A Sartène, une citadelle tombe dans l’escarcelle nationaliste, renversant la droite qui perd un de ses fiefs. A Bastia, Gilles Simeoni réussit un retour gagnant. A Aiacciu, l’union des nationalistes, hors PNC, réalise un score historique. Dans les deux villes, l’Extrême droite identitaire s’installe sur l’échiquier politique. Le PNC s’exclut du bloc patriotique et officialise son alliance anti-simeoniste avec la droite qui garde ses bastions. Les résultats des élections municipales bousculent à peine le paysage politique insulaire tout en confirmant les équilibres. Décryptage.
A quelques exceptions près, ces élections municipales, qui viennent de s’achever en Corse, n’ont pas réservé beaucoup de surprises, ni vraiment provoqué de séismes politiques comme ce fut le cas en 2014, mais elles confirment une nouvelle donne qui s’est dessinée aux législatives anticipées de 2024. Elles assoient de nouvelles stratégies et déplacent des équilibres que l’on croyait figés depuis une décennie, depuis la prise de Bastia par les nationalistes, leur arrivée aux responsabilités territoriales en 2015 et la série quasi-ininterrompue de victoires qui lui a succédée. Personne ne croyait véritablement à l’alternance, notamment dans les deux grandes villes, pourtant les majorités en place ont vacillé sur leurs socles. Les oppositions ont coalisé leurs forces, sans réussir à faire tomber les citadelles. Dans les autres grandes villes, tous les sortants ont été reconduits dès le premier tour. A part de manière éclatante à Sartène, tout a tremblé, rien n’a vraiment bougé. Mais cette image de quasi-stabilité sanctuarise des ruptures et des renversements d’alliances, révèle des fragilités et des effritements, et valide de nouveaux venus. L’échiquier politique corse reste dominé par les Nationalistes qui assurent la pluralité de l’offre politique face à une droite qui est le dernier grand parti traditionnel en Corse, une gauche qui peine à se réinventer et une Extrême-droite qui tend à se normaliser. Ces élections 2026 n’étaient qu’un scrutin local, elles ont pris une dimension régionale et ne furent au final que le premier galop d’essai de la longue séquence électorale qui s’ouvre avec les Sénatoriales prévues d’ici septembre, les présidentielles et les législatives l’an prochain, et les Territoriales l’année suivante.
Des Nationalistes renforcés
Ces élections municipales ont renforcé en profondeur la domination nationaliste sur la politique insulaire. Les Nationalistes, hors PNC, ont raflé de nombreuses communes du rural et sont entrés dans beaucoup de conseils municipaux. La majorité territoriale a maintenu ses positions dans de grosses communes : la citadelle bastiaise, comme Cuttoli ou encore Biguglia ont résisté. Le parti indépendantiste Core in Fronte, qui a su faire preuve de maturité politique en s’alliant avec Femu a Corsica et avec des personnalités de Nazione, sort grandi de cette élection, notamment avec son entrée au Conseil municipal de Bastia et la prise historique de Sartène. C’est la première fois qu’un indépendantiste, allié aux autonomistes de Femu et à la gauche, prend les rênes d’une grosse commune. De nombreux militants de Nazione ont également joué le jeu. Si le parti indépendantiste s’est officiellement tenu à l’écart de ces élections, la jeunesse, faisant preuve d’un pragmatisme politique, a participé aux unions qui se sont nouées, notamment à Aiacciu où certains ont rejoint Jean-Paul Carrolaggi qui a su fédérer largement le mouvement national. La conseillère territoriale, Josepha Giacometta, a soutenu à fond la démarche en étant présente à tous les meetings de l’union ajaccienne et même dans la permanence. Ce qui pourrait appeler dans les mois qui viennent à certains rapprochements. Les Nationalistes unis ont réalisé un score historique. Idem à Corte où l’union avec des militants de Femu a Corsica et de Core in Fronte s’est faite autour de Petr’Anto Tomasi qui a réalisé une très belle élection et rentre avec quatre élus au Conseil municipal. Cette élection prouve, encore une fois, que la dynamique d’union des Nationalistes reste gagnante. Il y a une acceptation très largement majoritaire par les Corses de l’ensemble des idées qu’ils portent. Il suffit de regarder le nom des listes dans l’ensemble des communes de Corse. C’est la première fois que la quasi-totalité, y compris des listes férocement anti-nationalistes, a un nom corse. C’est un détail qui en dit long sur l’imprégnation nationaliste dans la société et dans la vie politique.
