Pertes massives de colonies, production de miel en chute libre, effets du changement climatique : réunis ce jeudi matin au rond-point de l’aéroport d’Ajaccio, les apiculteurs corses ont lancé un cri d’alarme. Ils réclament des mesures d’urgence pour sauver une filière emblématique de l’île.
Derrière les ruches alignées au bord du rond-point de l’aéroport d’Ajaccio, le constat est brutal. Beaucoup devraient être pleines d’abeilles à cette période de l’année. Elles sont pourtant vides.
Plusieurs dizaines d’apiculteurs venus des quatre coins de l’île se sont réunis ce jeudi matin pour rendre visible une crise qui, selon eux, menace désormais l’avenir même de l’apiculture corse. « L’apiculture corse est en danger ainsi que notre abeille », a alerté d’emblée Matteu Tristani, apiculteur professionnel à Pietroso et président du syndicat de l’AOP Miel de Corse. Une mobilisation destinée à rendre visible une situation que les professionnels jugent aujourd’hui critique. « Ce que vous n’avez pas encore entendu, c’est la réalité chiffrée », a-t-il insisté.
Si les professionnels évoquent depuis plusieurs années une dégradation progressive de leurs conditions de production, l’hiver 2025-2026 marque selon eux un véritable point de rupture. « À la sortie de l’hivernage, les apiculteurs ont constaté des pertes de colonies importantes qui ont atteint jusqu’à une ruche sur deux dans certaines micro-régions », indique Matteu Tristani. « Pour un éleveur, perdre une ruche, ce n’est pas perdre une boîte. C’est perdre plusieurs années de travail de sélection ».
Les chiffres avancés par la profession donnent la mesure du phénomène. La filière représente aujourd’hui 370 apiculteurs et près de 24 000 ruches en Corse. Particularité locale : 93 % du cheptel est engagé sous l’AOP Miel de Corse, l’une des deux seules appellations d’origine protégée françaises dans ce secteur.
Mais au-delà de la mortalité des colonies, c’est l’effondrement progressif de la production qui inquiète. En dix ans, la production moyenne est passée de 25 kilos de miel par ruche à moins de 12 kilos. « C’est une chute de plus de 50 %, alors que les charges, elles, n’ont cessé d’augmenter », souligne le président du syndicat.
Plusieurs dizaines d’apiculteurs venus des quatre coins de l’île se sont réunis ce jeudi matin pour rendre visible une crise qui, selon eux, menace désormais l’avenir même de l’apiculture corse. « L’apiculture corse est en danger ainsi que notre abeille », a alerté d’emblée Matteu Tristani, apiculteur professionnel à Pietroso et président du syndicat de l’AOP Miel de Corse. Une mobilisation destinée à rendre visible une situation que les professionnels jugent aujourd’hui critique. « Ce que vous n’avez pas encore entendu, c’est la réalité chiffrée », a-t-il insisté.
Si les professionnels évoquent depuis plusieurs années une dégradation progressive de leurs conditions de production, l’hiver 2025-2026 marque selon eux un véritable point de rupture. « À la sortie de l’hivernage, les apiculteurs ont constaté des pertes de colonies importantes qui ont atteint jusqu’à une ruche sur deux dans certaines micro-régions », indique Matteu Tristani. « Pour un éleveur, perdre une ruche, ce n’est pas perdre une boîte. C’est perdre plusieurs années de travail de sélection ».
Les chiffres avancés par la profession donnent la mesure du phénomène. La filière représente aujourd’hui 370 apiculteurs et près de 24 000 ruches en Corse. Particularité locale : 93 % du cheptel est engagé sous l’AOP Miel de Corse, l’une des deux seules appellations d’origine protégée françaises dans ce secteur.
Mais au-delà de la mortalité des colonies, c’est l’effondrement progressif de la production qui inquiète. En dix ans, la production moyenne est passée de 25 kilos de miel par ruche à moins de 12 kilos. « C’est une chute de plus de 50 %, alors que les charges, elles, n’ont cessé d’augmenter », souligne le président du syndicat.
