​L’hôpital d’Ajaccio sous haute tension : brancardiers et urgences en grève, la direction sous pression

Rédigé le 11/02/2026
Patrice Paquier Lorenzi

Troisième jour de conflit pour les brancardiers, grève illimitée aux urgences, occupation des locaux de l’ARS : le Centre hospitalier d’Ajaccio traverse une crise sociale majeure. Au cœur des tensions, un projet de réorganisation numérique contesté du côté des brancardiers et des conditions de travail jugées “indignes” par les soignants. La direction multiplie les réunions pour tenter de rétablir le dialogue.

La tension ne retombe pas au Centre hospitalier d’Ajaccio. En ce troisième jour de conflit, le collectif des brancardiers et le STC haussent le ton et réclament désormais ouvertement le départ du directeur de l’établissement. Depuis lundi, les représentants syndicaux occupent les locaux de l’Agence régionale de santé (ARS) à Ajaccio. « Trois jours de mobilisation déterminée, trois jours à attendre une réponse claire : la démission de M. Pesce. Pour nous, cet individu n’a plus sa place au sein de l’hôpital d’Aiacciu. Il est inconcevable et inacceptable de le laisser réintégrer l’établissement à l’heure où la confiance est rompue et où les tensions fragilisent encore davantage nos services » », affirment-ils dans un nouveau communiqué transmis à notre rédaction ce mercredi matin.
 
Le conflit a pris une dimension plus personnelle après des propos jugés « insultants » tenus en réunion par Jean-Luc Pesce, directeur général du centre hospitalier, à l’encontre d’un délégué syndical. Pour les brancardiers, le dialogue social est désormais « totalement rompu ».
 
La réforme numérique au cœur du bras de fer

À l’origine du mouvement, un projet de réorganisation du service des brancardiers à l’Hôpital de la Miséricorde, prévoyant notamment l’introduction de tablettes numériques pour gérer les déplacements des patients . Le collectif, qui représente la quasi-totalité de la quarantaine de brancardiers de l’établissement, dénonce une « déshumanisation de la profession ».

Selon eux, le passage par un logiciel pour transmettre les missions, y compris en cas d’urgence vitale, entraînerait une perte de temps et une dégradation du lien avec les soignants et les patients. Ils redoutent également, à terme, des suppressions de postes. Malgré le préavis de grève, les brancardiers assurent continuer leur mission afin de ne pas mettre en danger les patients

Les urgences basculent dans la grève illimitée

Comme si la situation ne suffisait pas, un second front social s’est ouvert mardi à 7 heures : le personnel des urgences a entamé une grève illimitée à l’appel de l’intersyndicale STC-CFDT. Environ 75 % des effectifs seraient engagés dans le mouvement, tout en maintenant la prise en charge des urgences vitales.

Les soignants dénoncent une situation « indigne » pour les patients comme pour les équipes, évoquant un service saturé, des patients présents depuis plusieurs jours sur des brancards et des soins réalisés « entre quatre paravents » dans les couloirs. Le manque chronique de lits d’aval, l’absence d’unités adaptées en période d’épidémie hivernale et une organisation jugée inadaptée depuis l’installation au Stiletto sont pointés du doigt « La sécurité des patients et de leurs proches n’est plus garantie », alertent les représentants du personnel.

Une crise hospitalière à plusieurs niveaux

Deux mouvements distincts mais un même constat : celui d’un établissement sous tension extrême. D’un côté, des brancardiers qui refusent une réforme qu’ils jugent technocratique et déconnectée du terrain. De l’autre, des soignants des urgences qui dénoncent une dégradation continue des conditions de prise en charge depuis 2023 Une réunion s’est tenue avec la direction, sans déboucher sur un accord. À ce stade, aucun compromis n’a été trouvé.

Dans les couloirs de l’hôpital d’Ajaccio, l’inquiétude grandit. Même si les équipes assurent rester mobilisées « pour exercer leur mission dans la dignité, la sécurité et le respect ». Reste désormais à savoir si la médiation engagée par l’ARS permettra d’éviter un enlisement durable d’une crise qui fragilise un peu plus un système hospitalier déjà sous pression.