Le tribunal de commerce de Bastia a accueilli acteurs économiques et institutionnels ce mardi pour sa rentrée judiciaire. Le président Gilles Filippi a dressé un bilan de l’activité de l’année passée, marqué par des tensions sur la trésorerie des entreprises et un recours encore tardif aux procédures collectives. Il a aussi mis en avant les grands défis qui attendent l’économie corse en 2026 : tourisme, énergie, numérique et accompagnement des petites entreprises.
Le tribunal de commerce de Bastia a fait sa rentrée ce mardi, en présence des acteurs économiques et institutionnels de l’île. L’occasion pour Gilles Filippi, le président, de dresser un bilan de l’activité en 2025 et d’annoncer les perspectives pour 2026. « La Corse, et particulièrement le ressort du tribunal de commerce de Bastia, demeure une économie marquée par des caractéristiques propres aux territoires insulaires : une forte dépendance aux flux maritimes et aériens, une saisonnalité encore très marquée de l'activité, une forte proportion de TPE et de PME souvent sous-capitalisées, un tissu entrepreneurial étroitement lié aux services, au tourisme, au bâtiment et au commerce de proximité. »
En 2025, « notre tribunal a été saisi d’un nombre significatif de procédures tant en matière contentieuse que de prévention et de traitement des difficultés des entreprises ». En ce qui concerne le contentieux général, « nous constatons une relative stabilité avec des litiges portant principalement sur les impayés et le délai de paiement, les ruptures de relations commerciales, les conflits entre associés au sein de petites structures ». Des dossiers qui révèlent « la tension sur la trésorerie de nombreuses entreprises insulaires, particulièrement dans le secteur du commerce, du bâtiment et des services liés au tourisme ».
Du côté des entreprises, le tribunal de commerce de Bastia a ouvert 247 procédures l’année dernière, dont 136 redressements judiciaires, 107 liquidations judiciaires et deux procédures de sauvegarde. Gilles Filippi souligne néanmoins que « le recours au dispositif de conciliation a connu une légère progression, un signe positif que les chefs d'entreprise sont de mieux en mieux informés et osent plus souvent saisir le tribunal en amont ».
Pour autant, les procédures collectives « demeurent encore trop nombreuses et sont trop souvent ouvertes tardivement lorsque les marges de manœuvre sont déjà réduites ». « Ici, en Corse, l'entreprise est souvent une aventure familiale, parfois multigénérationnelle, et les dépôts de bilan sont vécus comme un échec personnel », a rappelé le président. « Il nous appartient de continuer à dédramatiser la démarche de prévention et à faire comprendre qu'anticiper, c'est souvent sauver ce qui peut l'être : l'activité, l'emploi et le savoir-faire. »
Des défis économiques spécifiques à l’île
Le président du tribunal de commerce a ensuite souligné plusieurs enjeux majeurs pour l’économie corse en 2026. Il est notamment revenu sur le tourisme, « un pilier de notre économie », mais pour qui « sa forte saisonnalité crée des déséquilibres : suractivité estivale, sous-activité hivernale, difficulté à stabiliser l'emploi, à amortir les investissements sur l’année ». Selon lui, « les perspectives économiques passent par une diversification de l'offre, le tourisme culturel, rural, hors saison, une mise en valeur maîtrisée du patrimoine naturel et historique et une montée en gamme et en qualité d'accueil dans le respect des équilibres environnementaux et sociaux. »
Enfin, Gilles Filippi a précisé qu’aujourd’hui, « le numérique n'est plus une option ». « Malgré son insularité, la Corse peut tirer profit de cette révolution en soutenant les jeunes entreprises innovantes et start-ups locales, en favorisant la montée en compétences numériques des chefs d'entreprise et de leurs salariés. Pour autant, cette transition crée de nouveaux risques : cyber malveillance, fraude, litiges sur les plateformes, protection des données… Le tribunal de commerce sera de plus en plus appelé à trancher ces nouveaux types de différends. »
Face à ces enjeux, le président a rappelé que le tribunal de commerce de Bastia « entend demeurer cette juridiction de proximité accessible et à l'écoute », et qu’il « continuera à promouvoir la culture de la prévention auprès des chefs d'entreprise, à travailler en lien étroit avec les mandataires et administrateurs judiciaires, à coopérer avec les chambres consulaires, les experts comptables, les avocats, les notaires, la Banque de France, afin de détecter les signaux faibles et de proposer des solutions adaptées ». « Nous avons le devoir de rendre une justice rapide mais jamais précipitée, d'être accessible et pédagogique sans perdre notre neutralité, de traiter chaque dossier avec la même attention qu'il concerne une petite entreprise familiale ou une structure de plus grande envergure. »


