Des e-mails, des correspondances et des documents judiciaires. Les Epstein Files, rendus publics par la justice américaine, continuent de dévoiler les coulisses du téseau du financier Jeffrey Epstein. Au détour de ces archives apparaît aussi un nom inattendu : la Corse. Une présence discrète dans ce dossier tentaculaire sur lequel s'est penché Houssam Kajja, enseignant-chercheur en armée guerre et sécurité, professeur d'Histoire-Géographie, Education Morale et Civique, Lettres à l'Académie de Versailles passé par la Sorbonne.
Dans le document EFTA00899307, Jeffrey Epstein écrit :
“a european sense of style and taste is required for the architect. the islands are primitve capri, corsica , greece. not connecticut hamptons or bedford .”
EFTA00899307.pdf
Traduction :
« Un sens européen du style et du goût est nécessaire pour l’architecte. Les îles sont primitives : Capri, la Corse, la Grèce. Pas le Connecticut, les Hamptons ou Bedford. »
Ce passage est court, mais il est structuré. Il contient une logique de classement.
Il trace une frontière mentale entre deux mondes : d’un côté un imaginaire d’îles (“Capri, Corsica, Greece”) qualifiées de “primitive”, de l’autre des lieux de richesse américaine (“Connecticut, Hamptons, Bedford”) explicitement écartés.
À côté de ce triptyque, le texte insiste sur l’idée de référence culturelle et esthétique :
“a european sense of style and taste”b EFTA00899307.pdf
Traduction :
« un sens européen du style et du goût »
La Corse apparaît donc ici non comme un territoire vivant, mais comme un objet de goût, un décor à classer, un espace à cadrer. Ce n’est pas une description sociale. Il ne parle pas de culture corse, ni d’histoire, ni de réalités humaines.
Il oppose des catégories : le “primitif” d’un côté, le “style” et le “goût” de l’autre, avec une référence européenne censée légitimer.
C’est précisément pour cela que ce passage doit être traité avec sérieux : il ne prouve pas une implantation, il ne prouve pas une activité sur l’île. Il prouve un regard. Une manière de nommer et de hiérarchiser.
Nous estimons que le mot “Primitive” entre dans la même logique que sur ses victimes.
Il faut le dire sans détour : Jeffrey Epstein n’est pas un personnage “sulfureux”. C’est un pédocriminel. Et ce n’est pas un mot qu’on utilise pour “choquer”. C’est le mot exact pour désigner ce qu’il a fait : s’attaquer à l’enfance.
Parce qu’il a fait pire que le cynisme, pire que la corruption, pire que l’orgueil : il a franchi le seuil absolu.
Il s’est attaqué à des enfants.
À ce que le monde devrait protéger en premier. Et c’est pour moi la pire chose du monde : s’attaquer à un enfant. Pas à des adultes. Pas à des gens de son âge. À des enfants.
Ce point n’est pas une parenthèse morale : il éclaire la lecture du reste.
Quand il écrit que les îles sont “primitive” et qu’il faut “a european sense of style and taste” , il ne décrit pas seulement un paysage. Il exprime une logique. Une logique de prise et de mise en forme. E TA00899307.pdf
La dangerosité de ce type d’homme, c’est précisément ça : il choisit ce qui est jeune, ce qui est malléable, ce qui peut être façonné.
Il l’a fait avec des victimes mineures : non pas parce qu’elles étaient “belles” seulement, mais parce qu’elles étaient malléables, parce qu'elles pouvaient être pliées à sa main, à son imaginaire, à ses règles.
C’est là que le crime devient un système : non seulement abuser, mais modeler, imprimer, laisser une marque.
Et dans cette phrase sur la Corse, on retrouve la même pulsion : “primitive”, au sens où, dans son monde à lui, le primitif est ce qui doit être corrigé, amélioré, “élevé”, rationalisé, remis dans une forme “acceptable”. Il se place en surplomb. Il se place comme celui qui sait. Comme celui qui peut transformer. Comme celui qui peut décider du “bon sens”.
Il a cru que son pouvoir lui donnait un droit. Pas un droit légal, pas un droit moral : une espèce de droit d’argent. Comme si l’argent, dans ce capitalisme malade, donnait le pouvoir de franchir toutes les limites, y compris la limite ultime : l’enfance. C’est ça la monstruosité. Ce n’est pas seulement l’acte. C’est l’idée derrière l’acte : “je peux”.
