Face à l’ampleur des violences intrafamiliales, une Maison des Femmes et une Unité d’accueil pédiatrique enfants en danger ont été inaugurées à Bastia. L’objectif est d'offrir aux victimes, femmes et enfants, une prise en charge globale, coordonnée et plus accessible, afin de rompre l’isolement et faciliter leur parcours vers la protection et la justice.
(Photos Gérard Baldocchi)
Alors que plus de 213 000 femmes sont victimes de violences intrafamiliales chaque année en France, dont 1 000 à 1 800 en Corse, deux nouvelles structures d’accueil viennent d’être inaugurées ce mercredi 29 avril, à Bastia. Portées par le centre hospitalier, la Maison des Femmes et l’Unité d’accueil pédiatrique enfants en danger (UAPED) visent à être « une porte ouverte avec un soutien » pour toutes les victimes. « Il faut bien comprendre qu'auparavant, une victime se retrouvait confrontée à un éparpillement d'institutions. Aujourd'hui, la création de cette Maison des Femmes et de cette unité pédiatrique, c'est offrir aux victimes un parcours qui n’est plus celui d'un combattant, mais une prise en charge globale, et ainsi leur ouvrir toutes les portes des services publics afin qu'elles puissent être accompagnées dans toutes leurs démarches », explique Jean-Philippe Navarre, procureur de la République de Bastia.
Ouverte depuis l’été dernier, la Maison des Femmes a accueilli 77 femmes sur le dernier trimestre de l’année 2025, principalement après des dépôts de plainte. « Les femmes se sont présentées à la police ou à la gendarmerie, il y a eu une réquisition, le médecin légiste les a examinées et elles sont ensuite venues vers nous », indique Sophie Guillaume, sage-femme et coordinatrice de la structure. « Mais il faut savoir qu’il ne s’agit que de la partie émergée de l'iceberg, puisque nous n’avons que 20 % des femmes victimes de violences qui vont déposer plainte. Ça veut dire que 80 % d’entre elles sont encore en dessous des radars, souvent parce qu’elles ont honte. Aujourd'hui, je pense qu'on franchit un pas pour faire connaître cette structure. Plus on multiplie les portes d'entrée, plus elles se sentent accueillies, écoutées, et plus on fera avancer cette problématique et ce fléau. »
Composée d’une sage-femme, d’une psychologue, d’une assistante sociale et d’une infirmière, la Maison des Femmes permet prise en charge globale, adaptée à l’impact des violences, bien au-delà du seul accompagnement social. L’UAPED, quant à elle, est composée d’un pédiatre, d’un psychologue, d’une assistante sociale et d’une infirmière, qui occupe un rôle de « fil rouge ». « C’est elle qui s’occupe de l’accueil de l’enfant, de l’explication du parcours et de sa sécurisation », précise le Dr Karim Ben Ameur, pédiatre et coordinateur de l’UAPED. « Cette unité représente plus qu’un lien, c’est un engagement collectif pour protéger les personnes vulnérables. Il y a urgence, d’où l’importance d’avoir aujourd’hui des structures spécialisées. » Il précise que l’UAPED a déjà reçu une vingtaine d’enfants depuis son ouverture, et qu’elle ambitionne d’en accueillir une centaine.

Jean-Philippe Navarre, procureur de la République, et Pierre-Yves Argat, directeur de cabinet du préfet de Haute-Corse
À travers ces deux structures, l’objectif est aussi « d’identifier et signaler l'ensemble des cas pour pouvoir les prendre en charge », selon Christophe Arnould, directeur du centre hospitalier de Bastia. « Ce sont des structures hospitalières mais qui sont coordonnées avec les services notamment de la justice, de la police, de la gendarmerie, mais également avec la société civile et tous les réseaux de soins. » Pour le procureur de la République, l’ouverture de ces établissements va également permettre « d’aider la justice ». « D’abord dans le para-judiciaire, c'est-à-dire l'accompagnement qu'on doit à une victime pour lui permettre de faciliter son dépôt de plainte, et ensuite dans le traitement judiciaire en apportant la complémentarité de psychologues, de psychiatres, de médecins, de médecins avec des compétences de médecine légale pour pouvoir effectivement améliorer la qualité des enquêtes et ainsi conduire devant les tribunaux les auteurs des faits. »
Il précise : « Je crois que c'est dans la société d'une manière générale, là encore, que le discours doit changer. On parle parfois d'armées de victimes à la porte de nos tribunaux, à la porte de nos associations, à la porte de nos administrations. La prise en charge, c'est un devoir que l'on a à l'égard des plus faibles, des femmes, des enfants. Il faut que la prise en charge et cette capacité d'écoute soient sans cesse améliorées et qu'elles soient aujourd'hui complètement renouvelées. On parle parfois de révolution judiciaire. Il faut sans doute faire ce pas pour offrir encore une fois un parcours global et digne à toutes nos victimes. »
Maison des Femmes et UAPED de Bastia : 15 avenue Jean Zuccarelli
Ouvert du lundi au vendredi, de 9h à 16h sur rendez-vous
Téléphone : 04.95.59.13.33
Mail : maisondesfemmes@ch-bastia.fr et uaped2b@ch-bastia.fr



