Moins de deux semaines après la victoire électorale de Jacky Bartoli sur le maire sortant Nicolas Cucchi, c’est le chaos à Sainte-Lucie de Porto-Vecchio. Deux médecins du village – l’un étant le député Paul-André Colombani – ont annoncé prendre leurs distances avec leur cabinet, se disant incapables d’exercer sereinement leur activité médicale dans le climat de tensions actuel. Un climat hérité de plusieurs années de haine, mêlant étroitement la communauté médicale et politique de Sainte-Lucie, et qui explose aujourd’hui au visage de ses habitants. Comment en est-on arrivé là ?
Mardi 12 août 2025, c’est jour de gala à Sainte-Lucie-de-Porto-Vecchio. Alors qu’en plein coeur de l’été, les institutions ont généralement tendance à somnoler, voilà qu’elles se réveillent brusquement pour recevoir un ministre, Yannick Neuder. La venue en Corse du ministre de la Santé de l’époque est justifiée par deux gros morceaux de l’actualité insulaire : le projet de reconstruction de l’hôpital de Bastia et la création d’un CHU, dossier âprement défendu par le député de la 2e circonscription de la Corse-du-Sud, Paul-André Colombani. Ce dernier, médecin généraliste de son état, entretient de bonnes relations avec Yannick Neuder, qu’il côtoie à l’Assemblée nationale. Et il le convainc de faire halte à Sainte-Lucie, son village. Ensemble, le 12 août, ils inaugurent la Casa di saluta Jean-Baptiste Michelangeli, dans laquelle le Dr Colombani a établi son cabinet. Cette structure médicale a vu le jour trois mois plus tôt sous l’impulsion de la majorité municipale alors en place, dont Paul-André Colombani fait partie, ayant été élu en 2020 sur la liste du maire Nicolas Cucchi.
Ce que le ministre Neuder ignore peut-être, c’est que ce projet de Casa di saluta a été vivement contesté par le pharmacien du village, un certain Jacky Bartoli. Jacky Bartoli a perdu l’élection de 2020 et figure, de fait, dans les rangs de l’opposition municipale. Jacky Bartoli n’est pas seulement pharmacien et opposant à Nicolas Cucchi, il réalise aussi des promotions immobilières dans la commune : c’est lui qui a fait construire l’espace Poggiarelli, où il a installé son officine en 2017. L’espace Poggiarelli, qui borde la T10 à Sainte-Lucie, c’est aussi une maison médicale qui ne dit pas son nom : plusieurs médecins généralistes et spécialistes y ont installé leur cabinet au cours de la dernière décennie, dont le docteur Colombani, qui a néanmoins décidé de quitter son cabinet dont il est propriétaire en raison de désaccords avec d’autres médecins de la structure. Jacky Bartoli estime qu’une seconde maison médicale ne se justifiait pas forcément à Sainte-Lucie, et il est soutenu dans cet avis par l’un des médecins historiques du village, Georges Fani. Aujourd’hui à la retraite, Georges Fani a été, de 1995 à 2000, le seul médecin généraliste de Sainte-Lucie-de-Porto-Vecchio, avant qu’il ne s’associe à… Paul-André Colombani.
Une plainte pour diffamation
Les temps ont changé : aujourd’hui, les docteurs Colombani et Fani se sont brouillés, et il y a désormais huit médecins généralistes à Sainte-Lucie. « On avait trois médecins qui voulaient partir à l’époque », soulignait, début février dans nos colonnes, Nicolas Cucchi, alors que nous lui consacrions un article dans lequel il défendait son mandat et présentait sa candidature à sa réélection. Le maire sortant estime que c’est la construction de la Casa di saluta qui a permis, à date, d’atteindre ce chiffre enviable de huit médecins généralistes installés en plaine (1). Leurs opposants n’ont pas du tout la même lecture des évènéments. Ils n’ont pas cru aux risques d’une prétendue désertification médicale, argument brandi par Nicolas Cucchi à l’époque où le projet a été lancé. Ils voient surtout dans cette Casa di saluta « un conflit d’intérêts évident », détaillant leurs accusations en 2023 sur la page Facebook de « Via Nova pà Zonza/Santa Lucia » (2). Des écrits qui seront visés par une plainte en diffamation déposée par Nicolas Cucchi et Paul-André Colombani. Cette plainte, la cour d’appel de Bastia n’y donnera pas suite, la jugeant « irrégulière ». Pour autant, l’action judiciaire n’est pas éteinte, puisque les plaignants se sont pourvus en cassation.
