À l'occasion de l'Assemblée Fédérale de la Fédération Française de Football organisée ce samedi à Ajaccio, le président de la FFF, Philippe Diallo, a accordé un entretien à notre rédaction. Réforme du football français, droits télévisés, création de la Ligue 3 professionnelle, avenir économique des clubs puis situation du football corse : le patron du football français détaille sa feuille de route.
- Le football français traverse effectivement une période compliquée. Depuis la crise du Covid, nous avons subi plusieurs chocs successifs : l'arrêt du championnat en 2020, l'épisode Mediapro, puis les difficultés liées aux droits audiovisuels. Aujourd'hui, les revenus des clubs professionnels ont considérablement diminué alors que leurs charges restent élevées. Nous devons réformer notre modèle pour redonner de la visibilité et de la stabilité à nos clubs.
- Vous appelez régulièrement à une réforme de la gouvernance du football professionnel. Pourquoi ?
- Parce que nous devons préparer l'avenir. La proposition de loi actuellement débattue au Parlement vise justement à moderniser notre organisation et à créer les conditions d'un rebond économique durable. Il faut notamment réduire certaines disparités et permettre aux clubs de retrouver un cadre plus stable pour se développer.
- Où en sont les discussions concernant les droits de diffusion de la Coupe de France ?
- Les droits sont aujourd'hui mieux valorisés qu'auparavant. Concernant la diffusion, nous poursuivons les échanges avec France Télévisions dans un contexte qui a été compliqué ces derniers mois. Les discussions avancent et j'espère que nous trouverons rapidement un accord permettant de garantir à la Coupe de France une exposition à la hauteur de son importance dans le patrimoine du football français.
- Autre sujet d'actualité : les primes de l'équipe de France pour la Coupe du monde. Le dossier est-il réglé ?
- Nous avons eu plusieurs échanges très constructifs avec les joueurs. Les discussions se déroulent dans un climat serein et respectueux. Mon souhait est que tout soit définitivement finalisé avant le départ des Bleus afin que l'équipe puisse ensuite se concentrer exclusivement sur l'objectif sportif.
"La Ligue 3 ne doit pas produire les difficultés que nous connaissons aujourd'hui"
- La création de la Ligue 3 professionnelle constitue l'une des grandes réformes présentées lors de cette Assemblée. Quelle est votre ambition ?
- Lorsque nous avons lancé ce projet avec l'ensemble des acteurs concernés, j'ai fixé trois objectifs : créer un championnat innovant, territorialisé et surtout pérenne. Nous ne voulions pas simplement reproduire ce qui existe déjà en Ligue 1 ou en Ligue 2. Nous avons beaucoup travaillé sur la régulation économique. L'idée est simple : éviter que des clubs dépensent plus qu'ils ne possèdent. Nous allons mettre en place un plafonnement progressif de la masse salariale, un système de taxation des dépassements ainsi qu'un mécanisme de préfinancement des saisons. Nous voulons éviter les faillites et offrir aux clubs un environnement stable pour se développer. Nous passons d'environ 7 millions d'euros d'aides à plus de 12 millions d'euros pour les clubs concernés. C'est un effort important de la Fédération afin d'assurer le succès de cette nouvelle division.
- La Ligue 3 servira également de laboratoire d'innovations ?
- Absolument. Je souhaite qu'elle soit un championnat attractif et moderne. C'est dans cet esprit que nous introduisons notamment les challenges vidéo à l'initiative des entraîneurs. Nous réfléchissons également à d'autres évolutions inspirées de sports comme le rugby afin de rendre le jeu encore plus lisible et spectaculaire.
- C'est évidemment une déception. La Corse a longtemps été une terre forte du football français. Il n'y a pas si longtemps encore, quatre clubs corses évoluaient dans les deux premières divisions. Rapporté à la population de l'île, c'était exceptionnel.
- Faut-il s'inquiéter pour l'avenir ?
- Non. Je pense simplement que le football corse traverse une période plus difficile. Il conserve de nombreux atouts : une culture footballistique forte, une identité affirmée et une excellente capacité de formation. Je suis convaincu que les clubs corses retrouveront leur place au plus haut niveau.
- Certains observateurs estiment que l'évolution économique du football pénalise davantage les clubs issus de territoires plus modestes comme la Corse. Partagez-vous cette analyse ?
- Le football professionnel a profondément changé. Les budgets sont devenus beaucoup plus importants et les actionnariats se sont internationalisés. Cela rend naturellement la concurrence plus difficile. C'est pourquoi nous travaillons à réduire certains écarts et à préserver un football populaire capable de permettre à tous les territoires de rester compétitifs.
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Le Sporting Club de Bastia intégrera la future Ligue 3. La Corse bénéficiera-t-elle d'un accompagnement spécifique ?
- Oui. Nous prenons en compte les contraintes liées à l'insularité. Les déplacements représentent un coût supplémentaire pour les clubs corses. C'est pourquoi des aides complémentaires sont prévues afin d'accompagner leur participation aux compétitions nationales.
- Plusieurs clubs corses dénoncent régulièrement un sentiment d'injustice concernant l'arbitrage ou certaines sanctions disciplinaires. Que leur répondez-vous ?
- Je leur réponds qu'il n'existe aucun traitement différencié. L'insularité n'est pas un facteur de discrimination. Lorsque l'AC Ajaccio a traversé une période extrêmement difficile, la Fédération s'est mobilisée à ses côtés. Nous accompagnons tous les clubs avec le même souci d'équité, qu'ils soient corses, bretons ou alsaciens.
- Le débat autour d'une reconnaissance officielle de la sélection corse revient régulièrement dans l'actualité. Quelle est votre position ?
- Je souhaite d'abord attendre les éventuelles évolutions institutionnelles concernant la Corse. Ensuite, il faudra analyser les possibilités offertes par le cadre légal et réglementaire. Mais il faut aussi regarder les réalités économiques. Les expériences menées ailleurs montrent que faire vivre une sélection régionale engagée dans des compétitions internationales représente un coût important qui peut fragiliser les structures locales.
- Quel message souhaitez-vous adresser aujourd'hui au football corse ?
- La Fédération est pleinement aux côtés des clubs corses. La Corse fait partie intégrante de l'histoire du football français et continuera d'y jouer un rôle important. Malgré les difficultés actuelles, je suis convaincu que le football corse dispose de toutes les qualités pour rebondir rapidement.




