Municipales. À Ajaccio, Pascal Zagnoli muscle le ton et veut « créer la surprise » en entrant au conseil municipal

Rédigé le 07/03/2026
Manon Perelli

À moins de 10 jours du premier tour des élections municipales, plus de 400 personnes ont assisté, ce vendredi soir, au meeting de Pascal Zagnoli dans l’auditorium du Palais des congrès d'Ajaccio. Entouré de plusieurs de ses colistiers et soutenu par des cadres du PNC, le benjamin de cette campagne municipale dans la cité impériale est revenu sur le sens de la démarche Stintu Aiaccinu, tout en décochant plusieurs critiques acerbes à l’encontre de l’autre liste nationaliste en cours pour la mairie.

Municipales. À Ajaccio, Pascal Zagnoli muscle le ton et veut « créer la surprise » en entrant au conseil municipal

(Photos : Paule Santoni)

Du haut de ses 26 ans, le benjamin de la campagne des municipales à Ajaccio a voulu voir les choses en grand. Pour son premier meeting, Pascal Zagnoli s’était lancé le défi de remplir l’auditorium du Palais des congrès. Pari tenu ce vendredi soir, avec plus de 400 personnes qui ont répondu à l’appel de la liste Stintu Aiaccinu. Parmi eux, plusieurs cadres du PNC avaient fait le déplacement pour soutenir leur secrétaire national à l’instar de Jean-Christophe Angelini et de Saveriu Luciani ou encore du député de la 2ndecirconscription de Corse-du-Sud, Paul-André Colombani, et des maires Pierre Poli et Paul Miniconi.
 
Face à une salle très enthousiaste, le leader de cette liste transpartisane qui entend porter un souffle nouveau pour Ajaccio et plusieurs de ses co-listiers ont entendu parler du sens de leur démarche. Nathalie Volpi, commerçante et élue consulaire, 2e de la liste, a ainsi évoqué la réalité économique qu’elle constate au quotidien, en invitant le public à se replonger dans les années 1990. « La rue Bonaparte était à l’époque la plus commerçante de la ville. Ça grouillait de monde, les commerces étaient ouverts tout le temps, on déambulait jusqu’à pas d’heure l’été. Et dans la rue Fesch, on n’avait pas des rideaux fermés une grande partie de l’année ». Puis est venu le « petit poison qu’on n’a pas vu venir » en 1993 : l’ouverture d’un premier centre commercial dans la cité impériale. « Il aurait fallu en même temps développer une politique de mobilité urbaine, mais il n’y a pas eu de vision. Et on n’en a pas plus 30 ans après. On a cloisonné les quartiers », fustige-t-elle. Alors qu’Internet, le Covid, et les nouveaux modes de consommation ont asséné le coup de grâce à de nombreuses enseignes, et que le développement exponentiel des meublés de tourisme pèse aujourd’hui lourdement sur l’avenir du centre-ville, la commerçante refuse de voir cela comme une fatalité. « Je ne veux pas transmettre à mes enfants une ville qui agonise », martèle-t-elle.

 

Une démarche basée sur programme « pragmatique, ambitieux et concret »
 
Pour éviter cet écueil, l’équipe de Pascal Zagnoli a longuement travaillé sur « un vrai projet pragmatique, ambitieux, concret ». Jusqu’à livrer un document de près d’une centaine de pages rassemblant tous les axes qu’elle entend développer pour remettre Ajaccio sur pied. « C’est cela qu’il faut faire quand on veut changer la vie de nos concitoyens », glisse Lisandru Bizzari, jeune professeur de 30 ans, en 9e position de la liste. « Je vous mets au défi de trouver chez nos concurrents un programme aussi construit et développé que le nôtre, vous n’y arriverez pas car ils n’ont pas de projet », reprend-t-il. « Un projet, ce n’est pas des vidéos faites avec l’IA ou des propositions qui tiennent sur une feuille A4. Quand on aime cette ville, on porte un projet pour changer la vie des gens. Voilà ce qu’est Stintu Aiaccinu. C’est une équipe qui sera devant vous en 2032. Ce n’est pas une coalition qui n’a aucun sens », siffle-t-il en visant l’union incarnée par l’autre liste nationaliste de cette campagne ajaccienne, Aiacciu Vivu. 

De son côté, tout en saluant les qualités de Pascal Zagnoli – « capable de mener de front un doctorat et une campagne, et de rassembler une équipe avec des gens de tous horizons, mais surtout des gens ancrés dans Ajaccio, qui ont les pieds sur terre, qui connaissent leur territoire et qui vont amener quelque chose de concret pour leur ville avec cette démarche » - le député Paul-André Colombani met pour sa part en garde contre la montée du Rassemblement national et de son « programme populiste » à Ajaccio. « C’est très difficile de combattre cela, il faut aller au contact de ces électeurs pour les faire changer d’avis, leur montrer que ce n’est pas ce qu’on attend pour la Corse », pose-t-il en alertant : « Il ne faut pas que la capitale de la Corse soit un jour dirigée par l’extrême droite ». 
 

« Nous avons fait le choix de la cohérence »
 
S’il confie que « faire acte de candidature n’a pas été simple », et que ses amis n’ont pas hésité à lui dire qu’il était « fou », Pascal Zagnoli affiche pour sa part sa détermination à assumer ses responsabilités pour Ajaccio et pour « la vision que nous en avons ». « Certains pensaient sans doute m’empêcher d’être candidat, pensaient avoir le monopole des élections. Sans doute auraient ils du se taire un peu plus cela m’aurait encore moins motivé pour y aller », tance-t-il en avertissant : « Si d’aucuns pensaient que l’élection serait jouée d’avance, il n’en est rien et on s’en rend compte au fil des semaines ».
 