C’est une posture de demi-dieu. L’argent lui a donné l’impression qu’il pouvait tout acheter : des relations, des réputations, des silences, des corps. Ce n’est pas un détail psychologique, c’est une mécanique sociale : quand quelqu’un pense que tout s’achète, il finit par croire que tout se façonne. Les lieux, les gens, les consciences.
Et c’est cela, au fond, qui rend ce personnage si dangereux : l’illusion d’omnipotence.
S’il avait eu un pouvoir politique direct ou une autorité spirituelle, la toxicité aurait été immense. Mais il avait autre chose : l’argent. Et avec l’argent, il a pu acheter l’accès, puis acheter les êtres.
On a mis des années à comprendre l’ampleur de ce qu’il était, et surtout la quantité de vies qu’il a détruites.
La phrase “primitive island” n’est pas un crime en soi. Mais elle laisse voir le même regard : un regard qui ne rencontre pas, qui ne respecte pas, qui ne dialogue pas. Un regard qui prend et qui classe.
“a european sense of style and taste is required for the architect. the islands are primitve capri, corsica , greece. not connecticut hamptons or bedford .”
EFTA00899307.pdf
Traduction :
« Un sens européen du style et du goût est nécessaire pour l’architecte. Les îles sont primitives : Capri, la Corse, la Grèce. Pas le Connecticut, les Hamptons ou Bedford. »
Ce passage est court, mais il est structuré. Il contient une logique de classement.
Il trace une frontière mentale entre deux mondes : d’un côté un imaginaire d’îles (“Capri, Corsica, Greece”) qualifiées de “primitive”, de l’autre des lieux de richesse américaine (“Connecticut, Hamptons, Bedford”) explicitement écartés.
À côté de ce triptyque, le texte insiste sur l’idée de référence culturelle et esthétique :
“a european sense of style and taste”b EFTA00899307.pdf
Traduction :
« un sens européen du style et du goût »
La Corse apparaît donc ici non comme un territoire vivant, mais comme un objet de goût, un décor à classer, un espace à cadrer. Ce n’est pas une description sociale. Il ne parle pas de culture corse, ni d’histoire, ni de réalités humaines.
Il oppose des catégories : le “primitif” d’un côté, le “style” et le “goût” de l’autre, avec une référence européenne censée légitimer.
C’est précisément pour cela que ce passage doit être traité avec sérieux : il ne prouve pas une implantation, il ne prouve pas une activité sur l’île. Il prouve un regard. Une manière de nommer et de hiérarchiser.
Nous estimons que le mot “Primitive” entre dans la même logique que sur ses victimes.
Il faut le dire sans détour : Jeffrey Epstein n’est pas un personnage “sulfureux”. C’est un pédocriminel. Et ce n’est pas un mot qu’on utilise pour “choquer”. C’est le mot exact pour désigner ce qu’il a fait : s’attaquer à l’enfance.
Parce qu’il a fait pire que le cynisme, pire que la corruption, pire que l’orgueil : il a franchi le seuil absolu.
Il s’est attaqué à des enfants.
À ce que le monde devrait protéger en premier. Et c’est pour moi la pire chose du monde : s’attaquer à un enfant. Pas à des adultes. Pas à des gens de son âge. À des enfants.
Ce point n’est pas une parenthèse morale : il éclaire la lecture du reste.
Quand il écrit que les îles sont “primitive” et qu’il faut “a european sense of style and taste” , il ne décrit pas seulement un paysage. Il exprime une logique. Une logique de prise et de mise en forme. E TA00899307.pdf
La dangerosité de ce type d’homme, c’est précisément ça : il choisit ce qui est jeune, ce qui est malléable, ce qui peut être façonné.
Il l’a fait avec des victimes mineures : non pas parce qu’elles étaient “belles” seulement, mais parce qu’elles étaient malléables, parce qu'elles pouvaient être pliées à sa main, à son imaginaire, à ses règles.
C’est là que le crime devient un système : non seulement abuser, mais modeler, imprimer, laisser une marque.
Et dans cette phrase sur la Corse, on retrouve la même pulsion : “primitive”, au sens où, dans son monde à lui, le primitif est ce qui doit être corrigé, amélioré, “élevé”, rationalisé, remis dans une forme “acceptable”. Il se place en surplomb. Il se place comme celui qui sait. Comme celui qui peut transformer. Comme celui qui peut décider du “bon sens”.
Il a cru que son pouvoir lui donnait un droit. Pas un droit légal, pas un droit moral : une espèce de droit d’argent. Comme si l’argent, dans ce capitalisme malade, donnait le pouvoir de franchir toutes les limites, y compris la limite ultime : l’enfance. C’est ça la monstruosité. Ce n’est pas seulement l’acte. C’est l’idée derrière l’acte : “je peux”.
