Cap vers le large : Mare Vivu repart explorer la Méditerranée pendant quatorze jours

Rédigé le 31/05/2026
Jeanne Soury

Le catamaran de l'association Mare Vivu a quitté Ajaccio ce dimanche midi pour une nouvelle expédition scientifique autour de la Corse. À bord, onze personnes, dont trois scientifiques, mèneront des études sur la pollution plastique et la biodiversité marine, tout en partageant leurs découvertes avec le grand public.

Cap vers le large : Mare Vivu repart explorer la Méditerranée pendant quatorze jours

(Photo : Paule Santoni)

Les derniers sacs de provisions passent de main en main. Sur le quai ajaccien, l'agitation est encore à l’heure des préparatifs. À midi, le catamaran de Mare Vivu largue les amarres. Devant lui, quatorze jours de navigation, plusieurs centaines de milles à parcourir et une mission : mieux comprendre la Méditerranée qui entoure la Corse.

Après près de neuf années passées à naviguer à bord de petits trimarans à voiles et à pédales, c’est la deuxième expédition que s’apprête à vivre l’équipe à bord d’un catamaran. Le parcours doit conduire l'équipage jusqu'au Cap Corse avant une longue boucle au large, loin des côtes, où seront réalisés plusieurs protocoles de recherche.

À bord, la navigation est intimement liée au travail scientifique. Tout au long du voyage, l’équipage, composé de trois chercheurs du CNRS et du Muséum National d’Histoire Naturelle, procédera à des prélèvements destinés à mesurer la pollution plastique en mer. Un filet manta sera régulièrement tracté derrière le bateau afin de collecter les microplastiques présents à la surface de l’eau. « Nous allons effectuer des prises d'eau tout au long de l'expédition pour vérifier les niveaux de pollution plastique », explique Yann, skipper du catamaran. « Ensuite, nous analysons ce que le filet a capturé afin d'évaluer les quantités retrouvées. »

Les observations ne se limiteront pas aux déchets. Les équipes réaliseront également un suivi des cétacés rencontrés en mer grâce à un travail de photographie permettant d'identifier les individus à partir de leurs nageoires dorsales.

Pour le marin, cette collaboration avec le monde scientifique donne une dimension particulière à l'aventure. « J'ai l'impression de servir à quelque chose en aidant les chercheurs dans leurs objectifs. C'est extrêmement enrichissant, humainement comme professionnellement. »

Du trimaran au catamaran, un changement d'échelle

Cette expédition intervient dans une année symbolique pour Mare Vivu, qui célèbre ses dix ans d'existence. Un anniversaire qui permet aussi de mesurer le chemin parcouru. « Nous sommes partis de zéro avec une bande de copains bénévoles qui voulaient agir pour protéger la mer », rappelle Pierre-Ange Guidicelli, coordinateur et cofondateur de l'association. « Aujourd'hui, nous embarquons des scientifiques à bord et nous développons des protocoles de recherche plus ambitieux. »

Longtemps, les expéditions de Mare Vivu se concentraient principalement sur le littoral. Mais le recours au catamaran ouvre désormais de nouvelles possibilités : davantage d'autonomie, plus de matériel embarqué et surtout la possibilité de travailler avec des professionnels, plus loin des côtes. Pour l'association, l'enjeu dépasse largement les deux semaines de navigation. « L'idée est de construire des partenariats qui durent toute l'année », souligne Pierre-Ange Guidicelli. « Ils nous forment sur certains protocoles et nous permettent de développer des suivis scientifiques sur le long terme. »

Montrer une Méditerranée méconnue

Si la recherche occupe une place croissante dans le projet, la sensibilisation reste l'autre pilier de l'expédition. Une escale est notamment prévue à L'Île-Rousse, où des scolaires pourront découvrir le bateau et échanger avec l'équipage.

Pour Céline Senecaut, responsable scientifique de Mare Vivu, la mission consiste autant à collecter des données qu'à raconter ce qui se passe en mer. « On veut montrer la richesse de la Méditerranée autour de la Corse, mais aussi les menaces qui pèsent sur elle », explique-t-elle. « Certaines plages du Cap Corse sont couvertes de microplastiques alors qu'elles restent magnifiques. Il y a cette contradiction permanente entre la beauté du territoire et les pollutions qu'il subit. »

À travers les images, les vidéos et les observations réalisées pendant ces quatorze jours, l'association espère documenter une partie de cette Méditerranée. Une mer dont la richesse reste encore largement méconnue, mais dont la fragilité apparaît, quant à elle, de plus en plus évidente.