Les 30 et 31 mai, Portivechju veut redonner goût à la lecture avec le festival Piazz’à u libru

Rédigé le 29/05/2026
Julien Castelli

À Portivechju, les livres prendront bientôt possession de la place de la République. Les 30 et 31 mai, la troisième édition de « Piazz’à u libru » transformera le centre-ville en vaste salon littéraire à ciel ouvert, entre conversations d’auteurs, débats d’idées et dédicaces sous le soleil printanier.

Les 30 et 31 mai, Portivechju veut redonner goût à la lecture avec le festival Piazz’à u libru

L'an dernier, l'événement avait eu lieu sur la place du Bastion. PHOTO CITA DI PORTIVECHJU

Après la piazza’llu quartieri et la place du Bastion, c’est la place de la République qui devient cette année l’épicentre de la littérature porto-vecchiaise : « L’idée, c’est que les cafés deviennent un lieu où l’on cause littérature, développe Vincent Gambini, l’adjoint porto-vecchiais à la culture. Et que les auteurs se rencontrent. »  Cette année, la programmation navigue entre roman social, poésie, polar et récits intimes. L’un des moments les plus attendus, c’est sans doute la venue de Marc Biancarelli. Figure majeure des lettres corses contemporaines, l’auteur ouvrira le festival autour de Roman national, fresque historique habitée par les fantômes de Sampiero et des luttes insulaires. 

Le festival donne également une large place aux écritures venues du Continent et de la Méditerranée. La journaliste et romancière Hélène Coutard vient présenter Explosives, roman féministe en lutte contre le patriarcat, tandis que Salma El Moumni poursuit son exploration du désir, de l’exil et des identités mouvantes avec La vraie vie de Sawsan. Dans un autre registre, Jacky Schwartzmann détourne dans Killing me softly les codes du polar et distille son humour noir grinçant pour dénoncer les absurdités du monde du travail et du racisme.

Mais Piazz’à u libru  cultive surtout ce qui fait sa singularité : une manière de faire dialoguer la création insulaire avec le reste du monde. Aux côtés de Marc Biancarelli, plusieurs auteurs corses participent au festival, à commencer par Olivier Ancey, enseignant de langue corse et auteur du recueil Musa, où poésie et enracinement se répondent. Autour d’eux, une génération d’auteurs et d’acteurs culturels insulaires — Joseph Antonetti, François Cucchi, Amalia Luciani, Jean-Michel Neri ou encore Angela Nicolai — vient rappeler que la littérature corse continue de se réinventer, entre transmission, langue et ouverture sur la Méditerranée.

Parmi les temps forts du week-end figure également la rencontre entre Marc Biancarelli et le romancier sarde Piergiorgio Pulixi autour de « l’insularité et de l’ailleurs », comme un fil rouge évident pour un festival qui regarde autant vers la Corse que vers l’ensemble du bassin méditerranéen.

Trois librairies ont fermé récemment

A Portivechju, la collectivité joue un rôle important dans la promotion de la lecture. Outre Piazz’a u libru, elle a favorisé une politique d’emprunt d’ouvrages très active à la médiathèque L’Animu (25 000 environ chaque année). La mairie porte aussi un projet de biblio truck, qui doit sillonner les quartiers et hameaux porto-vecchiais dès l’an prochain. Un travail de valorisation d’autant plus nécessaire que le livre traverse une période difficile dans la Cité du sel, où trois librairies ont fermé en l’espace de six mois. « La crise de la lecture, elle est globale, malheureusement, estime Vincent Gambini. On a mis en place des outils de politique publique qui font que le livre ne disparaîtra jamais à Porto-Vecchio. Mais il ne faut pas oublier que la porte d’entrée pour la lecture, c’est l’école. »