Imprévu, urgence, action : la nuit de Solena, lieutenante au commissariat d’Ajaccio

Rédigé le 08/03/2026
Jeanne Soury

À 31 ans, Solena H. mène la vacation de nuit du commissariat d’Ajaccio. Dans un métier où les femmes restent minoritaires, elle navigue entre imprévu, interventions et gestion d’équipes avec détermination.

 Imprévu, urgence, action : la nuit de Solena, lieutenante au commissariat d’Ajaccio

(Photo : Paule Santoni)

La nuit tombe sur Ajaccio, mais dans les couloirs du commissariat, l’activité ne faiblit pas. « Je vais chapeauter tous les effectifs qui travaillent sur la vacation de nuit », explique Solena H.
 
Lieutenante à la police nationale, elle coordonne une multitude d’unités : police secours, brigade anticriminalité, équipes de l’aéroport et le centre d’information et de commandement qui réceptionne les appels au 17. Chaque intervention, chaque appel, chaque déplacement passe par son organisation.
 
Entre bureau et terrain, ses fonctions oscillent sans cesse. « Il y a tout le suivi des effectifs, l’organisation, l’encadrement… mais je peux aussi être sur le terrain », précise-t-elle. Chaque décision, chaque planification a un impact direct sur le bon déroulement des missions.
 
 
Le goût de l’imprévu
 
Avant de rejoindre Ajaccio, Solena exerçait en région parisienne, en police secours. Là-bas, les journées sont rythmées par les appels d’urgence, les interventions parfois tendues et l’imprévisibilité constante du terrain. C’est précisément ce caractère incertain qui la passionne. « Vous vous levez le matin, vous ne savez pas sur quoi vous allez tomber. Et vous vous couchez le soir, ce n’est jamais ce que vous aviez imaginé », explique-t-elle.
 
La nuit représente désormais un nouveau défi : un autre tempo, d’autres situations. « Ce ne sont pas les mêmes missions. Il y a les fins de soirées, les établissements de nuit… et moins de circulation, donc parfois des interventions plus rapides. J’avais envie de changer un peu », raconte la lieutenante. 
 
Rien, pourtant, ne prédestinait vraiment Solena à cette carrière. Dans sa famille, personne ne porte l’uniforme. « Je suis la première, et la seule je pense », glisse-t-elle en souriant. Mais dès l’enfance, elle s’intéresse aux métiers liés aux forces de l’ordre. L’envie refait surface lors de ses études. Après un master de droit orienté vers le pénal, elle décide de franchir le pas et intègre la police nationale comme gardienne de la paix. « Ensuite, j’ai poursuivi en interne et j’ai passé le concours d’officier », explique-t-elle. 
 
Une progression qui la conduit aujourd’hui à prendre la tête d’une vacation de nuit, à seulement 31 ans.
 
 
« On est là pour les autres »
 
Si Solena a choisi ce métier, c’est avant tout pour son utilité. « On est là pour les autres. On a vocation à aider et à porter secours », dit-elle avec conviction.
 
Dans le quotidien policier, les interventions s’enchaînent, parfois tendues, parfois banales, mais souvent humaines. Au-delà de la dimension répressive du métier, certains moments restent gravés. La lieutenante se souvient notamment du sauvetage d’une adolescente en fugue, retrouvée au cœur d’un réseau de prostitution, proche de la séquestration.
 
Lorsque les policiers interviennent, la tension est palpable. Mais une fois mise en sécurité, la jeune victime laisse éclater son soulagement. « À la fin, elle nous a dit en pleurs : “merci… heureusement que vous étiez là, je ne savais plus comment m’en sortir.” » Pour Solena, ce genre d’instants donne tout son sens au métier. « C’est ce qui est gratifiant », confie-t-elle.
 
 
Une police qui se féminise
 
Longtemps bastion masculin, la police nationale se féminise progressivement, un phénomène que Solena observe avec satisfaction. « C’était plutôt un métier d’hommes au début, mais ça s’est beaucoup démocratisé. Aujourd’hui, les femmes représentent quasiment un tiers des recrutements », note-t-elle.
 
Sur le terrain, pourtant, l’uniforme efface les distinctions : seule compte la capacité à intervenir. « Quand vous êtes en intervention, votre binôme doit pouvoir compter sur vous », résume-t-elle.
 
Car la présence des femmes peut apporter une autre approche dans certaines situations. « Face à certaines victimes, notamment des femmes ou des enfants, la parole se libère plus facilement », explique-t-elle. Une complémentarité qui contribue à l’équilibre des équipes et à leur efficacité.
 
 
Trouver son équilibre
 
Prendre les commandes d’une vacation nocturne implique un rythme particulier. À Ajaccio, Solena travaille selon un cycle de trois jours de service, suivis de trois jours de repos. Un équilibre à construire entre nuits actives et temps de récupération. « Travailler de nuit, ce n’est pas anodin », reconnaît-elle. « Mais ça laisse aussi du temps libre à côté. Il faut juste savoir organiser son temps et s’adapter au rythme. »
 
Un rythme exigeant, mais qui ne freine en rien son enthousiasme. Pour celles et ceux qui envisagent de rejoindre la police, elle n’a qu’un mot : « Foncez. Faites des stages, renseignez-vous. Il y a aussi la réserve civile pour découvrir le métier. On a besoin de gens motivés. » Quant aux femmes, elle est catégorique : « Les portes sont ouvertes. Le chemin est tracé. Il ne faut pas hésiter. C’est un très beau métier où l’on peut vraiment s’épanouir. »
 
Solena marque une pause, le regard tourné vers l’avenir. Son ambition ? Continuer à exercer avec la même conviction et la même énergie. « Que ça continue comme ça… et que je garde la flamme », conclut-elle, un sourire dans la voix, fidèle à cette passion qui l’a conduite jusque-là.