mentent pas sur ce genre de sujet. Les adultes ont du mal à croire, car ce que racontent les enfants est horrible et ils ne sont pas forcément prêts à entendre ce qu’ils ont à dire. Comment une maman peut-elle entendre que, potentiellement, son père a fait des choses à sa fille ? Ce sont des choses inimaginables. On est dans un mécanisme de déni : "on n’entend plus rien, ça n’a jamais existé". »

Les acteurs du débat l’ont rappelé : les violences intrafamiliales sont bien présentes en Corse. Et pour lutter contre ce fléau, c’est un véritable mouvement de société qu’il faut mettre en place.