Face à la hausse des prix du carburant, les distributeurs corses bloquent depuis ce jeudi matin les dépôts pétroliers de Lucciana et d’Ajaccio pour dénoncer une concurrence jugée inéquitable avec les stations Total, seules à pouvoir plafonner leurs tarifs. Une mobilisation élargie à d’autres professions, inquiètes pour leur survie.
Alors que l’essence et le gasoil dépassent la barre des deux euros le litre dans de nombreuses stations corses depuis quelques jours, les revendeurs insulaires se mobilisent contre la hausse des prix des carburants. Depuis ce jeudi matin, ils bloquent les deux dépôts pétroliers de Corse, à Lucciana et Ajaccio, pour dénoncer les différences de tarifs entre les stations Total et les autres chaînes. « Les prix du carburant dans les stations Total sont plafonnés. Vito et Eni ne peuvent pas le faire, donc on est beaucoup plus cher », déplore le propriétaire d’une station-service de la région bastiaise, présent devant le dépôt de Lucciana. Les professionnels réclament « une même tarification pour tout le monde ». « Actuellement, il y a trop d’écart, on est 30 centimes plus cher. Tant qu’on sera sur ces prix-là, les stations Total seront seules à pouvoir vendre du carburant. »
Du côté d’Ajaccio, au dépôt du Vazzio, les professionnels craignent une fermeture de certaines entreprises. « Le groupe Total permet d’avoir des prix plafonnés dans l’ensemble de la France », souligne Frédéric Sauli, distributeur de carburant à Porto-Vecchio. « On n’est pas contre ces prix plafonnés puisqu’ils bénéficient à l’ensemble de la population, par contre lors de la dernière crise en Ukraine, notre pétrolier a réussi à suivre, là il nous a suivi pendant un mois mais aujourd’hui il n’y arrive plus et nos entreprises sont confrontées à la réalité du marché avec un tarif de 30 centimes au-dessus de nos concurrents. Le problème, c’est qu’il y aura demain 60 entreprises qui vont fermer et 350 salariés à la rue. Nos attentes sont simples, c’est qu’on retrouve une équité pour tout le monde, un tarif accessible à tous au même prix et peut-être avoir un statut comme les autres îles où l’État diminue les taxes pour que les Corses puissent bénéficier d’un même tarif pour tout le monde. »
En effet, ce jeudi matin, de nombreux automobilistes se pressaient dans les stations Total pour faire leur plein d’essence. Un pompiste d’une de ces stations se dit « surpris qu’on fasse le reproche à Total d'avoir décidé de faire un effort économique pour maîtriser ses prix dans un temps de crise ». « C’est vrai que les pompistes Vito et Eni sont dans une situation très compliquée parce que leur activité est ralentie, mais je pense surtout que les pétroliers devraient faire un effort comme l’a fait Total. »
D’autres professions également mobilisées
Au dépôt du Vazzio, les ambulanciers ont également rejoint le mouvement, indiquant « avoir de plus en plus de mal à s’en sortir ». « Le carburant est en train d’augmenter, et comme les prix de la Sécurité sociale restent fixes, on n’a pas de solution pour augmenter nos tarifs », souligne Mickaël Pomi, ambulancier ajaccien présent sur place. « Il faut absolument que l’État fasse quelque chose, non seulement pour les transporteurs, mais aussi pour l’ensemble de la population qui travaille. Aujourd’hui, on rejoint ce collectif et on espère qu’on va être écoutés, pour être considérés au moins comme les départements ultramarins afin d’avoir des prix bloqués et faire face à nos charges qui commencent à devenir insupportables. »
Autre profession présente à Ajaccio : les pêcheurs, avec u Sindicatu pà a difesa di i piscadori corsi. « On est là pour apporter notre soutien aux ambulanciers, aux pétroliers, aux agriculteurs et au peuple corse qui subit cette augmentation tragique », indique Joseph Sanna, secrétaire du syndicat. « Ça alourdit encore plus les problèmes qu’on rencontre. L’augmentation du prix du gasoil, c’est la cerise sur le gâteau, on arrive au summum. On a des pêcheurs qui vont rester à quai parce que ce n’est plus rentable d’aller à la pêche. On pourrait baisser les bras, mais on a choisi de se défendre face au manque d’écoute des autorités compétentes. On a fait un ultimatum à la préfecture via la DMLC [Direction de la mer et du littoral de Corse, ndlr] en disant qu’on n’accepte plus cette situation. »
Du côté de Lucciana, ce sont les taxis et les infirmiers qui se sont aussi rendus sur place aux côtés des distributeurs de carburant.




