Éducation : la carte scolaire au cœur des échanges à l’Assemblée de Corse

Rédigé le 20/04/2026
Jeanne Soury

À l’Assemblée de Corse, ce matin lors des questions orales, Saveriu Luciani, au nom du groupe Avanzemu, a interpellé l’Exécutif sur les suppressions de postes et leurs conséquences sur l’école, notamment en milieu rural. Face à ces inquiétudes, l’Exécutif affirme partager le constat, tout en défendant ses actions et en appelant à une gouvernance éducative adaptée aux réalités de l’île.

Ce lundi, lors de la séance de questions orales de l’Assemblée de Corse, les problématiques soulevées par la carte scolaire dans le premier et le second degrés ont été portées dans l'hémicycle par Saveriu Luciani, au nom du groupe Avanzemu. Une intervention marquée par une inquiétude forte autour des suppressions de postes et de leurs conséquences sur le service public d’éducation en Corse.

L’élu a d’abord dressé un constat qu’il juge préoccupant, en s’appuyant sur les chiffres annoncés pour la prochaine rentrée. « Le constat est clair : malgré une baisse démographique connue et anticipée (…) les choix opérés se traduisent par des suppressions de postes, des fermetures de classes et une dégradation progressive des conditions d’enseignement. »

Dans son intervention, Saveriu Luciani a insisté sur la fragilisation du maillage scolaire, notamment en milieu rural. « Dans le premier degré, de nombreuses écoles, notamment en milieu rural, sont fragilisées, remettant en cause l’équilibre territorial et l’accès de tous à un service public de proximité. Dans le second degré, les dotations restent sous tension, ce qui limite les dédoublements, les options et les dispositifs d’accompagnement pourtant essentiels à la réussite des élèves. »

Au-delà des moyens, il a souligné les conséquences sur les politiques éducatives portées en Corse. « Les suppressions de postes entraîneront également des difficultés dans la mise en œuvre et la généralisation de la stratégie d’apprentissage linguistique, bilingue et immersive. »

Garantir l’égalité des chances 

Puis, s’adressant directement à l’Exécutif, il a demandé une position claire sur les décisions prises à l’échelle nationale. « Quelle est aujourd’hui la position de l’Exécutif de Corse face à ces décisions unilatérales et subies ? Quelles démarches engagez-vous pour que nous ayons des moyens pour l’école corse qui soient en rapport avec le plan Scola 2030 ? »

Enfin, il a conclu sur l’enjeu de fond : « L’enjeu est majeur : il ne s’agit pas seulement de gestion administrative, mais de garantir l’égalité des chances, la qualité du service public d’éducation et l’avenir de la jeunesse d’un peuple. »

En réponse, Lauda Guidicelli, conseillère exécutive en charge de la jeunesse, de l’éducation, a partagé les inquiétudes exprimées, tout en défendant la position et les actions de la Collectivité de Corse face à l’État. « Votre question touche un enjeu essentiel (…) : l’avenir de notre jeunesse, de l’égalité des chances et de la capacité de notre île à disposer d’un service public d’éducation qui réponde réellement à ses besoins et à ses spécificités». « La Collectivité de Corse partage pleinement les inquiétudes exprimées quant à l’évolution de la carte scolaire, quant aux suppressions de postes annoncées et aux conséquences qu’elles entraînent sur les conditions d’enseignement, l’équilibre territorial et la continuité du service public », a-t-elle indiqué. 

Sur le cadre institutionnel, elle a rappelé les compétences respectives de l’État et de la CdC. « Dans le premier degré, les décisions relèvent de l’État et des communes. Dans le second degré, la CdC exerce des compétences importantes (…) tandis que le Rectorat conserve la compétence d’ouverture et de fermeture des classes. » Elle a toutefois contesté une logique qu’elle juge trop mécanique. « Ce cadre, nous nous y adaptons, mais il ne saurait justifier une approche strictement comptable, déconnectée des réalités insulaires. »

L’autonomie n’est pas un slogan 

Réagissant à la suppression annoncée de 22 postes, dont 11 dans le second degré, elle a contesté le lien direct établi avec la baisse démographique. « Une diminution de 277 élèves dans le second degré (…) ne peut à elle seule justifier une contraction aussi brutale des moyens », a-t-elle souligné. Sur le terrain, elle a également évoqué les tensions et les mobilisations récentes, notamment en Cismonte. « La mobilisation a permis de maintenir l’école de Vivario. Défendre une école, c’est défendre un village, mais aussi un avenir. »

Elle a ensuite détaillé les actions engagées par la Collectivité, notamment sur la sectorisation scolaire. « Nous avons engagé une révision partielle et progressive de la sectorisation (…) une réponse ciblée aux situations les plus urgentes, puis une révision globale à l’horizon 2030 fondée sur une analyse territoriale multi-critères. Ce travail a été officiellement lancé fin mars. »

Enfin, elle a élargi la réponse à la question de fond posée par Saveriu Luciani sur la gouvernance éducative. « La question que vous posez renvoie à un enjeu plus large : celui de la gouvernance éducative. L’autonomie n’est pas un slogan mais un outil au service de l’efficacité et de l’adaptation aux réalités insulaires. Cela signifie sortir d’un modèle où la Corse subit des décisions Françaises standardisées et aller vers un cadre normatif spécifique prenant en compte la ruralité, l’insularité, la langue corse et les besoins de chaque territoire. »

Et de conclure sur la ligne politique de la collectivité : « Nous n’avons jamais été silencieux, nous n’avons jamais été passifs. Nous avons agi, nous agissons et nous continuerons d’agir. »