« On travaille toujours plus pour produire toujours moins »
À Cuttoli-Corticchiato, Pierre-François Torre mesure chaque jour les conséquences de cette crise. Troisième génération d’apiculteurs dans une exploitation familiale qui ne vit que du miel, il raconte une dégradation progressive devenue aujourd’hui insoutenable. « Depuis une dizaine d’années, on produisait moins de miel et on avait davantage de pertes de ruches. Pour compenser, on est passés de 600 à 1 000 ruches. Mais cela n’a rien changé. On avait plus de travail, plus de charges, mais pas plus de production. »
Cette année marque toutefois une rupture. « Nous avions 700 ruches. Après l’hiver, nous en avons perdu 50 %. Il ne nous en reste que 350 et, parmi elles, seulement 220 sont capables de produire du miel. » Pour illustrer l’ampleur des pertes, il invite à changer de perspective. « Imaginez un troupeau de 700 brebis dont 350 meurent dans un champ. Tout le monde en parlerait. Nous, nos ruches sont dispersées dans le maquis, alors personne ne voit ce qui se passe. »
Pourtant, derrière les chiffres se cache aussi une réalité économique de plus en plus difficile. « Depuis le mois de février, nous travaillons comme si nous n’avions pas de salaire. Nous vivons grâce aux ventes des productions des années précédentes », affirme Pierre-François Torre.
Changement climatique : « Les abeilles ne s’y retrouvent plus »
Si le parasite Varroa reste une menace sanitaire majeure, les professionnels estiment qu’il ne peut expliquer à lui seul la situation actuelle. Apiculteur à Pietracorbara, Gérard Laurenti-Gherardi évoque une accumulation de facteurs de stress qui fragilise les colonies. « Le varroa demeure la principale pression sanitaire qui pèse sur les ruches. Mais aujourd’hui, il ne peut pas expliquer à lui seul la situation que nous subissons. » Selon lui, les effets du changement climatique bouleversent profondément le fonctionnement des écosystèmes dont dépendent les abeilles. « Nous observons des sécheresses beaucoup plus longues, des floraisons perturbées, des miellées décalées ou parfois totalement inexistantes. À cela s’ajoutent des épisodes de froid tardif qui compromettent le développement des colonies. »
Une analyse partagée par Marlène Hahusseau, apicultrice à Sisco. « Les floraisons sont décalées par rapport à d’habitude et les colonies ne sont plus prêtes à les exploiter. Les abeilles ne s’y retrouvent plus. Elles ont des difficultés à se développer et peuvent même mourir de faim alors qu’il y a encore des fleurs. »
Pour Pierre-François Torre, le changement climatique est désormais le principal défi auquel la profession doit faire face. « Nous n’avons plus vraiment d’hiver. Les plantes n’ont plus leur repos végétal. Les sécheresses se multiplient. Même le vent est devenu un problème : il assèche le nectar avant que les abeilles ne puissent le récolter. » Son père, Pierre Torre, apiculteur depuis plus de quarante ans partage cette détresse : « Je n’ai jamais connu ça. Jusqu’à il y a dix ans, nous maîtrisions les pertes liées au varroa. Aujourd’hui, avec le dérèglement climatique, c’est incroyable. »
À Cuttoli-Corticchiato, Pierre-François Torre mesure chaque jour les conséquences de cette crise. Troisième génération d’apiculteurs dans une exploitation familiale qui ne vit que du miel, il raconte une dégradation progressive devenue aujourd’hui insoutenable. « Depuis une dizaine d’années, on produisait moins de miel et on avait davantage de pertes de ruches. Pour compenser, on est passés de 600 à 1 000 ruches. Mais cela n’a rien changé. On avait plus de travail, plus de charges, mais pas plus de production. »
Cette année marque toutefois une rupture. « Nous avions 700 ruches. Après l’hiver, nous en avons perdu 50 %. Il ne nous en reste que 350 et, parmi elles, seulement 220 sont capables de produire du miel. » Pour illustrer l’ampleur des pertes, il invite à changer de perspective. « Imaginez un troupeau de 700 brebis dont 350 meurent dans un champ. Tout le monde en parlerait. Nous, nos ruches sont dispersées dans le maquis, alors personne ne voit ce qui se passe. »
Pourtant, derrière les chiffres se cache aussi une réalité économique de plus en plus difficile. « Depuis le mois de février, nous travaillons comme si nous n’avions pas de salaire. Nous vivons grâce aux ventes des productions des années précédentes », affirme Pierre-François Torre.
