Organisée par le comité de Corse-du-Sud de la Ligue contre le cancer, la 5e édition de « Faites de la science » se tient jusqu’à vendredi à l’hôtel Campo dell’Oro, à Ajaccio. Pendant deux jours, une dizaine d’experts animeront ateliers et conférences afin de montrer le rôle des mathématiques dans la médecine d’aujourd’hui et de demain.
Elles ont pour ambition de « remettre les mathématiques au centre de la médecine » et de « susciter des vocations, voire des intérêts pour les mathématiques, et à travers les mathématiques, pour la médecine ». Jusqu’à vendredi, l’hôtel Campo dell’Oro à Ajaccio accueille la 5e édition de « Faites de la science », un évènement sur deux journées organisé par le comité de Corse-du-Sud de la Ligue contre le cancer. « D’un côté, nous manquons de médecins, et de l’autre, on ne porte pas aux mathématiques l'intérêt qu'on devrait leur porter alors qu'elles interviennent à tous les niveaux, que ce soit au niveau de la médecine ou au niveau des algorithmes qui gèrent les appareils que l'on utilise actuellement, à savoir les scanners, les échographes, les PET-scans », explique le Dr Sauveur Merlenghi, président du comité.
Pendant ces deux jours, près de 200 élèves et étudiants sont attendus pour participer à des ateliers, animés par une dizaine d’experts. Des conférences pour le grand public sur des thématiques comme l’intelligence artificielle, la médecine nucléaire ou encore l’oncologie sont également au programme. « Les experts nous font le plaisir de venir chaque année lors de cette manifestation afin de faire profiter de leur savoir des jeunes qui sortent de là un peu ébahis par l'application que l'on peut faire des mathématiques. Ils touchent du doigt l'intérêt des mathématiques en médecine, notamment la médecine de précision, et c'est essentiel », appuie le Dr Merlenghi.
Les mathématiques pour la médecine de demain
Parmi les intervenants présents figure le professeur Dominique Barbolosi, enseignant-chercheur à l’université d’Aix-Marseille, qui est venu présenter l’importance des mathématiques dans le domaine médical. « Dans l'histoire de la médecine, il y a trois grandes avancées : la première avec le physiologiste Claude Bernard et Louis Pasteur qui était chimiste, c’est la première fois où la médecine devient scientifique, parce qu’ils cherchent à comprendre comment se reproduit un globule rouge, comment respirer… La deuxième ère, c'est un peu plus tard avec la physique qui entre dans la médecine, notamment avec Marie Curie. Aujourd'hui, nous assistons à une troisième ère, que j'appelle l'ère de la médecine numérique, parce qu'on a besoin de calculateurs », indique-t-il. Prenant l’exemple de l’oncologie, le professeur Dominique Barbolosi souligne que « la connaissance est allée crescendo ». « Au début, on n’avait que la chimiothérapie, mais maintenant, on a aussi l’hormonothérapie, l’immunothérapie, la radiothérapie, la chirurgie, et le médecin oncologue a une information colossale qu'il doit fédérer pour traiter un patient. Il lui faut donc des outils pour savoir quelles doses donner et à quel moment, par exemple. Il y a une complexité qui fait qu'on a besoin de nouveaux outils pour que les médecins fassent ce qu'on appelle de la médecine personnalisée qui s'adapte en fonction de l'individu. C'est là que les mathématiques interviennent », précise-t-il.
Les mathématiques, mais également l’intelligence artificielle, peuvent donc aider les médecins dans leurs gestes quotidiens. « Ça va détecter des chemins qui ne sont pas détectables de manière intuitive. Vous n'allez pas essayer toutes les possibilités chez des gens. Par contre, les ordinateurs peuvent faire des tas de combinaisons et sélectionner la meilleure. C'est pour cela que c’est utile pour analyser une image, par exemple. On s'est aperçu que c'est beaucoup plus précis de faire analyser une image par intelligence artificielle, et que cela fait ressortir des choses qu'on ne peut pas voir. Il y a aussi les traitements, la prédiction de la réponse, mais aussi la prédiction des récidives à long terme. Dans tous ces domaines, on a besoin d'outils nouveaux », détaille le Pr Barbolosi.
Selon le professeur, les ateliers mis en place à destination des scolaires « leur permettent de comprendre à quoi peuvent servir les mathématiques ». « Quand j’interviens dans le cadre du plan académique mené par le recteur, pour revaloriser l’enseignement des mathématiques, la question la plus posée, c'est à quoi ça sert. Et aujourd’hui, ils voient que les mathématiques aident les médecins, et je pense que ça les conforte à continuer à travailler. Le fait de pouvoir donner du sens à quelque chose, c'est fondamental pour un gamin », glisse encore le Pr Barbolosi.