Ce que le ministre Neuder ignore peut-être, c’est que ce projet de Casa di saluta a été vivement contesté par le pharmacien du village, un certain Jacky Bartoli. Jacky Bartoli a perdu l’élection de 2020 et figure, de fait, dans les rangs de l’opposition municipale. Jacky Bartoli n’est pas seulement pharmacien et opposant à Nicolas Cucchi, il réalise aussi des promotions immobilières dans la commune : c’est lui qui a fait construire l’espace Poggiarelli, où il a installé son officine en 2017. L’espace Poggiarelli, qui borde la T10 à Sainte-Lucie, c’est aussi une maison médicale qui ne dit pas son nom : plusieurs médecins généralistes et spécialistes y ont installé leur cabinet au cours de la dernière décennie, dont le docteur Colombani, qui a néanmoins décidé de quitter son cabinet dont il est propriétaire en raison de désaccords avec d’autres médecins de la structure. Jacky Bartoli estime qu’une seconde maison médicale ne se justifiait pas forcément à Sainte-Lucie, et il est soutenu dans cet avis par l’un des médecins historiques du village, Georges Fani. Aujourd’hui à la retraite, Georges Fani a été, de 1995 à 2000, le seul médecin généraliste de Sainte-Lucie-de-Porto-Vecchio, avant qu’il ne s’associe à… Paul-André Colombani.
Une plainte pour diffamation
Les temps ont changé : aujourd’hui, les docteurs Colombani et Fani se sont brouillés, et il y a désormais huit médecins généralistes à Sainte-Lucie. « On avait trois médecins qui voulaient partir à l’époque », soulignait, début février dans nos colonnes, Nicolas Cucchi, alors que nous lui consacrions un article dans lequel il défendait son mandat et présentait sa candidature à sa réélection. Le maire sortant estime que c’est la construction de la Casa di saluta qui a permis, à date, d’atteindre ce chiffre enviable de huit médecins généralistes installés en plaine (1). Leurs opposants n’ont pas du tout la même lecture des évènéments. Ils n’ont pas cru aux risques d’une prétendue désertification médicale, argument brandi par Nicolas Cucchi à l’époque où le projet a été lancé. Ils voient surtout dans cette Casa di saluta « un conflit d’intérêts évident », détaillant leurs accusations en 2023 sur la page Facebook de « Via Nova pà Zonza/Santa Lucia » (2). Des écrits qui seront visés par une plainte en diffamation déposée par Nicolas Cucchi et Paul-André Colombani. Cette plainte, la cour d’appel de Bastia n’y donnera pas suite, la jugeant « irrégulière ». Pour autant, l’action judiciaire n’est pas éteinte, puisque les plaignants se sont pourvus en cassation.
C’est dans ce contexte délétère que s’avançait l’élection municipale du 15 mars, et la campagne fut tristement à l’avenant. Nicolas Cucchi et Paul-André Colombani se sont représentés sur la liste « Pà Difenda Zonza/Santa Lucia ». De leur côté, Jacky Bartoli et Georges Fani ont constitué « Di Cori » déterminés à laver l’affront de 2020 qui les avait vus s’incliner de treize voix. Ce second round électoral prenant des allures de bataille médicale, eu égard à la présence de quatre médecins sur la liste « Di Cori » face au Dr Colombani. Et dimanche 15 mars, au terme du dépouillement, Jacky Bartoli exultait : disposant de plus de 250 voix d’avance sur Nicolas Cucchi, c’est bien lui qui allait devenir le nouveau maire de Zonza Sainte-Lucie-de-Porto-Vecchio. Mais loin d’apaiser ses troupes, cette victoire dans les urnes allait au contraire charrier un torrent de moqueries sur les réseaux sociaux, attisant les tensions, d’aucuns incitant même à l’humiliation du maire battu.