Changement climatique : « Les abeilles ne s’y retrouvent plus »
Si le parasite Varroa reste une menace sanitaire majeure, les professionnels estiment qu’il ne peut expliquer à lui seul la situation actuelle. Apiculteur à Pietracorbara, Gérard Laurenti-Gherardi évoque une accumulation de facteurs de stress qui fragilise les colonies. « Le varroa demeure la principale pression sanitaire qui pèse sur les ruches. Mais aujourd’hui, il ne peut pas expliquer à lui seul la situation que nous subissons. » Selon lui, les effets du changement climatique bouleversent profondément le fonctionnement des écosystèmes dont dépendent les abeilles. « Nous observons des sécheresses beaucoup plus longues, des floraisons perturbées, des miellées décalées ou parfois totalement inexistantes. À cela s’ajoutent des épisodes de froid tardif qui compromettent le développement des colonies. »
Une analyse partagée par Marlène Hahusseau, apicultrice à Sisco. « Les floraisons sont décalées par rapport à d’habitude et les colonies ne sont plus prêtes à les exploiter. Les abeilles ne s’y retrouvent plus. Elles ont des difficultés à se développer et peuvent même mourir de faim alors qu’il y a encore des fleurs. »
Pour Pierre-François Torre, le changement climatique est désormais le principal défi auquel la profession doit faire face. « Nous n’avons plus vraiment d’hiver. Les plantes n’ont plus leur repos végétal. Les sécheresses se multiplient. Même le vent est devenu un problème : il assèche le nectar avant que les abeilles ne puissent le récolter. » Son père, Pierre Torre, apiculteur depuis plus de quarante ans partage cette détresse : « Je n’ai jamais connu ça. Jusqu’à il y a dix ans, nous maîtrisions les pertes liées au varroa. Aujourd’hui, avec le dérèglement climatique, c’est incroyable. »
Un plan de sauvegarde réclamé en urgence
Face à cette situation, la profession demande une intervention rapide des pouvoirs publics. Les apiculteurs souhaitent être reçus dans les plus brefs délais par la Collectivité de Corse afin d’obtenir la reconnaissance officielle de la crise. Parmi leurs revendications figurent des aides d’urgence pour compenser les pertes exceptionnelles de colonies et de production, ainsi qu’un plan pluriannuel de soutien à la filière. « Nous ne demandons pas à être assistés », insiste Matteu Tristani. « Nous demandons simplement les moyens de continuer à produire. »
Pour le président du syndicat de l’AOP Miel de Corse, l’enjeu dépasse désormais le simple soutien à une activité économique. « Le miel de Corse est l’un des deux seuls miels sous AOP en France. Il a fallu des décennies de travail pour construire cette filière et obtenir cette reconnaissance. Quelques mois d’inaction pourraient suffire à fragiliser durablement tout cet édifice. »
Avant de conclure par une formule qui résume l’état d’esprit des apiculteurs mobilisés ce jeudi matin : « Sauver les colonies aujourd’hui coûtera toujours moins cher que reconstruire une filière disparue demain. »
Face à cette situation, la profession demande une intervention rapide des pouvoirs publics. Les apiculteurs souhaitent être reçus dans les plus brefs délais par la Collectivité de Corse afin d’obtenir la reconnaissance officielle de la crise. Parmi leurs revendications figurent des aides d’urgence pour compenser les pertes exceptionnelles de colonies et de production, ainsi qu’un plan pluriannuel de soutien à la filière. « Nous ne demandons pas à être assistés », insiste Matteu Tristani. « Nous demandons simplement les moyens de continuer à produire. »
Pour le président du syndicat de l’AOP Miel de Corse, l’enjeu dépasse désormais le simple soutien à une activité économique. « Le miel de Corse est l’un des deux seuls miels sous AOP en France. Il a fallu des décennies de travail pour construire cette filière et obtenir cette reconnaissance. Quelques mois d’inaction pourraient suffire à fragiliser durablement tout cet édifice. »
Avant de conclure par une formule qui résume l’état d’esprit des apiculteurs mobilisés ce jeudi matin : « Sauver les colonies aujourd’hui coûtera toujours moins cher que reconstruire une filière disparue demain. »