Un coup de semonce
La victoire de Gilles Simeoni à Bastia, avec l’appui de Core in Fronte, aussi serrée soit-elle, raffermit le socle de la majorité territoriale, mais aussi la dynamique nationaliste que la désunion interne avait fragilisée. Néanmoins son score serré dit beaucoup sur l’usure de dix ans de pouvoir et d’une majorité toute puissante qui s’est endormie sur ses lauriers. Si Gilles Simeoni garde intact un capital de sympathie, ses tergiversations sur sa possible candidature à Bastia et ses motivations régionales n’ont pas été comprises par les électeurs qui ont d’autres préoccupations plus quotidiennes et plus prosaïques. Si le maire Pierre Savelli n’a pas démérité et affiche même un très bon bilan, ses équipes, comme celles de Femu, ont négligé le terrain. « Elles n’ont pas fait le job », confie un militant. Le coup de semonce des législatives de 2024 n’a visiblement pas été compris, celui de dimanche soir semble avoir fait son effet. Lundi matin, la première visite du nouveau maire a été dans les Quartiers Sud. Son retour à Bastia devrait lui permettre de renouer avec la réalité du terrain. Reste à régler la question de sa succession à la présidence du Conseil exécutif au sein duquel il gardera certaines missions, dont celles concernant la révision constitutionnelle en vue de l’obtention d’un statut d’autonomie qui devrait, si tout se passe comme prévu, être présentée devant le Parlement en avril ou en mai. L’aboutissement de ce processus, qui est de l’aveu même du leader nationaliste « le combat de sa vie », reste néanmoins, eu égard à la situation politique française et internationale, sujet à caution.
Une rupture définitive
Si la victoire à Bastia sacre l’union électorale Femu a Corsica – Core in Fronte, elle entérine la rupture définitive avec le PNC qui, à Bastia, comme à Aiacciu ou à Sartène, s’exclut de fait et de lui-même du bloc historique nationaliste. Le PNC est d’ailleurs le seul parti nationaliste qui sort affaibli de ces élections. Malgré une éclatante victoire dès le 1er tour qui conforte son ancrage à Porto-Vecchio, la stratégie résolument anti-simeoniste de Jean-Christophe Angelini, qui l’a poussé à soutenir toutes les oppositions, a accumulé les échecs, notamment à Bastia, Biguglia, Sartène, où il a apporté un soutien personnel ou à travers ses militants aux listes d’opposition. La rupture est définitive avec Femu a Corsica, mais aussi Core in Fronte. Le maire de Porto-Vecchio a largement fait campagne contre Jean-Baptiste Arena lors des élections agricoles. Il a favorisé la victoire du maire d’Aiacciu en refusant de soutenir l’union nationaliste portée par Jean-Paul Carrolaggi et a perdu, dans l’histoire, certains militants ajacciens emblématiques. La conseillère territoriale, présente sur la liste d’union, Julia Tiberi, a quitté le groupe Avanzemu à l’Assemblée de Corse pour siéger parmi les non-inscrits. D’autres défections parmi des militants historiques ont suivi, la rancœur contre Gilles Simeoni ne justifiant pas, selon eux, n’importe quelle alliance, surtout avec les anciens ennemis longtemps combattus et devenus alliés de circonstance. Quoiqu’il en soit, dans son fief porto-vecchiais, le PNC fait sa mue et élargit sa base électorale. Il rejoint définitivement le camp de la droite, notamment en vue des Territoriales. L’avenir dira si cette stratégie, qu’il assume totalement, paiera ou pas.