"Ingérences inacceptables"
Et ce dimanche à Zonza, était programmé le conseil municipal d’installation. Les cinq élus d’opposition de « Pà Difenda » ne s’y sont pas rendus, choisissant de pratiquer la politique de la chaise vide, et ce pour une durée indéterminée. Sans surprise, c’est Jacky Bartoli qui a été élu maire. Le lendemain soir, coup dur pour Sainte-Lucie : le docteur Colombani annonce sur ses réseaux sociaux « déplacer une partie de (s)on activité médicale à Porto-Vecchio ». Selon lui, le climat de tensions qui règne dans le village rend difficilement tenable l’exercice de sa profession : « J’ai été confronté à des faits graves : pressions répétées, intrusions et tentative de mise à feu de mon cabinet médical. » En outre, « depuis plusieurs jours, certaines personnes nouvellement élues se permettent des ingérences inacceptables dans le fonctionnement même de notre cabinet médical, accuse-t-il. Encore ce matin (lundi, NDLR), une nouvelle étape a été franchie. En mon absence, une visite manifestement destinée à m’intimider a été organisée au cabinet, à l’initiative du pharmacien et nouveau maire de la commune. »
Mis en cause directement, Jacky Bartoli réfute, au nom de la nouvelle municipalité, ces allégations qui le visent, tout en confirmant qu’un huissier s’est bien rendu au cabinet médical du Dr Colombani : « Lors de la visite d’un huissier constatant l’absence de dossiers, d’accès aux ordinateurs, de clés et de badges en mairie, il lui a été rapporté que du matériel manquait également au sein du cabinet médical (y compris dans les parties communes) installé dans des locaux communaux, situé en face de la mairie. L’huissier a ensuite constaté le déménagement du cabinet et de la salle d’attente », argue le communiqué du nouveau maire, avant d’affirmer que le docteur Colombani a engagé le déménagement de son cabinet « le dimanche précédent, avant la visite de la nouvelle équipe municipale ».
"Ingérences inacceptables"
Et ce dimanche à Zonza, était programmé le conseil municipal d’installation. Les cinq élus d’opposition de « Pà Difenda » ne s’y sont pas rendus, choisissant de pratiquer la politique de la chaise vide, et ce pour une durée indéterminée. Sans surprise, c’est Jacky Bartoli qui a été élu maire. Le lendemain soir, coup dur pour Sainte-Lucie : le docteur Colombani annonce sur ses réseaux sociaux « déplacer une partie de (s)on activité médicale à Porto-Vecchio ». Selon lui, le climat de tensions qui règne dans le village rend difficilement tenable l’exercice de sa profession : « J’ai été confronté à des faits graves : pressions répétées, intrusions et tentative de mise à feu de mon cabinet médical. » En outre, « depuis plusieurs jours, certaines personnes nouvellement élues se permettent des ingérences inacceptables dans le fonctionnement même de notre cabinet médical, accuse-t-il. Encore ce matin (lundi, NDLR), une nouvelle étape a été franchie. En mon absence, une visite manifestement destinée à m’intimider a été organisée au cabinet, à l’initiative du pharmacien et nouveau maire de la commune. »
Mis en cause directement, Jacky Bartoli réfute, au nom de la nouvelle municipalité, ces allégations qui le visent, tout en confirmant qu’un huissier s’est bien rendu au cabinet médical du Dr Colombani : « Lors de la visite d’un huissier constatant l’absence de dossiers, d’accès aux ordinateurs, de clés et de badges en mairie, il lui a été rapporté que du matériel manquait également au sein du cabinet médical (y compris dans les parties communes) installé dans des locaux communaux, situé en face de la mairie. L’huissier a ensuite constaté le déménagement du cabinet et de la salle d’attente », argue le communiqué du nouveau maire, avant d’affirmer que le docteur Colombani a engagé le déménagement de son cabinet « le dimanche précédent, avant la visite de la nouvelle équipe municipale ».
Dans sa communication sur les réseaux sociaux, Paul-André Colombani ne dit pas où il envisage de s’installer à Porto-Vecchio, ni de quelle manière il compte assurer le suivi de sa patientèle à Sainte-Lucie : « La médecine permettant d’exercer sur plusieurs sites, je continuerai donc à être présent à Sainte-Lucie-de-Porto-Vecchio », rassure-t-il néanmoins. Auprès de Corse Net Infos, il confirme ne pas couper les ponts avec son cabinet de Sainte-Lucie : « Mes patients, je ne vais pas les lâcher. Mais je réorganise mon activité entre Porto-Vecchio et Sainte-Lucie car j’ai envie de travailler sereinement. Et si c’est le cas à Sainte-Lucie dans les mois qui viennent, eh bien j’y poursuivrais mon activité. » Et à Porto-Vecchio, où s’établira-t-il ? « En tant que médecin, je n’ai pas le droit de faire de la publicité, mais j’en informe mes patients petit à petit », répond-il.
Le départ, définitif celui-ci, du Dr Piazza
La compagnie de gendarmerie de Porto-Vecchio n’a pas été saisie d’une plainte déposée par Paul-André Colombani, pour les intimidations présumées dont il s’est dit victime, lundi. Ce que l’intéressé confirme : « C’est de l’ingérence, mais il n’y en a pas eu assez lundi pour porter plainte », relativise Paul-André Colombani, qui avait franchi le pas du dépôt de plainte en août 2024, suite à une intrusion constatée dans son cabinet médical. Le médecin avait également dénoncé une tentative de mise à feu de son cabinet, déclenchant l’ouverture d’une enquête à la gendarmerie, qui suit toujours son cours. De son côté, publiquement ciblé par le docteur Colombani suite aux événements de ce lundi, Jacky Bartoli n’ira pas plus loin sur le terrain judiciaire, mais le maire prévient qu’il se « réserve le droit » de déposer une plainte « « si des paroles mensongères continuent à être proférées ».
