Journaliste reporter d’images pour France 3 Corse depuis plus de 10 ans, la jeune Ajaccienne avance au rythme de l’actualité, entre procès, drames humains et instants de lumière. Une trajectoire forgée sur le terrain, où l’image devient à la fois preuve, récit et engagement.
Il y a, dans certaines vocations, quelque chose qui ne s’explique pas vraiment, une forme d’évidence silencieuse qui s’impose bien avant les mots.
Jennifer Capai avait 8 ans lorsqu’elle s’arrêtait, presque rituellement, devant les anciens locaux ajacciens de France 3 Corse, en rentrant de l’école. Elle collait son visage contre la vitre, tentant d’apercevoir ce qui, pour elle, relevait encore du mystère : un plateau, une équipe en mouvement, des silhouettes affairées. « Je regardais les voitures partir et je disais à ma mère : je veux travailler à la TV. » Elle ne savait pas encore ce qu’elle ferait, ni comment elle y parviendrait, mais le désir, lui, était déjà parfaitement ancré.
Rien, dans son entourage, ne la destinait à ce milieu. Mais certaines déterminations n’ont pas besoin de modèle.
Regarder, comprendre, montrer
Le parcours n’a rien de linéaire. Une licence de lettres et arts du spectacle à Corte, puis un diplôme audiovisuel. Des étapes utiles, mais insuffisantes à ses yeux. « À la fac, je n’ai rien appris de concret », confie-t-elle. Alors elle choisit le terrain.
À 21 ans, elle décroche un contrat professionnel. Là, elle apprend vraiment : en observant, en testant, en faisant. « Je suis un peu autodidacte. J’ai surtout appris avec les professionnels. »
Depuis 2015, elle est titulaire à France 3 Corse. Une place construite sans raccourci. Elle tient à la précision des mots. « Cameraman » ne lui convient pas. « On est journaliste reporter d’images. On n’est pas là seulement pour cadrer. On est censés être autonomes et informer », détaille-t-elle.
Derrière la caméra, il ne s’agit pas seulement de produire de belles images, mais de leur donner du sens. Comprendre avant de capter. « Il faut que l’image soit parlante. Qu’elle apporte de l’information », explique la jeune femme.
Trouver l’angle juste, le bon moment, la bonne distance… c’est là que tout se joue.
Jennifer Capai avait 8 ans lorsqu’elle s’arrêtait, presque rituellement, devant les anciens locaux ajacciens de France 3 Corse, en rentrant de l’école. Elle collait son visage contre la vitre, tentant d’apercevoir ce qui, pour elle, relevait encore du mystère : un plateau, une équipe en mouvement, des silhouettes affairées. « Je regardais les voitures partir et je disais à ma mère : je veux travailler à la TV. » Elle ne savait pas encore ce qu’elle ferait, ni comment elle y parviendrait, mais le désir, lui, était déjà parfaitement ancré.
Rien, dans son entourage, ne la destinait à ce milieu. Mais certaines déterminations n’ont pas besoin de modèle.
Regarder, comprendre, montrer
Le parcours n’a rien de linéaire. Une licence de lettres et arts du spectacle à Corte, puis un diplôme audiovisuel. Des étapes utiles, mais insuffisantes à ses yeux. « À la fac, je n’ai rien appris de concret », confie-t-elle. Alors elle choisit le terrain.
À 21 ans, elle décroche un contrat professionnel. Là, elle apprend vraiment : en observant, en testant, en faisant. « Je suis un peu autodidacte. J’ai surtout appris avec les professionnels. »
Depuis 2015, elle est titulaire à France 3 Corse. Une place construite sans raccourci. Elle tient à la précision des mots. « Cameraman » ne lui convient pas. « On est journaliste reporter d’images. On n’est pas là seulement pour cadrer. On est censés être autonomes et informer », détaille-t-elle.
Derrière la caméra, il ne s’agit pas seulement de produire de belles images, mais de leur donner du sens. Comprendre avant de capter. « Il faut que l’image soit parlante. Qu’elle apporte de l’information », explique la jeune femme.
Trouver l’angle juste, le bon moment, la bonne distance… c’est là que tout se joue.
L’imprévisible comme quotidien
Dans ce métier, rien n’est écrit d’avance. « On ne se prépare jamais. Le matin, on ne sait même pas sur quoi on va partir », raconte la journaliste. Une conférence de rédaction, puis le départ. Un procès, une manifestation, un déplacement, un portrait... L’actualité impose son rythme. « C’est elle qui nous choisit. » Et il faut suivre, sans jamais relâcher l’exigence.