Une droite fragilisée
Si la droite garde ses principaux bastions, notamment Ajaccio, Calvi et Corte, elle sort quand même affaiblie de ses élections. L’énorme score nationaliste à Aiacciu, Calvi et même San Fiurenzu, le score prometteur de Corte, son incapacité à prendre pied à Bastia ou à gagner Cuttoli malgré l’énorme machine de la CAPA, ou encore Sartène, sont autant de signaux d’alerte. La droite recule aussi dans de nombreuses municipalités du rural. Sa stratégie de transversales pour faire barrage aux Nationalistes ne fait pas recette. Elle pâtit aussi, malgré l’alliance du PNC, de divisions internes, que ce soit au Nord ou au Sud, et pourrait se retrouver, dès les prochaines sénatoriales, confrontée à ses vieux démons de guerre des chefs. La droite doit subir aussi les coups de boutoir de l’Extrême-droite qui s’invite dans les scrutins locaux et réussit à progresser en voix et à entrer dans trois conseils municipaux : Bastia, Aiacciu et Porto-Vecchio. Ce vote, perçu comme un vote sanction des politiques en place, deviendra-t-il un vote d’adhésion ? Saura-t-il bâtir un socle solide, s’inscrire dans la durée, hors des enjeux nationaux ? C’est toute la question.
N.M.
Des Nationalistes renforcés
Ces élections municipales ont renforcé en profondeur la domination nationaliste sur la politique insulaire. Les Nationalistes, hors PNC, ont raflé de nombreuses communes du rural et sont entrés dans beaucoup de conseils municipaux. La majorité territoriale a maintenu ses positions dans de grosses communes : la citadelle bastiaise, comme Cuttoli ou encore Biguglia ont résisté. Le parti indépendantiste Core in Fronte, qui a su faire preuve de maturité politique en s’alliant avec Femu a Corsica et avec des personnalités de Nazione, sort grandi de cette élection, notamment avec son entrée au Conseil municipal de Bastia et la prise historique de Sartène. C’est la première fois qu’un indépendantiste, allié aux autonomistes de Femu et à la gauche, prend les rênes d’une grosse commune. De nombreux militants de Nazione ont également joué le jeu. Si le parti indépendantiste s’est officiellement tenu à l’écart de ces élections, la jeunesse, faisant preuve d’un pragmatisme politique, a participé aux unions qui se sont nouées, notamment à Aiacciu où certains ont rejoint Jean-Paul Carrolaggi qui a su fédérer largement le mouvement national. La conseillère territoriale, Josepha Giacometta, a soutenu à fond la démarche en étant présente à tous les meetings de l’union ajaccienne et même dans la permanence. Ce qui pourrait appeler dans les mois qui viennent à certains rapprochements. Les Nationalistes unis ont réalisé un score historique. Idem à Corte où l’union avec des militants de Femu a Corsica et de Core in Fronte s’est faite autour de Petr’Anto Tomasi qui a réalisé une très belle élection et rentre avec quatre élus au Conseil municipal. Cette élection prouve, encore une fois, que la dynamique d’union des Nationalistes reste gagnante. Il y a une acceptation très largement majoritaire par les Corses de l’ensemble des idées qu’ils portent. Il suffit de regarder le nom des listes dans l’ensemble des communes de Corse. C’est la première fois que la quasi-totalité, y compris des listes férocement anti-nationalistes, a un nom corse. C’est un détail qui en dit long sur l’imprégnation nationaliste dans la société et dans la vie politique.
