Crise agricole : les agriculteurs corses rejoignent le convoi national

Rédigé le 06/01/2026
Léana Serve

Alors que les agriculteurs continuent de se mobiliser partout en France, les agriculteurs corses ont rejoint la mobilisation nationale ce mardi matin en débarquant à Marseille. Ils dénoncent notamment la gestion de la dermatose nodulaire contagieuse et la nouvelle politique agricole commune, et souhaitent faire entendre leur voix à Paris.

Crise agricole : les agriculteurs corses rejoignent le convoi national

Photo : Coordination rurale

Alors que les agriculteurs continuent de se mobiliser partout en France avec la mise en place de barrages filtrants, de blocages des routes ou de convois de tracteurs, les agriculteurs corses ont rejoint le mouvement ce mardi matin. Lundi soir, ils ont embarqué depuis Bastia à bord d’un navire en direction de Marseille afin de rejoindre l’un des convois en route vers Paris, pour une arrivée prévue le 8 janvier. « C'est un mouvement national mais c'était aussi important pour nous que toutes les régions de France soient mobilisées, et la Corse encore plus parce que c’est important de montrer que toutes les régions de France sont solidaires », explique Cyril Caria, président de la Coordination rurale de Corse.
 

Au cœur de leurs revendications : la lutte contre l’abattage systématique des bovins dès la détection d’un cas de dermatose nodulaire contagieuse. « Chez nous, les bovins ont été vaccinés, mais si un bovin venait à être contaminé demain sur une exploitation, il n'en demeure pas moins que le cheptel serait abattu. Quand il y a un problème sur une exploitation, il faut arrêter d'abattre totalement tout le troupeau. On a les moyens de les séparer et de les mettre en stabilisation de manière à contrôler l'état de santé des autres animaux qui sont sains. On demande un arrêt total de l'abattage de bovins. »

Un autre problème soulevé par les agriculteurs concerne la nouvelle politique agricole commune (PAC). Les professionnels insistent sur leur volonté de participer aux discussions avec les autorités. « On nous annonce une baisse de 30 % du montant de la PAC dans les années à venir, mais on voudrait participer aux discussions et au travail autour de cette nouvelle PAC. Nous sommes les principaux acteurs, c'est nous qui sommes censés discuter avec les autorités, mais tout est toujours décidé sans notre accord. On demande juste à être consultés autour d'une table avec les autorités compétentes, afin qu'on puisse se défendre. »


Crise agricole : les agriculteurs corses rejoignent le convoi national

Photo : Coordination rurale

Les agriculteurs déterminés à rejoindre Paris 
 

Les agriculteurs dénoncent aussi une concurrence jugée déloyale de la part d’autres pays européens tels que l’Italie ou l'Espagne. « On s'est aperçu aujourd'hui que nous avons des céréales qui arrivent de Sardaigne », détaille Cyril Caria. «  Le problème, c’est que ce qui arrive de Sardaigne sont des produits qui viennent du Brésil avec des OGM [organismes génétiquement modifiés, ndlr]. On est concurrencé par des denrées alimentaires pour l'animal qui ne sont pas aux normes en France. Et c’est pareil pour les produits phytosanitaires : on n’a pas le droit de traiter contre la cicadelle verte, ce qui fait qu'on a une perte importante de production. Par contre, les Italiens et les Espagnols ont le droit de traiter, et ils viennent nous mettre en concurrence directement sur le marché français. »
 

À leur arrivée ce mardi matin au port de Marseille, les agriculteurs affirment s’être vus refuser le droit de quitter le port, les déplacements et convois de tracteurs étant interdits jusqu'à jeudi dans plusieurs régions de France. Mais après « un blocage de la sortie du bateau », ils ont finalement réussi à rejoindre Velaux, à côté de Marseille. « Nos tracteurs sont parqués là-bas et on attend le moment propice pour partir puisque nous sommes sous surveillance policière constante », souligne Cyril Caria.

Ils affirment malgré tout vouloir rejoindre Paris « coûte que coûte ». « On a des voitures avec nous, on est plusieurs. Si on voit qu'on n'y arrive pas en tracteur, on ira avec nos voitures. Mais quoi qu'il en soit, on sera jeudi matin à Paris. » Au sein de la capitale, ils souhaitent « porter nos revendications et être écoutés ». « On ne monte pas là-haut pour faire un scandale. On monte juste pour dire qu'on ne veut pas de cette politique qui n'est pas adaptée à notre travail. On ne demande pas d'être à 35 heures, d'être augmenté en salaire ou de travailler moins. On veut travailler tranquillement et on ne veut pas qu'on nous impose des normes franco-françaises. C'est ça qui est terrible. »