CAPA : un budget primitif 2026 marqué par une hausse de la fiscalité et des critiques de l’opposition

Rédigé le 28/04/2026
Jeanne Soury

La Communauté d’agglomération du Pays ajaccien (CAPA) a arrêté son budget primitif 2026 à 198,8 millions d’euros, en légère baisse de 2 %, lors de la traditionnelle séance de présentation qui s’est tenue lundi. Derrière cette stabilisation apparente, les orientations financières confirment un choix central : maintenir un niveau élevé d’investissement en s’appuyant sur une hausse de la fiscalité locale, principalement supportée par les ménages.

CAPA : un budget primitif 2026 marqué par une hausse de la fiscalité et des critiques de l’opposition

(Photos : Paule Santoni)

Le budget 2026 se caractérise avant tout par un ajustement significatif de la fiscalité locale, présenté lors de la traditionnelle séance de présentation du budget primitif de la CAPA, qui s’est tenue lundi. Les élus ont arrêté un budget de 198,8 millions d’euros, en légère baisse de 2 % pour « préserver les ambitions d’un développement durable en pays ajaccien. »

Plusieurs taxes augmentent fortement. La taxe foncière sur les propriétés bâties passe ainsi de 6 % à 10,5 %, une hausse particulièrement sensible pour les propriétaires. La taxe d’habitation sur les résidences secondaires connaît également une progression marquée, de 11,54 % à 20,20 %. Enfin, la taxe sur le foncier non bâti est elle aussi relevée, dans une moindre mesure.

Au total, la fiscalité des ménages représente désormais près de 66 % des recettes fiscales directes de la CAPA. À l’inverse, la fiscalité des entreprises reste inchangée, avec un taux de cotisation foncière déjà au plafond légal.

Un budget contraint entre baisse des ressources et hausse des charges

Ces évolutions interviennent dans un contexte financier structurellement sous tension : « Avec la suppression de la taxe d’habitation, puis celle de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), l’autonomie fiscale de la CAPA s’est considérablement réduite ».

Dans le même temps, les charges continuent de progresser : mise en service de nouveaux équipements, hausse des dépenses de personnel et augmentation des contributions extérieures.

Sur ce point, l’opposition a notamment mis en avant la progression de la masse salariale. Romain Colonna évoque une hausse de près de 45 % : « Je constate en ma qualité d’opposant qu’il y a une augmentation de la masse salariale de près de 45 % en 5 ans, qu’elle ne connaît pas d’équivalent dans d’autres collectivités, et que nous n’avons aucun détail sur cette augmentation. »

Le président de la CAPA, Stéphane Sbraggia, précise, en réponse, que cette évolution ne correspond pas à des recrutements massifs mais à des redéploiements internes.

Des investissements maintenus malgré les contraintes

Malgré ce contexte budgétaire serré, la CAPA affirme vouloir préserver son niveau d’investissement. Depuis 2020, près de 160 millions d’euros ont été engagés au service des « politiques publiques prioritaires. » 

Pour 2026, les priorités restent orientées vers les mobilités, la transition écologique et les infrastructures. La répartition du budget illustre ces choix : sur 198,8 millions d’euros, 100,2 millions d’euros sont consacrée au budget principal, 40,1 millions aux transports, 35,1 millions à l’environnement, 13,8 millions à l’assainissement et 9 millions à l’eau.

Le téléphérique au cœur des critiques de l’opposition 

Projet emblématique de la mandature, le téléporté continue de cristalliser les tensions politiques. Plusieurs élus de l’opposition estiment qu’il a fortement structuré, et déséquilibré, les choix d’investissement. Danielle Antonini dénonce un « budget primitif de vérité : la vérité d’une gestion dont les habitants vont payer le coût, et cela au sens propre du terme. »

Elle critique notamment le poids du budget des transports, qui dépasse 40 millions d’euros : « La forte baisse des investissements en 2026 s’explique par la finalisation du téléporté. Cela signifie que ce projet a mobilisé l’essentiel de l’effort d’investissement des dernières années, au détriment d’autres solutions de mobilité du quotidien. » Et d’interroger : « Fallait-il consacrer une part si importante des moyens de la CAPA à un projet unique alors que les besoins en transport du quotidien restent considérables ? »

Elle annonce que l’opposition nationaliste votera contre le budget, estimant qu’il « fait payer aux plus modestes les conséquences de choix contestés depuis l’origine ».

Abstention contrainte et critiques politiques

D’autres élus de l’opposition adoptent une position plus nuancée. François Filoni justifie une abstention de principe : « On va s’abstenir parce qu’il faut que ce budget passe quand même, mais il passe dans de très mauvaises conditions. »

Jean Biancucci, de son côté, pointe une logique de long terme : « Ce budget assume une politique de l’ambition, mais en diffère le coût réel sur les générations futures. » Dans une formule plus ironique, il conclut sur le projet de téléphérique : « Nous avons Angelo ? Vous auriez dû l’appeler Diavuleddu ! »

La CAPA défend une évolution « modérée et lissée » de la fiscalité, présentée comme indispensable pour garantir la continuité des services publics et poursuivre le développement du territoire. Entre maintien de l’investissement et hausse de la pression fiscale, le budget 2026 met en lumière un arbitrage désormais central pour la collectivité : celui du financement des grands projets et de leur acceptabilité par les contribuables, dans un contexte où la contrainte budgétaire se resserre.