Vendredi saint : A Corte, le Christ est mis en croix !

Rédigé le 03/04/2026
Mario Grazi

S’il est une tradition spécifique à Corte depuis le XVe siècle, c’est bien la mise en croix du Christ le Vendredi saint. Une fois de plus, les confrères de San Teofalu et les fidèles n’ont pas dérogé à cette tradition séculaire. Le gisant sera descendu de sa croix ce soir avant d’être porté en procession à travers les rues de la cité.

Vendredi saint : A Corte, le Christ est mis en croix !

Photos et vidéo Grazi Rittratti

Ce vendredi après-midi, les fidèles étaient nombreux à assister au Chemin de Croix en l’église de l’Annonciation. Le curé de la paroisse, Christophe Bocchecciampe a présidé cette cérémonie, entouré des confrères de San Teofalu. Mais à la 10e station, la statue articulée du Christ était portée en procession par les confrères cagoulés, vêtus de leur aube blanche couverte par une « mantelletta » noire, jusqu’à l’esplanade San Teofalu pour vivre la 11e station, c’est-à-dire la mise en croix, sous la responsabilité du premier prieur de la confrérie, Jean Aragni. Une mise en croix qui était accompagnée du « Perdonno mio Diu », chanté par les confrères, tandis que les fidèles récitaient le Notre Père et le Je vous salue Marie.
La statue articulée du Christ était déposée sur la croix avant d’être clouée, et de s’élever dans la chapelle San Teofalu tandis que les fidèles s’agenouillaient en priant et en se repentant.


Cette tradition est spécifique à Corte. Elle remonte au XVe siècle, période où fut fabriquée la statue articulée du Christ ensanglanté, coiffé de sa couronne d’épines et le flanc percé. Elle aurait été réalisée par un artiste italien à la demande de l’une des plus anciennes confréries de Corte, vraisemblablement « I Bianchi ». Ainsi, depuis le XVe siècle, le Vendredi saint à Corte débute par la mise en croix du Christ dans l’après-midi, suivi de la procession à la tombée du jour. « Il n’y a jamais eu de porte croix à Corte », explique Jean Aragni, « la procession du Vendredi saint a toujours consisté à porter le Christ mort sur son « catalettu » ceint de blé germé ».


C’est en 1946, lors des cérémonies consacrées à Notre-Dame-du-Grand-Retour, que l’ébéniste Félix Grazi fabriqua une immense croix destinée à trôner à l’entrée de la place Padoue. A l’issue, il n’était pas question de s’en séparer ou de la brûler. C’est l’abbé Casanova, enfant de Corte qui fut Evêque de la Corse, qui proposa aux confréries de la faire porter par un pénitent blanc le soir du Vendredi saint.


Cependant, la tradition de la mise en croix fut abandonnée à Corte durant plusieurs décennies. Ce n’est que depuis trois ans que la Cunfraterna di San Teofalu a repris le rituel après que la statue a été restaurée.
Ce vendredi soir, le Christ mort sera donc porté en procession après avoir été descendu de la croix et déposé sur le « catalettu ». La vierge Marie, vêtue de noire, se tiendra à ses côtés…