Depuis plus de treize ans, Jennifer Capai couvre la justice. Un terrain rude, où l’image se charge d’une intensité particulière. « On peut se retrouver face à des familles endeuillées, à de la colère, à de la tristesse », souffle-t-elle en dévoilant que le premier féminicide l'a profondément marqué. « J’avais 22 ans. Je me souviens de l’atmosphère, des photos, des détails de l’autopsie… et surtout de la famille, des amis. C’était très lourd. » Dans ces moments-là, l’image dépasse les mots : « parfois, elle se suffit à elle-même. »
D’un monde à l’autre
Mais elle refuse de s’y enfermer. Le sport devient un contrepoint, une respiration. « On met en valeur des profils positifs. Il y a aussi des gens bien, des gens talentueux. » Dans ces instants, elle filme autre chose : la joie, l’élan, la fierté. « C’est important, parce que l’actualité est souvent sombre. »
Ce qui frappe, dans son parcours, c’est cette capacité à passer d’un univers à un autre sans jamais perdre le fil. Un jour dans une salle d’assises, le lendemain à Londres sur les traces de Pascal Paoli, puis en Sicile pour un reportage sur les collectifs anti-mafia. « On vit tellement de choses… on est des caméléons. »
Elle évoque avec enthousiasme ce tournage à Londres, une semaine d’immersion dans l’histoire et la pensée politique, comme une parenthèse précieuse dans un quotidien souvent tendu. Et puis la Sicile, ses témoignages, ses menaces, ses résistances, une autre forme de tension, plus diffuse mais tout aussi marquante. Autant d’expériences qui déplacent son regard.
Dans ce métier, rien n’est écrit d’avance. « On ne se prépare jamais. Le matin, on ne sait même pas sur quoi on va partir », raconte la journaliste. Une conférence de rédaction, puis le départ. Un procès, une manifestation, un déplacement, un portrait... L’actualité impose son rythme. « C’est elle qui nous choisit. » Et il faut suivre, sans jamais relâcher l’exigence.
Depuis plus de treize ans, Jennifer Capai couvre la justice. Un terrain rude, où l’image se charge d’une intensité particulière. « On peut se retrouver face à des familles endeuillées, à de la colère, à de la tristesse », souffle-t-elle en dévoilant que le premier féminicide l'a profondément marqué. « J’avais 22 ans. Je me souviens de l’atmosphère, des photos, des détails de l’autopsie… et surtout de la famille, des amis. C’était très lourd. » Dans ces moments-là, l’image dépasse les mots : « parfois, elle se suffit à elle-même. »
D’un monde à l’autre
Mais elle refuse de s’y enfermer. Le sport devient un contrepoint, une respiration. « On met en valeur des profils positifs. Il y a aussi des gens bien, des gens talentueux. » Dans ces instants, elle filme autre chose : la joie, l’élan, la fierté. « C’est important, parce que l’actualité est souvent sombre. »
Ce qui frappe, dans son parcours, c’est cette capacité à passer d’un univers à un autre sans jamais perdre le fil. Un jour dans une salle d’assises, le lendemain à Londres sur les traces de Pascal Paoli, puis en Sicile pour un reportage sur les collectifs anti-mafia. « On vit tellement de choses… on est des caméléons. »
Elle évoque avec enthousiasme ce tournage à Londres, une semaine d’immersion dans l’histoire et la pensée politique, comme une parenthèse précieuse dans un quotidien souvent tendu. Et puis la Sicile, ses témoignages, ses menaces, ses résistances, une autre forme de tension, plus diffuse mais tout aussi marquante. Autant d’expériences qui déplacent son regard.
Le poids des regards
Sur le terrain, une femme avec une caméra de 14 kilos ne passe pas inaperçue. « On m’a déjà demandé si mon collègue allait arriver pour la porter. » Elle sourit. Ce sera elle. Les remarques sexistes, elle les a connues, surtout au début. « À la fac, on me disait : avec tes ongles rouges, tu ne feras jamais ce métier. » Aujourd’hui, ses ongles rouges sont restés. Comme une signature. Et surtout comme une preuve silencieuse.
Rester fidèle à l’élan
Face aux évolutions du métier, elle ne se perd pas dans les discours. Elle revient toujours à l’essentiel. « Il faut être passionné, curieux, ne pas compter ses heures. » Le reste suit, ou ne tient pas.
Car au fond, tout part de là : regarder, comprendre, transmettre. Faire en sorte que ce qu’elle capte devienne, pour les autres, une manière de voir le monde.
Alors elle continue. À partir sans savoir. À s’adapter. À tenir la caméra, coûte que coûte, au cœur du réel. Et parfois, sans vraiment y penser, elle repasse devant ces mêmes vitres devant lesquelles elle rêvait enfant. Sauf que cette fois, elle n’est plus dehors. Elle est à l’intérieur.
Sur le terrain, une femme avec une caméra de 14 kilos ne passe pas inaperçue. « On m’a déjà demandé si mon collègue allait arriver pour la porter. » Elle sourit. Ce sera elle. Les remarques sexistes, elle les a connues, surtout au début. « À la fac, on me disait : avec tes ongles rouges, tu ne feras jamais ce métier. » Aujourd’hui, ses ongles rouges sont restés. Comme une signature. Et surtout comme une preuve silencieuse.
Rester fidèle à l’élan
Face aux évolutions du métier, elle ne se perd pas dans les discours. Elle revient toujours à l’essentiel. « Il faut être passionné, curieux, ne pas compter ses heures. » Le reste suit, ou ne tient pas.
Car au fond, tout part de là : regarder, comprendre, transmettre. Faire en sorte que ce qu’elle capte devienne, pour les autres, une manière de voir le monde.
Alors elle continue. À partir sans savoir. À s’adapter. À tenir la caméra, coûte que coûte, au cœur du réel. Et parfois, sans vraiment y penser, elle repasse devant ces mêmes vitres devant lesquelles elle rêvait enfant. Sauf que cette fois, elle n’est plus dehors. Elle est à l’intérieur.




