Stella Pasqualaggi, première plongeuse de première classe chez les pompiers en Corse

Rédigé le 08/03/2026
Jeanne Soury

À 30 ans, Stella Pasqualaggi est sapeur-pompier professionnel à Porto-Vecchio et la première femme en Corse à devenir plongeuse de première classe. Après un parcours tourné vers le commerce international, elle a choisi de consacrer sa vie à un métier d’engagement, entre terre et mer.

Chaque matin, Stella Pasqualaggi enfile un uniforme que l’on associe encore trop souvent aux hommes et s’impose dans l’une des spécialités les plus exigeantes du métier : le secours nautique. Une trajectoire construite à contre-courant d’un parcours qui semblait pourtant la destiner à un tout autre avenir. Car avant de combattre les incendies et de plonger sous la mer pour porter secours, cette jeune femme, aujourd'hui sapeur-pompier professionnel à Porto-Vecchio, évoluait dans un univers bien différent : celui du commerce international.

Une carrière toute tracée… ailleurs

Après son baccalauréat en 2013, Stella Pasqualaggi quitte la Corse pour les États-Unis afin d’apprendre l’anglais. C’est la première étape d’un parcours résolument tourné vers l’international. Elle poursuit ensuite ses études à Paris, au sein de l’European Business School, une école de commerce qui l’amène à voyager et à travailler aux quatre coins du monde.
 
Thaïlande, Singapour, Shanghai, Hong Kong… Pendant plusieurs années, elle multiplie les expériences professionnelles dans des secteurs variés. Elle termine son master en apprentissage au sein du groupe L’Oréal, un passage qui semble confirmer une carrière promise au monde de l’entreprise. « Tout semblait aligné pour une carrière dans une grande entreprise, peut-être à l’international », raconte-t-elle aujourd’hui.
 
Pourtant, derrière cette trajectoire ambitieuse, une autre réalité s’installe discrètement. En parallèle de ses études, Stella s’engage comme sapeur-pompier volontaire en 2017, au centre de Petreto-Bicchisano. Un engagement presque naturel. « Dans ma famille, plusieurs générations se sont engagées comme sapeurs-pompiers. C’est en quelque sorte un héritage, une transmission. » Dès qu’elle le peut, elle enfile la tenue et assure des gardes pendant ses vacances ou ses périodes de retour en Corse. Une double vie entre bureaux internationaux et interventions de secours.
 

Le Covid, moment de bascule
 
Le véritable tournant arrive en 2020, au moment de la crise sanitaire. Comme beaucoup, Stella travaille alors à distance. Mais du côté des pompiers, la mobilisation est totale. Le Service départemental d’incendie et de secours (SDIS) lance un appel pour renforcer les équipes. « J’ai reçu un message sur mon téléphone pour savoir si je pouvais assurer des gardes. Ils avaient plus que jamais besoin de nous », se souvient la jeune femme. 
 
Avec l’accord de son employeur, elle obtient l’autorisation de rentrer en Corse afin de poursuivre son travail à distance tout en assurant ses gardes de volontaire. « Je fermais mon ordinateur pour partir en intervention pendant quelques heures, puis je revenais reprendre mon travail. »
 
Un rythme inhabituel, mais qui agit comme un révélateur. Dans un monde à l’arrêt, Stella s’interroge sur le sens de son parcours et sur la place qu’elle souhaite occuper. « Je me suis dit : si demain le monde s’arrête de tourner, on aura toujours besoin du pompier. » 
 
La réflexion devient alors plus profonde. Derrière les perspectives de carrière et les expériences internationales, elle ne retrouve pas totalement ce qui l’anime. « Je voyais beaucoup les paillettes dans ce monde, mais mes valeurs et ma personnalité me menaient davantage sur la trajectoire du pompier », affirme-t-elle. 
 
Peu à peu, l’idée fait son chemin : et si cette activité devenue essentielle dans sa vie cessait d’être un engagement parallèle pour devenir un véritable métier ?
 
 
Choisir un métier qui a du sens
 
La décision se construit progressivement. Stella Pasqualaggi décide finalement de passer le concours de caporal de sapeur-pompier professionnel. Elle le réussit et rejoint peu après les rangs du SDIS de Corse-du-Sud. Un choix qu’elle ne regrette pas. « La vie est courte et on passe énormément de temps au travail. Autant le passer dans un métier qui nous plaît », sourit-elle. 

Aujourd’hui, elle affirme avoir trouvé un équilibre qu’elle décrit comme un alignement entre sa vie professionnelle et ses valeurs. Car le métier exige bien plus que de la force physique. Interventions imprévisibles, situations humaines difficiles, pression permanente : le quotidien des pompiers demande une grande solidité mentale. « Avec mon petit gabarit, j’ai compris que la force ne se mesure pas seulement à l’apparence. Elle se travaille et elle est aussi mentale », indique-t-elle. 
 
Chaque journée apporte son lot d’imprévus : une assistance à personne, un accident de la route, un incendie, une intervention en mer. « Aucune journée ne se ressemble. Et nous avons entre nos mains la responsabilité de vies humaines, de biens, d’animaux et même de l’environnement », poursuit la jeune femme. 
 
 
La mer comme terrain d’engagement
 
Dernière étape de son parcours : le secours nautique. Une spécialité particulièrement exigeante qui demande endurance physique, maîtrise technique et sang-froid.
 
Stella Pasqualaggi est aujourd’hui la première femme en Corse à devenir plongeuse de première classe dans ce domaine. Le secours nautique comporte deux volets : les interventions en surface pour porter assistance aux personnes en difficulté en mer, et les opérations en milieu hyperbare, sous l’eau. Ces dernières peuvent consister à effectuer des recherches, des reconnaissances sous-marines ou encore retrouver une victime.
 

Un travail qui exige rigueur, entraînement et discipline. Mais pour Stella, la mer est un terrain familier. Elle y a grandi. « J’ai passé mon enfance à Capo di Feno, les pieds dans l’eau, dans le cabanon construit par mon grand-père. » Depuis toujours, l’océan fait partie de sa vie : ses voyages ont souvent été guidés par cette passion. Un lien avec la mer qu’elle décrit comme « instinctif, presque identitaire ». 
 
 
Faire sa place, simplement
 
Dans ce métier où la solidarité est essentielle, Stella insiste aussi sur l’importance du collectif. Elle se décrit volontiers comme quelqu’un de sociable, attaché à l’esprit d’équipe et à la cohésion.
 
Et à celles qui hésitent encore à s’engager dans ces métiers exigeants, elle adresse un message clair : la légitimité se construit par le travail. « Il existe encore des idées reçues, mais les qualités nécessaires n’ont rien à voir avec le genre », affirme-t-elle. « Il n’y a rien de mieux que de prouver qu’on a notre place avec de l’investissement, de la persévérance et de l’humilité. »
 
Chaque matin, lorsqu’elle rejoint la caserne, portée par les encouragements de ses collègues, la jeune femme garde en tête ce qui donne du sens à son engagement. « Notre métier commence souvent là où s’arrêtent les limites des autres. Si l’on fait appel à nous, c’est que quelqu’un a besoin de nous. »
 
Sur son île, entre terre et mer, entourée de son équipe, Stella Pasqualaggi a trouvé bien plus qu’une carrière : un métier qui lui ressemble.