C’est une posture de demi-dieu. L’argent lui a donné l’impression qu’il pouvait tout acheter : des relations, des réputations, des silences, des corps. Ce n’est pas un détail psychologique, c’est une mécanique sociale : quand quelqu’un pense que tout s’achète, il finit par croire que tout se façonne. Les lieux, les gens, les consciences.
Et c’est cela, au fond, qui rend ce personnage si dangereux : l’illusion d’omnipotence.
S’il avait eu un pouvoir politique direct ou une autorité spirituelle, la toxicité aurait été immense. Mais il avait autre chose : l’argent. Et avec l’argent, il a pu acheter l’accès, puis acheter les êtres.
On a mis des années à comprendre l’ampleur de ce qu’il était, et surtout la quantité de vies qu’il a détruites.
La phrase “primitive island” n’est pas un crime en soi. Mais elle laisse voir le même regard : un regard qui ne rencontre pas, qui ne respecte pas, qui ne dialogue pas. Un regard qui prend et qui classe.
Pour les victimes et contre le sensationnalisme
Ce dossier n’a pas vocation à fabriquer des coupables “locaux” à partir d’un mot-clé.
Il n’a pas vocation à salir une terre, ni à pointer un hôtel, un restaurant, un commerce, simplement parce qu’un homme infâme a pu y passer.
La plupart des gens, dans la vraie vie, ne savent pas. Et même quand ils savent “un peu”, ils ne savent jamais tout.
La présomption d’innocence existe, et elle doit rester debout.
Mais il y a un point qui doit rester plus haut que tout : les victimes.
Parce que l’époque adore les monstres.
Elle adore les noms.
Elle adore les listes.
Elle adore l’excitation de “qui était avec qui”.
Et pendant ce temps-là, les victimes vieillissent avec ça dans le corps.
Certaines se sont effondrées.
Certaines se sont suicidées.
Certaines ont été violées une fois par un homme, puis violées mille fois par le regard social, par la rumeur, par le silence, par l’incrédulité.
Le vrai travail, après les mails, après les dossiers, après la curiosité, c’est de se demander : qu’est-ce qu’on fait pour elles ?
Alors oui : à la fin de ce dossier, l’idée est simple. Reprendre froidement les affaires non résolues autour de la nébuleuse Epstein, et regarder, sans fantasme, sans délire, avec méthode si des lignes se croisent.
Et si elles se croisent, l’objectif n’est pas “le scoop”.
L’objectif, c’est l’accompagnement. La protection. Le soutien. Le droit. La réparation quand elle est possible, et la dignité quand elle ne l’est pas.
Parce qu’il a touché à ce qu’il y a de plus sacré : l’enfance.
Et une société qui ne remet pas les victimes au centre finit toujours par devenir complice, non pas par action, mais par oubli.
Il n’a pas vocation à salir une terre, ni à pointer un hôtel, un restaurant, un commerce, simplement parce qu’un homme infâme a pu y passer.
La plupart des gens, dans la vraie vie, ne savent pas. Et même quand ils savent “un peu”, ils ne savent jamais tout.
La présomption d’innocence existe, et elle doit rester debout.
Mais il y a un point qui doit rester plus haut que tout : les victimes.
Parce que l’époque adore les monstres.
Elle adore les noms.
Elle adore les listes.
Elle adore l’excitation de “qui était avec qui”.
Et pendant ce temps-là, les victimes vieillissent avec ça dans le corps.
Certaines se sont effondrées.
Certaines se sont suicidées.
Certaines ont été violées une fois par un homme, puis violées mille fois par le regard social, par la rumeur, par le silence, par l’incrédulité.
Le vrai travail, après les mails, après les dossiers, après la curiosité, c’est de se demander : qu’est-ce qu’on fait pour elles ?
Alors oui : à la fin de ce dossier, l’idée est simple. Reprendre froidement les affaires non résolues autour de la nébuleuse Epstein, et regarder, sans fantasme, sans délire, avec méthode si des lignes se croisent.
Et si elles se croisent, l’objectif n’est pas “le scoop”.
L’objectif, c’est l’accompagnement. La protection. Le soutien. Le droit. La réparation quand elle est possible, et la dignité quand elle ne l’est pas.
Parce qu’il a touché à ce qu’il y a de plus sacré : l’enfance.
Et une société qui ne remet pas les victimes au centre finit toujours par devenir complice, non pas par action, mais par oubli.


