Municipales. Que proposent les candidats à la mairie de Bastia face à l'urgence sociale ?

Rédigé le 12/03/2026
Manon Perelli

Interpellés par la Coordination inter-associative de lutte contre l’exclusion en Corse, tous les candidats à la mairie de Bastia - à l'exception de Jean-Michel Lamberti - ont détaillé leurs positions sur la précarité, le logement, l’accès aux droits ou encore l’alimentation.

« La précarité et la pauvreté sont des phénomènes structurels qui ne cessent de croître. Jamais le taux national de pauvreté n’a été aussi haut depuis 30 ans. La Corse n’est pas épargnée ». C’est par ce constat que la Coordination inter-associative de lutte contre l’exclusion en Corse (CLE) a interpellé les candidats aux élections municipales à Ajaccio et Bastia, dans une lettre ouverte envoyée début janvier. Alors que depuis plus de vingt ans, la CLE sollicite régulièrement les listes engagées dans les scrutins locaux afin d’obtenir des engagements clairs sur les politiques sociales, rappelant aux futurs élus municipaux l’importance de leur rôle dans la lutte contre la précarité, cette démarche prend une résonance particulière dans une île qui reste aujourd’hui la région la plus pauvre de France métropolitaine.
 
Dans ce document, la CLE demandait aux candidats de se positionner sur l’accueil des personnes sans domicile, l’accès au logement social, la lutte contre le non-recours aux droits, la situation des enfants pauvres, les violences faites aux femmes, l’alimentation ou encore les mobilités et la participation citoyenne. À trois jours du scrutin, la quasi-totalité des candidats à la mairie de Bastia, à l’exception de Jean-Michel Lamberti, ont répondu à la CLE qui a diffusé ces éléments sur son site Internet dans le but d’éclairer le choix des électeurs.
 
Nicolas Battini, candidat de Mossa Palatina, a été le premier à répondre à la sollicitation de la CLE mi-janvier. Il dit lui aussi constater « la progression de la précarité, la fragilisation des classes populaires et l’insuffisance des réponses publiques face à l’urgence sociale ». « Les constats et les préoccupations exprimés dans ce texte rencontrent pleinement mes convictions personnelles et l’orientation que nous souhaitons donner à notre engagement municipal », affirme-t-il. Pour lui, « l’amélioration concrète des conditions de vie des classes populaires » constitue « une priorité absolue ». Le candidat insiste notamment sur la question du logement, qu’il juge « centrale ». « Sans une politique volontariste en faveur du logement accessible et du logement social, aucune politique sociale sérieuse n’est possible », estime-t-il encore, considérant ce levier comme indispensable pour lutter durablement contre la précarité.
 
De son côté, Sacha Bastelica, tête de liste de Via Citadina, souligne que « la précarité est un enjeu fondamental de notre société » dans une région qui figure « sur le podium des régions les plus pauvres de la France hexagonale ». Il affirme que son mouvement a été construit autour de la volonté « que chacun puisse vivre Bastia dans la dignité ». Parmi les mesures qu’il entend mettre en place pour un renforcement de la transparence de la gestion municipale, il souhaite une publication systématique des marchés publics et la création d’un registre des rencontres entre élus et représentants d’intérêts. Sur le plan social, il se prononce pour un soutien renforcé aux associations de lutte contre la précarité, la création d’un accueil de jour pour les personnes sans abri et la mise en place d’une régie municipale alimentaire permettant d’acheter des produits locaux « à prix producteur » pour les redistribuer via des épiceries solidaires. Il propose également la gratuité des transports en commun pour les publics modestes, l’encadrement des loyers, un moratoire sur les nouveaux meublés de tourisme et l’obligation d’intégrer 30 % de logements sociaux dans les programmes immobiliers de plus de dix logements.
 
À la tête de la liste Bastia da Oghje a Dumane, Jean-Martin Mondoloni indique pour sa part que projet met l’accent sur le logement, à travers deux axes : le développement du logement social et l’accession à la propriété pour les classes moyennes. Il propose notamment la création d’un organisme foncier solidaire permettant à des ménages bastiais d’acquérir un logement à un prix « 25 à 30 % moins cher » en dissociant le foncier et le bâti. Le candidat évoque également la rénovation thermique des logements sociaux et le renforcement du rôle du CCAS dans l’accompagnement des publics vulnérables, notamment face au non-recours aux aides. Il plaide par ailleurs pour une coordination accrue entre les différents acteurs institutionnels afin d’améliorer l’efficacité des politiques sociales.
 
Pour Francis Riolacci, tête de liste de Bastia in cumunu, « l’urgence sociale » doit constituer « la priorité de l’action municipale ». Il propose la mise en place d’un « bouclier social » couvrant plusieurs domaines essentiels : logement, eau, transports, cantines et aide alimentaire. Le candidat défend notamment la construction de 1 500 logements sociaux, l’encadrement des loyers et la mobilisation des logements vacants du centre-ville. Il plaide également pour la gratuité des transports publics, l’ouverture de permanences décentralisées du CCAS pour faciliter l’accès aux droits, la gratuité des cantines scolaires selon les revenus et la création d’une délégation municipale aux droits de l’enfant. Parmi ses autres propositions figurent une tarification sociale de l’eau avec les quinze premiers mètres cubes gratuits, un soutien renforcé aux associations d’aide alimentaire et la création d’une maison des associations et de la solidarité dans les quartiers sud.
 
Gilles Simeoni, candidat de Bastia Inseme, développe pour sa part une approche « globale et transversale » des politiques sociales, en coordination avec la Communauté d’agglomération et la Collectivité de Corse. Il rappelle que la ville compte déjà plus de 5 000 logements sociaux, soit « 26 % du parc locatif », et met en avant le plan « BastiAlloghju », qui prévoit notamment la poursuite de la rénovation du parc social, le développement de logements intermédiaires et l’accès à la primo-accession pour les jeunes ménages. Sur la question du non-recours aux droits, il souligne l’engagement de la commune dans l’expérimentation « Territoire zéro non-recours aux droits », qui vise à « aller vers les personnes » afin de faciliter l’accès aux aides sociales. Sa liste défend par ailleurs une « gratuité sociale ciblée » pour les transports publics, déjà accordée à une partie importante des usagers du réseau. Il met également l’accent sur le soutien aux associations d’aide alimentaire, la prévention du décrochage scolaire et le renforcement des dispositifs d’accompagnement des femmes victimes de violences.
 
Enfin, Julien Morganti, pour Uniti, affirme partager « pleinement les valeurs portées par les associations membres de la CLE ». Son programme prévoit notamment la création de « Maisons de la vie locale » destinées à accueillir les habitants, orienter les personnes en difficulté et renforcer la participation citoyenne. Le candidat propose également la mise en place d’un « Réseau Bastia solidaire » pour coordonner l’action des associations et des services municipaux, ainsi qu’un « fonds d’urgence locale » pour soutenir les structures d’aide sociale. Sur le logement, il défend la production de logements sociaux dans les programmes immobiliers, la rénovation énergétique du parc existant et la création de foyers pour jeunes travailleurs. Il propose par ailleurs des mesures en faveur de l’enfance, comme un petit-déjeuner et un goûter offerts chaque jour dans les écoles primaires, le renforcement du soutien scolaire et la distribution de fournitures gratuites pour les familles modestes. En matière de mobilité, il évoque la mise en place de navettes gratuites et le retour de bus de nuit, tandis que l’alimentation et l’agriculture de proximité figurent également parmi les axes de son projet.