Avec une enveloppe de 2,1 millions d'euros, la Communauté d'agglomération du Pays ajaccien lance un dispositif inédit destiné à accompagner dix copropriétés dans leurs projets de rénovation énergétique. Au-delà du financement, la collectivité entend lever les freins techniques, administratifs et financiers qui empêchent encore de nombreux immeubles de franchir le pas. Des résidences pilotes qui doivent désormais servir d'exemple pour l'ensemble du territoire.
Longtemps considérée comme l'un des maillons faibles de la transition énergétique, la rénovation des copropriétés entre désormais dans une nouvelle phase sur le territoire ajaccien. Ce vendredi après-midi, la Communauté d'agglomération du Pays ajaccien (CAPA) a dévoilé les dix copropriétés retenues dans le cadre de son premier appel à projets consacré à la rénovation énergétique des immeubles collectifs.
Une initiative inédite qui s'inscrit dans une stratégie plus globale de rénovation du parc immobilier ancien. Sur le territoire de la CAPA, plus de 43 000 logements sont recensés, dont 86 % sont des résidences principales. Le secteur résidentiel représente à lui seul près d'un tiers des consommations énergétiques locales. Surtout, plus de 800 copropriétés, soit près de 16 000 logements, ont été construites avant la première réglementation thermique de 1974. À cela s'ajoute la disparition programmée du gaz de ville à l'horizon 2038, qui concernera près de 15 000 logements, renforçant encore les enjeux liés à la rénovation énergétique. Face à ce constat, la collectivité a décidé d'agir en amont, avant même le lancement des travaux.
45 candidatures pour dix lauréats
L'engouement suscité par l'opération confirme les attentes des copropriétés. 45 dossiers ont été déposés, mais seuls dix ont finalement été retenus après examen par un jury composé de professionnels. Pour Antoine Ortoli, vice-président de la CAPA délégué à l'Habitat, cette première sélection marque avant tout le lancement d'une dynamique. « Je tiens à féliciter les dix lauréats. Vous étiez 45 copropriétés à candidater à cet appel à projets, le premier d'une longue série, nous l'espérons. Cet appel répond à un constat simple : une grande partie de nos copropriétés a été construite avant les premières réglementations thermiques. Nous devions donc agir. »
L'élu, lui-même professionnel de l'immobilier, connaît les difficultés auxquelles sont confrontés les syndics et les conseils syndicaux. « Entre les contraintes techniques, les questions de financement, la nécessité de trouver un consensus en assemblée générale, ces projets peuvent parfois sembler très difficiles à concrétiser. C'est précisément pour répondre à ces difficultés que la CAPA a souhaité mettre en place un accompagnement ambitieux afin de permettre aux copropriétaires de concrétiser des projets qu'ils n'auraient certainement pas pu engager seuls. »
L'originalité du dispositif réside dans son accompagnement global. Les copropriétés retenues bénéficieront tout d'abord d'un audit complet du bâtiment afin d'identifier les priorités et les différents scénarios de rénovation. Elles seront ensuite accompagnées par la Maison de l'Habitat Durable et une assistance à maîtrise d'ouvrage spécialisée pour construire le projet, préparer les assemblées générales, rechercher les financements, mobiliser une équipe de maîtrise d'œuvre puis suivre la réalisation des travaux. « Cette réunion ne marque pas la fin de la démarche mais le début d'un véritable travail collectif », insiste Antoine Ortoli. « Vous serez accompagnés à chaque étape : dans la préparation des assemblées générales, la réalisation des audits, la présentation des différents scénarios de travaux ainsi que dans la recherche des financements. J'espère que nous pourrons ensuite être à vos côtés jusqu'au lancement effectif des travaux. » L'objectif affiché est clair : transformer des intentions en réalisations concrètes.
2,1 millions d'euros mobilisés
Pour soutenir ces opérations, la CAPA mobilise une enveloppe globale de 2,1 millions d’euros. Le dispositif prévoit notamment : le financement des audits globaux, une aide forfaitaire de 15 000 euros pour la maîtrise d'œuvre ; jusqu'à 2 500 euros par logement pour les projets permettant au moins 35 % d'économies d'énergie ; jusqu'à 5 000 euros par logement lorsque les économies atteignent 50 %. Ces aides viendront compléter les dispositifs existants, notamment MaPrimeRénov' Copropriété, les aides de l'Agence d'Urbanisme et de l'Énergie (AUE), celles d'EDF Corse ainsi que les autres financements mobilisables. Pour la collectivité, cette complémentarité doit permettre de réduire significativement le reste à charge des copropriétaires, principal frein à la rénovation des immeubles collectifs.