Au cours de la campagne, le jeune candidat raconte ainsi avoir rencontré de nombreux Ajacciens qui approuvent sa démarche. « Ils nous remercient d’être là car nous ne sommes pas là pour faire de la figuration. Nous ne sommes pas la variable d’ajustement des uns ou des autres. Nous avons un projet crédible ». Dans la foulée, il n’hésite pas à décocher plusieurs piques à l’endroit de la liste Aiacciu Vivu, menée par Jean-Paul Carrolaggi et soutenue par Femu a Corsica et Core in Fronte. « À force de dire qu’ils étaient les seuls nationalistes, ils s’en sont persuadés eux-mêmes. La seule différence entre eux et nous c’est que nous, nous avons fait le choix de la cohérence. Moi, mes amis, ce sont toujours les mêmes. La différence entre eux et nous, c’est que moi je ne trahis pas au gré du vent. Et surtout la différence entre eux et nous, c’est que nous avons fait le choix de la cohérence en ne nous alliant pas avec ceux que nous combattons dans d’autres hémicycles et que nous critiquions encore il y a quelques semaines », assène-t-il. Le camp adversaire appréciera.

 


Préserver l’identité et l’équilibre
 
Pour sa part, le jeune leader de Stintu Aiaccinu dit pour sa part avoir « fait le choix de la cohérence et du rassemblement ». « Nous avons fait le choix de ne pas réfléchir en porteurs de voix. Nous avons fait primer les compétences, la jeunesse, l’envie et la motivation », explique-t-il, se disant notamment « fier d’avoir plus de 50 % de moins de 30 ans dans les dix premiers de la liste ». Pour le candidat, cet engagement répond avant tout à la situation actuelle de la ville. « Nous nous sommes rassemblés parce qu’il devient difficile de se stationner, de se loger, et où les difficultés économiques poussent de nombreux commerces à baisser le rideau. Alors que notre ville est un joyau », pointe-t-il, estimant qu’Ajaccio « a tout pour réussir, à condition d’avoir de l’ambition et des compétences ».
 
L’ambition affichée par Stintu Aiaccinu est ainsi de préserver l’identité et l’équilibre de la cité impériale. « La ville à laquelle nous aspirons ce n’est pas une métropole française de 100 000 habitants », affirme Pascal Zagnoli, pour qui la démarche de sa liste doit avant tout permettre de défendre les Ajacciens. Concrètement, Pascal Zagnoli indique à la volée vouloir recréer des résidences principales dans le centre-ville, miser sur l’éducation pour mieux préparer l’avenir ou encore agir sur les problèmes d’insécurité. « Oui je suis nationaliste, mais je n’ai pas peur de parler de sécurité. Pas peur de dire qu’il faut mettre une antenne de police municipale dans le quartier des Cannes pour en faire une police de tranquillité publique », assume-t-il. « Mais protéger les Ajacciens passe aussi par le volet social, avec de vraies politiques de solidarité à mettre en place à l’endroit de ceux qui souffrent. Et je n’ai pas peur de dire que les nôtres doivent être prioritaires quand il s’agit de trouver un emploi, de se loger ou d’avoir des aides. Prima i nostri ! ». 
 
 
« Nous rendrons coup pour coup »
 
Dans la foulée, il argue qu’il existe désormais deux nationalismes en Corse. « Celui enfermé dans le dogme qui est en situation d’échec depuis 10ans et qui a déçu tous les Corses. Et celui que nous essayons d’incarner modestement : un nationalisme d’avenir, pragmatique, pour qui le mot économie n’est pas une insulte. Un nationalisme qui veut construire un pays mais par la compétence et non pas par le clanisme et le clientélisme qui sont à l’heure sur le cours Grandval jusqu’à Bastia », lance-t-il en dézinguant la majorité territoriale.
 

En outre, il tire à boulets rouges sur le « pseudo-sondage » commandé par Jean-Paul Carrolaggi à l’IFOP, qui circule à Ajaccio depuis quelques heures et qui a « essayé d’agiter un peu la campagne ». « Je me félicite que les mêmes qui disaient que j’aurais du mal à atteindre 2 % me mettent désormais à 8 %. C’est une première victoire ! », ironise-t-il. 
 
Mais convaincu que son équipe peut « créer la surprise » et déjouer les pronostics, il affirme que sa liste se maintiendra seule pour le second tour et qu’elle n’entend « servir de variable d’ajustement à personne ». « Nous allons rentrer au conseil municipal. Nous allons siéger dans l’opposition et continuer de porter un espoir», insiste-t-il, avant de pointer du doigt l’attitude de ses concurrents : « Nous continuerons d’être sur le terrain. Nous ne serons pas des militants de salon, comme ceux qui pendant six ans n’ont jamais franchi la place Abbatucci ni pris le temps d’aller voir les habitants des quartiers des Cannes, des Salines ou de l’Empereur. Ils ne les ont jamais défendus. Et ce sont eux qui vont venir nous donner des leçons, rejoints pas les diviseurs de 2021 qui mettent la Corse un peu plus en faillite chaque jour ? Ils ne peuvent pas venir débattre de projet avec nous, car ils n’en ont pas. Alors ils mentent et ils parlent sur notre dos ».
 
 Alors que la campagne pour le premier tour entre dans sa dernière ligne droite, Pascal Zagnoli prévient qu’il rendra désormais « coup pour coup ». Et lance en parallèle un dernier appel à ses sympathisants : « Il reste une semaine pour aller voir tous les déçus de la politique et tous les déçus du nationalisme. Cù a vostra forza, cambiemu questa elezzione ! ».