Tribune politique : le Dr André Rocchi lance un appel au réveil des territoires corses

Rédigé le 12/04/2026
Nicole Mari

Le Dr André Rocchi, qui vient d’être réélu maire de Prunelli di Fiumorbu, lance, dans une tribune politique, un appel au réveil des territoires corses. Face à ce qu’il nomme l’inquiétude des populations, un centralisme jacobin trop normatif et la complexité grandissante de la société, il propose de redonner aux territoires leur capacité d’initiative, leur intelligence propre, leur pouvoir d’action en les reconnectant à leur identité, à leur histoire et à leur singularité.

La tribune politique du Dr André Rocchi :
 
« Face aux bouleversements que nous traversons — sociaux, économiques, écologiques, climatiques, technologiques, mais aussi géopolitiques — une réalité s’impose : nos sociétés doutent, et les populations s’inquiètent. Cette inquiétude n’est pas irrationnelle. Elle naît d’un sentiment profond : celui que les réponses tardent, que les décisions restent éloignées du terrain, et que les territoires — là où tout se joue concrètement — ne sont pas en capacité d’agir à la hauteur des enjeux.
 
Ce qui les paralyse est connu. Un centralisme homogénéisant, extrêmement normatif, qui prétend répondre à des réalités multiples par des cadres uniques. Une organisation qui, au lieu de libérer l’action, l’encadre, la ralentit, parfois même l’empêche. Ce centralisme jacobin français s’est, en partie, reproduit mécaniquement sur notre région corse. Et il a contribué à éloigner les décisions de ce qui fait la réalité profonde de nos territoires.
Dans le même temps, nos sociétés se complexifient. Et cette complexité, lorsqu’elle devient excessive, finit par produire l’effet inverse de celui recherché : elle éloigne, elle désorganise, elle fragilise. Une société trop complexe devient une société qui se perd. Quant à la décentralisation telle qu’elle est aujourd’hui conduite, elle ne donne pas réellement de pouvoir d’agir. Elle rapproche surtout la norme. Elle encadre au plus près, elle organise, elle contrôle — mais elle libère peu.
 
Alors une question se pose : comment redonner aux territoires leur capacité d’initiative, leur intelligence propre, leur pouvoir d’action ?
 
Il nous faut réveiller, rassurer, accompagner les territoires corses. Les reconnecter à leur identité, à leur histoire, à ce qui fait leur singularité. Parce que cette identité n’est pas un héritage figé. Elle est aussi une direction. Elle est une force. Elle est une part de leur avenir. L’avenir ne se décrète pas depuis le haut. Il se construit sur le terrain. Et peut-être est-il temps, simplement, de retrouver ce cap : comme nous y invite Ivan Illich, libérer l’avenir ».