Archéologie : un habitat étrusque découvert à Ghisonaccia

Rédigé le 10/07/2024
VL

La silhouette d'un un habitat étrusque datant du VIe – IVe s. av. J.-C. a été exhumée à Ghisonaccia jour par les archéologues de l’Inrap. Cette découverte exceptionnelle, la première de ce type en Corse, offre un témoignage privilégié de la présence de cette civilisation pré-romaine sur l'île, notamment grâce à la richesse du mobilier céramique trouvé sur le site.

La Plaine orientale est-elle en train de devenir le berceau corse des découvertes étrusques ? Après la découverte d'une tombe à Aleria, c'est maintenant au tour de la commune de Ghisonaccia, d'attirer l'attention des archéologues. Lors d'une fouille préventive prescrite par le service régional de l'archéologie de la direction régionale des affaires culturelles (Drac) de Corse, dans le cadre de la construction d’une maison individuelle, des vestiges d'un habitat datant du VIe au IVe siècle av. J.-C. ont été mis au jour pendant l'hiver.

C'est sur le site de Chiusevia situé à une vingtaine de mètres au nord d’un méandre du ruisseau d’Alzetta et à environ 800 mètres de la mer,  que les archéologues de l'Inrap Lont découvert la silhouette d'un un habitat étrusque sur une surface de 605 m². Les fouilles ont révélé un bâtiment de plus de 50 m², construit sur des fondations en galets sur un replat naturel. Les fondations, trouvées dans une tranchée aux parois évasées, témoignent d'une construction irrégulière et peu soignée. "Elles sont conservées sur trois assises maximum et elles présentent une largeur oscillant entre 0,60 et 1 m", détaille le rapport de l'Inrap. Des excavations pour des poteaux en bois, entourant les fondations, suggèrent que ces structures supportaient les élévations et la toiture du bâtiment. La présence de fragments de torchis indique que les parois étaient probablement en clayonnage rempli de terre à bâtir. Une étude anthracologique en cours devrait fournir plus d'informations sur ces structures.

Des aménagements périphériques significatifs
À environ 20 mètres au sud du bâtiment principal, un grand fossé de 1,70 mètre de large et 15 mètres de long a été découvert. "Ce fossé pourrait avoir capté les eaux du ruisseau d'Alzetta pour alimenter l'habitat ou délimiter l'extension de l'établissement." selon les quequelogues qui ont identifiés autour de l’habitat "une vingtaine de trous de poteaux, certains conservant le fantôme du poteau,  jouant un rôle dans les aménagements domestiques." De nombreuses fosses de rejets domestiques, contenant des parois de fours rubéfiées et colmatées par des matrices charbonneuses, ont également été trouvées près du bâtiment.





Un corpus céramique exceptionnel
Les fouilles ont révélé un ensemble exceptionnel de fragments de céramique, pesant au total 43,3 kg. La plupart de ces fragments, non décorés et réalisés au tour, sont des céramiques communes étrusques et des vases de stockage. "Le corpus de la céramique collectée au sein de l’habitat rassemble ainsi un mobilier exceptionnellement riche pour ce type d’occupation", affirme l'Inrap.
L'absence de traces de cuisson sur ces fragments indique qu'ils n'étaient pas utilisés pour la préparation des aliments, mais pour le stockage. L'analyse typologique et chronologique des céramiques, actuellement menée par les spécialistes de l'Inrap, permettra de mieux comprendre la chronologie de l'occupation du site.

Une nouvelle perspective sur l’histoire corse
Cette découverte offre de nouvelles perspectives pour l'étude de la Corse antique et ses relations avec les civilisations méditerranéennes. Les futures études pluridisciplinaires, incluant l'analyse des marqueurs organiques et l'étude pétrographique des céramiques, promettent de révéler des informations précieuses sur les échanges commerciaux et la vie quotidienne des habitants de cette époque.