Mercredi soir, c’était au tour du docteur Matthieu Piazza d’annoncer sur les réseaux sociaux son départ de la Casa di saluta Jean-Baptiste Michelangeli, « à compter du 15 avril ». Ce collègue et soutien du docteur Colombani ne pointe aucune responsabilité, mais justifie sa décision ainsi : « Le climat qui s’est installé ces dernières années ne me permet plus aujourd’hui d’exercer mon métier sereinement, dans un village que je ne reconnais plus totalement. Ce constat, je le fais sans amertume et sans vouloir jeter d'anathème — chacun comprendra ce que ces mots recouvrent. C’est une décision difficile, mûrement réfléchie, mais nécessaire. J’ai fait le choix de poursuivre mon activité à Solenzara, où les besoins médicaux sont importants et où je pourrai continuer à exercer dans des conditions qui me correspondent davantage. » Le docteur Piazza ne lie pas son destin à celui du docteur Colombani, quand bien même la temporalité très proche de leurs décisions respectives interpelle. Joint par téléphone, Matthieu Piazza précise que sa décision est « définitive » et qu’elle résulte « d’un choix plurifactoriel, notamment dû au contexte dans le village ». La victoire de Jacky Bartoli, le 15 mars, a-t-elle influé sur sa décision ? « Ca a pu accélérer les choses, oui. Mais c’était déjà dans les tuyaux, de toute façon. »
(1) Sainte-Lucie de Porto-Vecchio est située en plaine, dans le bassin de vie porto-vecchiais, mais fait administrativement partie de la commune de Zonza, dans l’Alta Rocca.
(2) Du nom de la liste conduite en 2020 par Georges Fani aux municipales.
Le départ, définitif celui-ci, du Dr Piazza
La compagnie de gendarmerie de Porto-Vecchio n’a pas été saisie d’une plainte déposée par Paul-André Colombani, pour les intimidations présumées dont il s’est dit victime, lundi. Ce que l’intéressé confirme : « C’est de l’ingérence, mais il n’y en a pas eu assez lundi pour porter plainte », relativise Paul-André Colombani, qui avait franchi le pas du dépôt de plainte en août 2024, suite à une intrusion constatée dans son cabinet médical. Le médecin avait également dénoncé une tentative de mise à feu de son cabinet, déclenchant l’ouverture d’une enquête à la gendarmerie, qui suit toujours son cours. De son côté, publiquement ciblé par le docteur Colombani suite aux événements de ce lundi, Jacky Bartoli n’ira pas plus loin sur le terrain judiciaire, mais le maire prévient qu’il se « réserve le droit » de déposer une plainte « « si des paroles mensongères continuent à être proférées ».
Mercredi soir, c’était au tour du docteur Matthieu Piazza d’annoncer sur les réseaux sociaux son départ de la Casa di saluta Jean-Baptiste Michelangeli, « à compter du 15 avril ». Ce collègue et soutien du docteur Colombani ne pointe aucune responsabilité, mais justifie sa décision ainsi : « Le climat qui s’est installé ces dernières années ne me permet plus aujourd’hui d’exercer mon métier sereinement, dans un village que je ne reconnais plus totalement. Ce constat, je le fais sans amertume et sans vouloir jeter d'anathème — chacun comprendra ce que ces mots recouvrent. C’est une décision difficile, mûrement réfléchie, mais nécessaire. J’ai fait le choix de poursuivre mon activité à Solenzara, où les besoins médicaux sont importants et où je pourrai continuer à exercer dans des conditions qui me correspondent davantage. » Le docteur Piazza ne lie pas son destin à celui du docteur Colombani, quand bien même la temporalité très proche de leurs décisions respectives interpelle. Joint par téléphone, Matthieu Piazza précise que sa décision est « définitive » et qu’elle résulte « d’un choix plurifactoriel, notamment dû au contexte dans le village ». La victoire de Jacky Bartoli, le 15 mars, a-t-elle influé sur sa décision ? « Ca a pu accélérer les choses, oui. Mais c’était déjà dans les tuyaux, de toute façon. »
(1) Sainte-Lucie de Porto-Vecchio est située en plaine, dans le bassin de vie porto-vecchiais, mais fait administrativement partie de la commune de Zonza, dans l’Alta Rocca.
(2) Du nom de la liste conduite en 2020 par Georges Fani aux municipales.