Parmi les copropriétés sélectionnées figure notamment celle de l’ancien hôtel situé 15 boulevard Sampiero, représentée par Marie-Christelle Vitto, de l'Agence BIS. Pour elle, cette opération répond à une urgence. « C'est un immeuble ancien, qui date probablement des années 1930 ou 1940. Il est vieillissant de la tête aux pieds et nécessite une rénovation globale. Certaines parties, notamment les balcons, sont fortement dégradées. C'est un immeuble qui mérite d'être réhabilité. » Mais les copropriétaires peinent à financer seuls des travaux aussi importants. « Le pouvoir d'achat a diminué alors que, dans le même temps, le coût du bâtiment et de la construction a fortement augmenté. » L'intérêt du dispositif réside justement dans son approche globale. « L'opération proposée par la CAPA ne concerne pas uniquement la rénovation énergétique. Nous espérons intervenir sur les combles, améliorer leur isolation, réaliser des travaux sur la façade, rénover la cage d'escalier et améliorer l'ensemble du bâtiment. »
Si les aides permettent de réduire le coût des travaux, elles impliquent aussi des rénovations plus ambitieuses. « Si nous obtenons davantage de subventions, cela signifie aussi que les travaux demandés seront plus importants qu'un simple ravalement de façade. L'enjeu est donc de limiter au maximum le reste à charge pour les copropriétaires. » Pour cette résidence, un simple ravalement de façade était déjà estimé à près de 450 000 euros. Afin de rendre l'opération supportable financièrement, la copropriété envisage également le recours à un prêt collectif, permettant d'étaler le remboursement sur une vingtaine d'années.
Faire d'un projet de façade une rénovation complète
Même logique du côté de la résidence Le Versailles, sur la route des Sanguinaires. Son président du conseil syndical, Charley Gaudioso, explique que le projet concernait au départ uniquement la réfection des façades et de la toiture. « Au départ, notre projet consistait simplement à refaire la toiture et les façades de l'immeuble. Puis, au moment où l'on a commencé à parler de MaPrimeRénov' Copropriété, je me suis rendu compte que notre résidence entrait parfaitement dans les critères et que nous pouvions intégrer une véritable dimension de rénovation énergétique à notre projet. »
Au-delà des aides, il voit surtout dans cette opération un investissement sur le long terme. « En améliorant l'isolation du bâtiment, nous réduirons les besoins en chauffage l'hiver mais aussi en climatisation l'été. Tout cela fait partie d'un même projet. » Les travaux pourraient concerner aussi bien l'isolation de la toiture et des façades que le remplacement des menuiseries des logements qui ne disposent pas encore de double vitrage.
Et malgré le reste à charge qui subsistera, le président du conseil syndical affiche son optimisme. « Je pense que l'ensemble des copropriétaires est prêt à s'engager dans cette démarche. Notre objectif est une rénovation complète du bâtiment. Nous souhaiterions profiter des aides sur les travaux induits pour aller un peu plus loin et moderniser notre résidence. »
Créer un effet d'entraînement sur l'ensemble du territoire
Au-delà des dix copropriétés retenues aujourd'hui — Le Versailles, Impériale A1-A2, Le Napoléon, Résidence Pietralba D, Le Darna, Le Iéna 1, Sampiero, Résidence Les Peupliers, Le Méditerranée B et le Palais d'Aspretto — la CAPA affiche une ambition plus large. Ces premières opérations devront démontrer qu'une rénovation énergétique ambitieuse est possible lorsque les copropriétés bénéficient d'un accompagnement technique, administratif et financier adapté. « Nous souhaitons faire de ces projets une vitrine », résume Antoine Ortoli.
« Notre ambition est de créer une véritable dynamique sur l'ensemble du Pays ajaccien. Nous souhaitons démontrer qu'il est possible d'améliorer le confort des habitants, de maîtriser les charges, de valoriser le patrimoine bâti tout en accélérant la transition énergétique. Nous avons aujourd'hui l'opportunité de construire ensemble des projets exemplaires, utiles aux habitants et bénéfiques pour notre territoire. »
Pour la CAPA, ces dix copropriétés ne constituent donc qu'une première étape. L'objectif est désormais de faire de ces opérations des références locales capables d'inciter de nombreuses autres résidences à engager, à leur tour, leur transition énergétique.