Un coup de semonce
La victoire de Gilles Simeoni à Bastia, avec l’appui de Core in Fronte, aussi serrée soit-elle, raffermit le socle de la majorité territoriale, mais aussi la dynamique nationaliste que la désunion interne avait fragilisée. Néanmoins son score serré dit beaucoup sur l’usure de dix ans de pouvoir et d’une majorité toute puissante qui s’est endormie sur ses lauriers. Si Gilles Simeoni garde intact un capital de sympathie, ses tergiversations sur sa possible candidature à Bastia et ses motivations régionales n’ont pas été comprises par les électeurs qui ont d’autres préoccupations plus quotidiennes et plus prosaïques. Si le maire Pierre Savelli n’a pas démérité et affiche même un très bon bilan, ses équipes, comme celles de Femu, ont négligé le terrain. « Elles n’ont pas fait le job », confie un militant. Le coup de semonce des législatives de 2024 n’a visiblement pas été compris, celui de dimanche soir semble avoir fait son effet. Lundi matin, la première visite du nouveau maire a été dans les Quartiers Sud. Son retour à Bastia devrait lui permettre de renouer avec la réalité du terrain. Reste à régler la question de sa succession à la présidence du Conseil exécutif au sein duquel il gardera certaines missions, dont celles concernant la révision constitutionnelle en vue de l’obtention d’un statut d’autonomie qui devrait, si tout se passe comme prévu, être présentée devant le Parlement en avril ou en mai. L’aboutissement de ce processus, qui est de l’aveu même du leader nationaliste « le combat de sa vie », reste néanmoins, eu égard à la situation politique française et internationale, sujet à caution.
Une rupture définitive
Si la victoire à Bastia sacre l’union électorale Femu a Corsica – Core in Fronte, elle entérine la rupture définitive avec le PNC qui, à Bastia, comme à Aiacciu ou à Sartène, s’exclut de fait et de lui-même du bloc historique nationaliste. Le PNC est d’ailleurs le seul parti nationaliste qui sort affaibli de ces élections. Malgré une éclatante victoire dès le 1er tour qui conforte son ancrage à Porto-Vecchio, la stratégie résolument anti-simeoniste de Jean-Christophe Angelini, qui l’a poussé à soutenir toutes les oppositions, a accumulé les échecs, notamment à Bastia, Biguglia, Sartène, où il a apporté un soutien personnel ou à travers ses militants aux listes d’opposition. La rupture est définitive avec Femu a Corsica, mais aussi Core in Fronte. Le maire de Porto-Vecchio a largement fait campagne contre Jean-Baptiste Arena lors des élections agricoles. Il a favorisé la victoire du maire d’Aiacciu en refusant de soutenir l’union nationaliste portée par Jean-Paul Carrolaggi et a perdu, dans l’histoire, certains militants ajacciens emblématiques. La conseillère territoriale, présente sur la liste d’union, Julia Tiberi, a quitté le groupe Avanzemu à l’Assemblée de Corse pour siéger parmi les non-inscrits. D’autres défections parmi des militants historiques ont suivi, la rancœur contre Gilles Simeoni ne justifiant pas, selon eux, n’importe quelle alliance, surtout avec les anciens ennemis longtemps combattus et devenus alliés de circonstance. Quoiqu’il en soit, dans son fief porto-vecchiais, le PNC fait sa mue et élargit sa base électorale. Il rejoint définitivement le camp de la droite, notamment en vue des Territoriales. L’avenir dira si cette stratégie, qu’il assume totalement, paiera ou pas.
Une droite fragilisée
Si la droite garde ses principaux bastions, notamment Ajaccio, Calvi et Corte, elle sort quand même affaiblie de ses élections. L’énorme score nationaliste à Aiacciu, Calvi et même San Fiurenzu, le score prometteur de Corte, son incapacité à prendre pied à Bastia ou à gagner Cuttoli malgré l’énorme machine de la CAPA, ou encore Sartène, sont autant de signaux d’alerte. La droite recule aussi dans de nombreuses municipalités du rural. Sa stratégie de transversales pour faire barrage aux Nationalistes ne fait pas recette. Elle pâtit aussi, malgré l’alliance du PNC, de divisions internes, que ce soit au Nord ou au Sud, et pourrait se retrouver, dès les prochaines sénatoriales, confrontée à ses vieux démons de guerre des chefs. La droite doit subir aussi les coups de boutoir de l’Extrême-droite qui s’invite dans les scrutins locaux et réussit à progresser en voix et à entrer dans trois conseils municipaux : Bastia, Aiacciu et Porto-Vecchio. Ce vote, perçu comme un vote sanction des politiques en place, deviendra-t-il un vote d’adhésion ? Saura-t-il bâtir un socle solide, s’inscrire dans la durée, hors des enjeux nationaux ? C’est toute la question.
N.M.


